Lors de l’audience du 24 février 2025, la Cour pénale spéciale (CPS) a procédé à la lecture d’un rapport rédigé par Human Rights Watch sur des événements survenus dans deux localités de la République centrafricaine. Si le Parquet spécial reconnaît l’importance de ce document, la défense estime, pour sa part, qu’il s’agit d’un rapport synthétique, fondé essentiellement sur des témoignages et ne pouvant, par conséquent, avoir une valeur probante.
Dans ce rapport lu par le juge rapporteur, Human Rights Watch indique qu’à l’issue de son enquête, et selon les témoignages recueillis, 19 personnes auraient été tuées. Les victimes seraient des musulmans, en majorité des personnes âgées, réfugiées dans une église catholique.
Le 13 août, des éléments Anti-balaka auraient commencé à s’en prendre aux civils musulmans, assimilés à la Séléka. Le rapport précise que, d’après plusieurs témoins, les attaques auraient été dirigées par Mathurin Kombo et son adjoint, Edmond Béina. Ils auraient été les responsables Anti-balaka donnant des ordres pour lancer des offensives contre la population.
Après la lecture du document, la parole a été donnée au parquet. Pour le substitut Alexandre, ce rapport revêt une grande importance. Il permet de mieux comprendre le contexte et les faits survenus entre 2013 et 2014 dans la ville de Guen, lors des affrontements opposant les Anti-balaka à la coalition Séléka.
Le magistrat a également souligné la bravoure du prêtre de Djomo, qui aurait tenté de sauver des vies avant d’être tué. Selon le parquet, cet acte illustre la violence exercée par des éléments Anti-balaka, y compris à l’encontre d’hommes d’Église.
Même s’il ne constitue pas, en soi, une preuve formelle, le parquet estime qu’il s’agit d’un élément important, fondé sur des témoignages, susceptible d’éclairer la justice dans la recherche de la vérité.
Pour la partie civile, ce rapport reflète la réalité des faits, d’autant plus qu’il pourrait être confronté aux déclarations des témoins entendus devant la CPS. Selon son avocat, plusieurs personnes citées dans le document figurent parmi les accusés et méritent, à ce titre, une attention particulière de la Cour.
Du côté de la défense, les avocats des accusés Jean Bahara, François Boybanda alias Baléré, Dieudonné Gomitoua et Philémon Kahéna ont fait valoir que leurs clients ne sont pas mentionnés dans le rapport, soutenant ainsi qu’ils n’auraient pas participé aux événements.
Concernant Edmond Béina, la défense a relevé une contradiction quant au rôle qui lui est attribué. Tantôt présenté comme chef, tantôt comme adjoint, cette variation affaiblirait, selon Maître Claude Péssinam, la crédibilité du document.
La défense estime par ailleurs que le rapport demeure vague et n’apporte pas d’éclaircissements précis sur le rôle exact des accusés.
Le nom de Mathurin Kombo y est également mentionné comme leader Anti-balaka. Certains passages rappellent que les enquêteurs se seraient entretenus avec lui. Il aurait déclaré avoir tué 25 musulmans, qu’il qualifiait de combattants Séléka.
Toutefois, son avocat, Maître Fleury Hotto, affirme qu’il s’agit d’un simple récit et que son client reconnaît avoir été invité par Human Rights Watch, mais que la version des faits qu’il a fournie ne correspondrait pas au contenu du rapport.
Certaines pièces à conviction ont également été présentées à l’issue de l’audience. Ces éléments, soumis au débat contradictoire, visent à apporter des précisions supplémentaires concernant certains accusés. L’audience devrait se poursuivre le lundi 2 mars prochain.
Déus Gracias Tchémanguéré

Commentaires récents