Dans un contexte marqué par une insécurité alimentaire croissante et des défis sanitaires multiples, le Ministère du Commerce et de l’Industrie, avec l’appui de la FAO République centrafricaine, a officiellement lancé ce mardi, 23 juin 2026 le Projet de Coopération Technique TCP/CAF/4102, destiné à renforcer le système national de sécurité sanitaire des aliments.

Ce projet, financé par la FAO, s’inscrit dans le cadre du Plan National de Développement 2024-2028, qui ambitionne une transformation inclusive et durable, en cohérence avec les Objectifs de Développement Durable et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine.

La République centrafricaine fait face à une série de contraintes qui affectent directement la sécurité alimentaire : insécurité persistante, effets du changement climatique, propagation de maladies animales et végétales, perturbations économiques mondiales et déficit en expertise technique. Ces facteurs limitent l’accès aux marchés internationaux et freinent l’intégration des chaînes de valeur.

Selon l’analyse de l’insécurité alimentaire aiguë pour la période d’avril à août 2026, près de 2 millions de personnes, soit 31 % de la population, sont affectées. Parmi elles, 1,5 million se trouvent en phase de crise et 262 000 en phase d’urgence. Sans intervention appropriée, les projections indiquent que ce chiffre pourrait atteindre 2,3 millions d’ici la fin de l’année.

Cette situation est aggravée par la hausse des prix des denrées alimentaires, les conflits armés, les déplacements de population, les chocs climatiques ainsi que l’accès limité à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement.

La crise centrafricaine s’inscrit dans une tendance plus large à l’échelle du continent africain. L’analyse IPC révèle que 282 millions de personnes souffrent de la faim, soit environ 20 % de la population africaine. En Afrique subsaharienne, la prévalence de la sous-alimentation atteint 24 %, le taux le plus élevé du monde.

À l’échelle mondiale, les nouvelles estimations de l’Organisation mondiale de la santé publiées en 2026 sont alarmantes : chaque année, 866 millions de cas de maladies d’origine alimentaire sont recensés, entraînant 1,5 million de décès. L’Afrique et l’Asie du Sud-Est concentrent près de trois quarts des cas et 60 % des décès.

Face à ces défis, le projet lancé par la FAO et le gouvernement centrafricain place la sécurité sanitaire des aliments au cœur des priorités nationales. Ses objectifs sont multiples :

Renforcer les capacités nationales à travers la formation et l’équipement des institutions concernées.

Aligner le système de contrôle sur les standards internationaux du Codex Alimentarius.

Consolider le rôle du Laboratoire national agroalimentaire dans le contrôle de la qualité des aliments.

Améliorer la coordination interinstitutionnelle pour une réponse cohérente et efficace.

Restaurer la confiance des consommateurs et soutenir la compétitivité des produits locaux.

Lors de l’atelier de lancement, David Kadekoy, Chargé de Programme de la FAO, a rappelé l’importance de cette initiative : « Aujourd’hui, notre ambition commune est de renforcer et d’harmoniser le système de contrôle de la qualité et de la sécurité sanitaire des aliments, aligné sur les normes internationales. Votre présence illustre l’importance collective que nous attachons à cette question, au croisement de la santé publique, du développement économique et de la confiance des consommateurs. »

Il a également salué les efforts déjà engagés par la FAO, notamment l’équipement du ministère du Commerce en kits métrologiques et informatiques, ainsi que la formation en février 2026 de 30 cadres issus des institutions nationales.

De son côté, Dieudonné Ouefio, Directeur de cabinet au ministère du Commerce et de l’Industrie, a insisté sur la responsabilité du gouvernement :

« Il revient au gouvernement de notre pays, dans le cadre de sa mission, d’assurer la protection des consommateurs et de mettre sur les marchés des produits sûrs. À travers ce projet, nous nous engageons à disposer, à terme, d’un laboratoire d’analyse des produits alimentaires qui garantira la qualité des produits mis sur le marché national, régional et international. »

Il a rappelé que dès 2025, la collaboration avec la FAO avait permis de fournir des kits de contrôle et de former des cadres sur l’infrastructure qualité dans les entreprises. Le projet signé en 2026 marque une étape décisive vers la mise en place d’un système robuste et durable.

Au-delà des aspects techniques, ce projet incarne une volonté politique forte et une coopération internationale exemplaire. Il vise à : Protéger la santé publique en réduisant les risques liés aux maladies d’origine alimentaire, améliorer la qualité des produits pour répondre aux exigences des marchés internationaux, soutenir le commerce en favorisant l’intégration des chaînes de valeur et contribuer à la stabilité sociale en réduisant l’insécurité alimentaire.

Le lancement du projet TCP/CAF/4102 marque une étape cruciale pour la République centrafricaine. Dans un pays où près d’un tiers de la population est menacé par l’insécurité alimentaire, cette initiative représente une réponse concrète et structurée aux défis sanitaires et économiques.

Elle n’est pas seulement une réponse à une crise immédiate : il constitue un investissement dans l’avenir, pour des aliments sûrs, une meilleure santé et une économie plus compétitive.

Dieu Béni Anderson Kabou