Après la reprise du procès dit de « Bossembélé » le 11 août, la Cour pénale spéciale poursuit l’audition des témoins. Dans la journée du 17 au 18 août, deux témoins ont été entendus dans le cadre de l’assassinat de l’ancien ministre Charles Massi et de l’incendie du marché Rayan à Bangui, en 2010.
Le premier témoin s’appelle Hortense Balley Kombet, ancienne concubine du défunt Charles Massi, avec qui elle a entretenu une relation de 2003 à 2008-2009. Sa comparution a eu lieu lundi 17 août, à la demande du parquet spécial.
Son témoignage porte notamment sur sa relation avec l’ancien ministre ainsi que sur les circonstances de sa mort, qu’elle attribue à François Bozizé. « Pour moi, c’est François Bozizé qui serait à l’origine de la mort de Charles Massi », a-t-elle déclaré à la Cour.
Elle a affirmé que son ancien compagnon avait été arrêté par les autorités tchadiennes pour avoir voulu se rallier à la CPJP, un groupe armé non étatique. Charles Massi aurait ensuite été échangé contre Babaladé, avant d’être torturé par des éléments de la garde présidentielle envoyés par Bozizé, puis tué. Sa tête lui aurait ensuite été apportée dans un sac plastique (banco). Même son aide de camp et ses proches auraient été tués.
Hortense Balley Kombet a affirmé avoir vu son compagnon pour la dernière fois en 2008. Après la disparition de ce dernier, elle s’est dite menacée, ce qui l’a contrainte à se réfugier au Cameroun. Mais pendant que Massi était encore au Tchad, avant sa mort, elle maintenait toujours une bonne communication avec lui.
Elle a réitéré sa déclaration selon laquelle Charles Massi lui avait confié que François Bozizé était « très méchant et voulait le tuer ». Le désaccord qui était survenu entre les deux hommes, selon elle, était lié à la violence de l’accord politique conclu par l’ancien président Bozizé.
À l’issue de son témoignage, Hortense Balley Kombet a demandé que justice soit rendue.
Témoignage terrifiant sur les conditions de détention à la prison de Bossembélé, surnommée « Guantanamo »
Le deuxième témoin est Maximin Crozon Cazin. Il faisait partie des personnes arrêtées à la suite de l’incendie du marché Rayan, en 2010. Il était informaticien et responsable du cybercafé ADN Système au moment des faits. Ce dernier a expliqué ses difficiles conditions de détention.
Tout a commencé après l’incendie du marché Rayan, le 9 juin 2010. Il a été informé par la sentinelle de l’entreprise. Alors qu’il se rendait sur les lieux le lendemain pour comprendre ce qui s’était passé, il a été interpellé avec trois de ses collaborateurs de la société ADN Système, sur ordre de Bozizé. Au total, 12 personnes ont été interpellées pour l’incendie, a-t-il affirmé.
Il a passé plus de trois jours à la SRI sans motif, avant d’être transféré au Centre d’instruction militaire de Bossembélé, où il a passé presque 50 jours sans sortir, même pour aller aux toilettes. Il souffrait de démangeaisons sur tout le corps, ce qui l’empêchait de dormir. La salle où ils dormaient dégageait une odeur étrange.
C’est grâce à des militaires de bonne foi que lui et ses codétenus ont pu informer leurs parents de leur arrestation. Après cela, ils ont eu l’occasion de se soulager. Mais, dans la cellule où ils étaient maintenus, il n’y avait qu’un seul bidon qui servait de latrines aux prisonniers.
Le matin, le capitaine Vianney Semndiro, commandant du Centre, est venu les voir pour leur dire qu’il savait où se trouvait leur patron, Jean Daniel Ndengou, directeur général de leur entreprise. Toujours selon le témoignage de Maximin Crozon Cazin, Vianney Semndiro traitait bien les détenus. Au fil du temps, il s’était rendu compte que leur présence n’avait pas de sens. Semndiro a alors appelé Bangui pour dire : « Ils sont des civils et ne peuvent pas être arrêtés là-bas », affirme le témoin.
C’est après cela que des autorités du pays, dont Alain Tolmo, qui était à l’époque le doyen des juges, Arnaud Djoubaye Abazène, substitut du procureur, ainsi que d’autres autorités, se sont rendues sur place. A dit le témoin.
Malgré cette arrivée, ils ont été transportés au Tribunal de Bossembélé. « Tous les prisonniers avaient eu peur que le véhicule prenne la direction de Ben Zambé. » Ils ont finalement tous été conduits à la maison d’arrêt de la ville de Bossembélé.
« La situation est encore pire à la maison d’arrêt de Bossembélé qu’au Centre d’instruction militaire », a souligné le témoin.
Dès leur arrivée, les militaires ont commencé à les accueillir par des menaces. Ces derniers se présentaient par des sobriquets comme « Tombeau ouvert », « Toukou Bio » et « Nyon Mene », a-t-il déclaré à la Cour.
Les deux femmes figurant parmi les détenus ont été placées dans une cellule, tandis que les hommes ont été conduits dans la « porte rouge », une cellule mesurant environ trois mètres carrés. Les dix prisonniers y ont été jetés avec deux autres détenus et y ont passé plusieurs jours.
En effet, selon le témoin, la cellule dégageait une odeur terrible, car elle était étroite et ne possédait pas de latrines. Ils voyaient à travers des trous causés par des balles. Ainsi, le lendemain matin, le chef de poste Alex, surnommé « Fafango », est venu se présenter à eux. Ce dernier faisait office de régisseur.
En passant à Bangui, ce dernier avait laissé des consignes. Ils ont passé dix jours dans cette cellule. Les prisonniers étaient autorisés à sortir seulement le matin.
Ils sont sortis de cette cellule grâce à l’intervention d’une personne de bonne foi. C’est ainsi qu’ils ont quitté la « porte rouge » pour rejoindre une cellule ordinaire, comme les autres détenus.
Par manque de latrines, les prisonniers faisaient leurs besoins à ciel ouvert. Ceux-là ont passé plus de six mois sans sortir, alors que les autres prisonniers étaient libres. Ils assistaient même aux tortures infligées à certains prisonniers.
En plus de cette situation, le témoin a affirmé que la maison d’arrêt ne disposait pas d’un budget raisonnable. Les prisonniers n’avaient rien à manger. Les conditions de détention étaient difficiles, voire atroces. Les prisonniers dormaient à même le sol. Tous les hommes n’avaient pas accès à l’eau pour se laver ni aux soins. Ils avaient seulement de l’eau à boire.
Fort heureusement, il n’a pas été condamné, mais il a passé plus d’un an en prison à Bossembélé. Après Bossembélé, il a été ramené à Ngaragba, mais placé sous surveillance à son domicile, compte tenu de la dégradation de son état de santé. C’est ainsi qu’il a profité de la situation pour s’enfuir du pays. Déus Gracias Tchémanguéré

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