Après la crise sécuritaire qui a secoué le Haut-Mbomou pendant les élections de 2025, la situation humanitaire est devenue alarmante dans cette localité. Les personnes déplacées vivent encore dans des conditions déplorables. Face à cette situation, la communauté humanitaire s’active pour apporter des réponses aux personnes vulnérables, mais les besoins sur le terrain restent encore immenses. Elle fait également face à un certain nombre de difficultés qui freinent sa capacité à assister les personnes touchées. C’est ce qu’affirme Mohamed Ag Ayoya, coordonnateur humanitaire en Centrafrique, dans une interview accordée à Oubangui Médias.
Oubangui Médias : Monsieur le coordonnateur humanitaire bonjour ! Quelle est la situation humanitaire dans le Haut-Mbomou après la récente crise sécuritaire ?
Mohamed Ag Ayoya : Tout d’abord je vous remercie pour l’opportunité que vous me donnez donc de parler de la situation sécuritaire dans le pays en général mais en particulier comme vous m’avez demandé dans le haut-Mbomou, où la situation demeure en ce moment volatile avec l’insécurité qui affecte les moyens de subsistance des populations et leurs accès au service de base comme la santé, l’éducation et accès à l’eau, hygiène et assainissement. Mais malgré cette situation qui prévaut dans la zone, nous acteurs humanitaire on n’a pas abandonné la population, qui demeure ainsi les premières victimes de cette insécurité, notamment les femmes et les enfants qui les groupes les plus vulnérables. Zemio a été effectivement la localité la plus affectée, avec des incidents sécuritaires même contre les humanitaires, nous avons malheureusement perdu un humanitaire dans la zone. Ce sont donc les conditions difficiles que les populations vivent mais nous sommes là, nous demeurons dans cette zone au côté de la population en fournissant l’aide vitale dans la mesure bien sûr des moyens disponibles. Je profite de votre micro pour rappeler toutes les parties prenantes en conflit pour justement faire en sorte que les civils et les infrastructures associés soient épargnés notamment pour ce qui concerne les habitations des populations, mais aussi les structures sanitaires ainsi que les écoles. Et aussi à nous laisser nous humanitaire à pourvoir avoir accès justement à ces populations que nous sommes en train de servir dans la zone.
Oubangui Médias : Quelles sont les réponses humanitaires en ce moment dans cette localité en faveur des personnes vulnérables ?
Mohamed Ag Ayoya : Beaucoup de choses sont en train d’être fait. Déjà en 2025, en tant que coordinateur humanitaire, j’ai alloué 5 millions de dollars américains sur le Fond humanitaire que je gère ici en RCA, pour répondre aux besoins les plus pressants de ces populations dans le haut-Mbomou, mais aussi dans le Mbomou et la Basse-koto. Les activités se poursuivent actuellement notamment dans le domaine de la santé, la nutrition, dans les biens non alimentaires, dans l’éducation, dans le domaine de l’eau l’hygiène et assainissement mais aussi dans le domaine de la protection.
Dans la même région nous avons alloué 6,7 millions du Fond centrale pour l’intervention d’urgence que nous appelons CERF. C’est un Fond du secrétaire général dans les quels nous avons justement pu mobiliser cette somme pour la région. Toutes les activités sont actuellement mises en œuvre principalement par des ONG nationale. C’est important à préciser parce que justement nous mettons l’accès sur la localisation qui reste une priorité pour moi même en tant que coordinateur humanitaire mais aussi pour l’ensemble de l’équipe humanitaire du pays et permet donc sur la durée de disposer de capacité locale permanente. Aussi en particulier dans cette région, les acteurs locaux connaissent mieux le contexte et trouvent justement des mécanismes qui contribuent à avoir des meilleurs accès aux populations que nous servons. Donc notre engagement demeure constant et demeure le même c’est vraiment de sauver des vies et faire en sorte pour que la situation de ces populations-là soit les moins difficile malgré dans les qu’elles conditions ils se trouvent.
Oubangui Médias : De même dans le nord, le conflit Soudanais provoque des déplacements et affecte la population autochtone. Comment répondez-vous à cette crise humanitaire qui perdure dans cette région ?
Mohamed Ag Ayoya : Malheureusement le conflit du Soudan à quand même aggravé la situation des besoins humanitaires dans la région de la Vakaga, dans le nord du pays où aujourd’hui nous avons le nombre des réfugiés Soudanais dans la ville de Birao, qui dépasse de loin le nombre de la population hôte. On est à environ 27000 réfugiés à Birao, avec une population hôte qui tourne entre 14000 à 20000. Donc vous comprenez que cela a quand même puis mettre beaucoup de pression sur les besoins mais sur la population dans cette zone-là. Il y a aussi des personnes déplacées et des besoins qui existaient déjà bien avant donc les réfugiés. Parce que justement avec aujourd’hui les conflits nous avons beaucoup des déplacés internes dans la zone dont nous sommes aussi obligé de prendre en compte. Nous répondons dans la mesure de nos moyen où nous disposons actuellement comme vous savez nous traversons aussi en tant que équipe pays humanitaire des contraintes budgétaires et financières mais nous faisons tous ceux qu’on peut faire pour justement privilégier les besoins vitaux.
Les réfugiés reçoivent par exemple de façon mensuelle les vivres qui sont donnés par le PAM, les acteurs humanitaires ont aidé certains d’entre eux à avoir des activités génératrices de revenus pour pouvoir travailler et même satisfaire leurs propres besoins. Le HCR a donné des abris des articles ménagers essentielles, l’Unicef a mis en place des forages pour l’accès à l’eau, a mis en place des écoles pour l’éducation des enfants les déplacés ont aussi reçu une assistance en bien non alimentaires par les différentes agences la MINUSCA contribue donc a assuré la paix et la sécurité pour permettre également à tous ces acteurs humanitaires à la fois des nations unies mais aussi les ONG de pouvoir faire leur travail dans un contexte sécuritaire. La semaine passée j’étais à Birao, ils disaient que ce n’est pas suffisant et je suis d’accord. La baisse de financement nous a obligé à pratiquer l’hyper priorisation car les ressources s’amenuisent. Mais nous essayons de n’oublier personne. J’ai conduis lors de ces 5 derniers mois plusieurs visites notamment avec les bailleurs de fonds dans la région de Birao. La dernière était justement le samedi passé avec un ambassadeur américain qui était ici en visite où nous l’avons accompagné avec la représentante spéciale et les chefs d’agence du HCR, de l’Unicef, du PAM et de OCHA, pour exactement voir de visu la situation et pouvoir parler avec ces populations sur place.
La vision de ces réfugiés en tout c’est la vision de retour chez eux. Ils sont entièrement reconnaissants à la RCA, ils l’ont à plusieurs fois remercié le Président de la République lui-même, mais aussi les autorités locales et nationales et la population locale qui les ont accueilli qui leur ont permettre encore d’être là, alors que la situation chez eux ne s’améliore pas. Mais ils ont lancé un appel aux nations unies de faire en sorte qu’il y ait un engagement politique beaucoup plus élevé pour faire en sorte pour que la paix revienne chez eux et qu’ils puissent retourner. Ils ont aussi demandé des moyens qui vont leurs permettre eux mêmes de se prendre en charge au lieu de se continuer à être dépendant des agences, des humanitaires pendant les temps qu’ils sont encore à Birao.
Oubangui Médias : Quelles sont les difficultés que les humanitaires rencontrent en ce moment sur le terrain ?
Mohamed Ag Ayoya : Aujourd’hui la plus grande difficulté que nous rencontrons c’est vraiment la prise de financement. Alors que les besoins demeurent encore importants. Malheureusement nous continuons toujours a recevoir par exemple à Birao des réfugiés pas en grand nombre comme cela se fait dans notre pays, nous continuons à recevoir des déplacés internes à cause des conflits, nous avons encore des zones où des chocs importants continuent a affecté la population. Mais il faut dire quand même dans l’ensemble la situation s’est améliorée. Aujourd’hui nous venons de lancer notre réponse humanitaire la semaine dernière, et nous sommes aujourd’hui à 35% de la population Centrafricaine qui sommes en besoin humanitaire, alors que nous étions à 56% il y à deux ans. Donc il y a amélioration net qui est dû essentiellement au fait qu’aujourd’hui à la sécurité dans le pays et donc la population peut vaquer à leurs affaires.
L’autre difficulté que nous avons c’est la capacité elle-même que nous avons en présence physique dans le pays et dans l’arrière-pays. Nous avons malheureusement vu 116 basés d’organisation humanitaire qui a fermé en 2025. Notamment dans les régions avec des besoins sévères ce sont donc des situations difficiles. Nous avons été obligé de pratiquer comme je disais tantôt, l’hyper priorisation alors que les planifications des années précédentes étaient déjà prioriser. C’est donc des choix difficiles de juger si on doit assister une famille déplacée dépourvu de tout où simplement assisté un enfant malnutri. C’est un choix qui est souvent très difficile à faire qu’on se retrouve dans cette situation-là. Nous avons aussi des difficultés liées avec l’insécurité avec des braquages des humanitaires des vols à main armée donc toutes les parties en conflit devraient encore une fois garantir sans entraves l’accès aux acteurs humanitaires à travers l’ensemble du pays.
Oubangui Médias : Quelle lecture faites-vous de la situation humanitaire actuelle ainsi que les perspectives ?
Mohamed Ag Ayoya : comme je disais tantôt la situation humanitaire en RCA s’est améliorée dans certaines qui ont manifestement besoin encore de ce que nous appelons en notre jargon des activités de résilience mais aussi de développement. Nous sommes aujourd’hui dans une situation où nous devons faire en sorte qu’il y ait une conjugaison et une synergie de fond entre ce que nous faisons du côté humanitaire mais aussi ce que les acteurs du développement doivent faire pour justement que ces améliorations que nous avons vu ces dernières années puissent se poursuivent dans les temps et dans la durée. Nous avons aussi besoin du financement dans ce domaine aussi pour capitaliser sur les progrès qui ont été réalisés par la réponse humanitaire. Toute fois les besoins humanitaires restent encore important c’est quand même 1,3 millions de personnes en RCA, donc 35% de la population qui à besoin encore d’aide humanitaire. Mais aujourd’hui le contexte Centrafricain offre l’opportunité de travailler sur la fois les aspects humanitaires mais aussi sur l’aspect de développement du bien-être des Centrafricains notamment avec le lancement du plan national de développement que le pays à pour maintenant les 5 prochaines années.
Oubangui Médias : Le financement des actions humanitaires répond ils aux besoins sur le terrain ?
Mohamed Ag Ayoya : Oui il répond bien aux sur le terrain mais encore une fois pas à la hauteur souhaitée. Suite donc à la baisse de financement justement nous n’arrivons pas aujourd’hui à satisfaire entièrement donc les besoins des populations les plus vulnérables. Les financements n’ont pas été pressés par ce que les besoins ont baissé malheureusement. C’est la décision des pays donateurs, c’est une décision globale qui n’affecte pas non seulement la RCA, mais le monde entier. C’est pourquoi nous avons encore besoin de retourner à l’hyper priorisation des besoins pour justement nous assurer tous et que nous pouvons soutenir prioritairement les populations qui ont plus de besoin avec le peu de fonds dont nous pouvons disposer dans la mesure où justement le niveau de financement espéré n’était pas atteint. Par exemple en 2025, nous avons assisté 887000 personnes les plus vulnérables soit 50% seulement de notre cible annuelle ça c’est plus simplement nous n’avons pas pu mobiliser l’ensemble des financements dont on avait besoin pour répondre aux réponses humanitaires on était à 38% des mobilisations sur les 327 millions de dollars américains qu’on avait donc planifié. C’est donc l’exemple très concret de l’impact de la baisse du financement sur notre capacité aujourd’hui à supporter le gouvernement et a délivré des services à la population vulnérable.
Oubangui Médias : Monsieur Mohamed Ag Ayoya je vous remercie !
Mohamed Ag Ayoya : C’est moi qui vous remercie !
Interview réalisée par Caleb Zimango Bango

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