Le processus du dialogue Républicain, lancé par le gouvernement a connu un blocus il y a quelques mois, après que l’opposition s’est retirée du comité d’organisation. Tout est resté au point mort alors que ce dialogue devrait se tenir entre décembre 2021 et janvier 2022. A qui profite ce blocus, qui est donc le grand perdant ?

Convoqué par le président de la République Faustin Archange Touadera pour tenter de décrisper la tension politique et sécuritaire dans le pays, le dialogue Républicain est sensé se tenir exclusivement entre les forces vives de la Nation, sans  la présence des groupes armés qui ont repris en décembre 2020 les violences contre la République.

Pour faire partie du comité d’organisation, il a fallu des tractations politiques pour que l’opposition démocratique accepte sa participation aux travaux préparatoires. L’opposition avait exigé la présence des groupes armés dans ce dialogue, alors que le pouvoir de Bangui avec l’appui des chefs d’Etats de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs, avait initié un cadre de discussion avec les groupes armés, dans le cadre de la feuille de route de Luanda et de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation nationale.

Si l’opposition a accepté sa participation dans le comité d’organisation, cette participation était fragile car, le gouvernement menaçait des leaders d’opposition, accusés d’intelligence avec les groupes armés. C’est ainsi qu’Anicet Georges Dologuele, Martin Ziguele, Aurélien Simplice Nzingas, tous des députés de la Nation ont été interdits de voyager car, une procédure était lancée pour la levée de leur immunité parlementaire afin de répondre dans la justice.

La justice avait plus tard levé l’interdiction de voyage. Par ricochet, cette procédure était en quelque sorte suspendue pour apaiser les tensions et faciliter la tenue du dialogue. Mais avec la sortie du président de l’Assemblée Nationale Simplice Mathieu Sarandji il y a deux mois pour relancer cette procédure a fait déborder la vase. L’opposition quitte le comité d’organisation.

L’opposition cherchait des prétextes pour claquer la porte. Cette imprudence politique a valu aujourd’hui le blocus de ce processus vital pour la vie de toute la Nation et ne profite qu’aux politiques.

Qui profite de ce blocus ?

Premièrement, le blocus du processus du dialogue profite à l’opposition. Cette opposition n’avait pas bien digéré la mise à l’écart des groupes armés dont principalement François Bozizé, le chef de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) qui a tenté un coup d’Etat le 13 janvier 2021. L’opposition pourra peser de son poids pour voir l’entrée des leaders des groupes armés dans le comité d’organisation. Cette opposition qui n’a pas reconnu la victoire du président Touadera maintient une position non flexible pour le moment, à propos du dialogue afin de ternir politiquement l’image du régime de Bangui auprès de la population et de la communauté internationale.

Deuxièmement, ce blocus profite au pouvoir en place. Sur le plan politique, le gouvernement veut aller au dialogue et c’est l’opposition qui s’est retirée en exigeant la levée totale du processus de poursuite judiciaire contre les trois députés cités ci-haut. Si cela tarde, le pouvoir aura une bonne raison de faire des récupérations politiques auprès de la communauté internationale et surtout auprès du peuple qui voit en opposition « l’ennemie de la Nation ».

De son côté, le gouvernement que dirige le premier ministre Henri-Marie Dondra était inquiet voire menacé après la tenue du dialogue. Ce statu quo dans la l’organisation ne fait que prolonger le délai de vie de ce gouvernement et même des membres du comité d’organisation.

Et le peuple dans tout ça ?

Le peuple est le grand perdant dans ce combat politique. Le dialogue est sensé dénuer les tensions politiques, sécuritaires et humanitaires dans le pays. Mais son rallongement égal au prolongement de la souffrance du peuple centrafricain, déjà meurtri par les conflits depuis plusieurs années.

Le peuple souffre, la tension politique ne baisse pas, le pays connait une recrudescence des violences par endroit, le nombre des déplacés internes et réfugiés ne fait qu’augmenter. De l’autre côté, la crise économique se précise pour l’année prochaine. Les partenaires techniques et financiers deviennent de plus en plus réticents pour décaisser des fonds en faveur de la République Centrafricaine. Des financements sont en train de tarir. Cependant, des mouvements sociaux prennent place progressivement, même si le premier tente d’apaiser les tensions sociales. Si les centrafricains ne se parlent pas entre eux pour faire revenir la confiance des bailleurs, alors nous irons droit au fonds de l’abime et le pouvoir doit être plus fort pour maitriser les conséquences des remous sociaux.

La question des instructeurs russes ou des mercenaires du groupe Wagner constitue aussi une épée de Damoclès sur la Centrafrique. Le dialogue devrait être un rendez-vous important pour clarifier les choses et évoluer sur la même direction : Evoluer notamment avec ou sans la présence russe qui agasse plusieurs partenaires.

Le peuple centrafricain est aujourd’hui suspendu sur le dialogue. Le peuple n’attend que voir les issus de ce dialogue, même s’il est considéré comme un dialogue de trop.  Ce peuple, grand perdant dans le blocus de ce processus garde toujours l’espoir dans le désespoir qu’un jour, sa situation pourra changer.

Les politiques qui gèrent le pouvoir, ceux de l’opposition ainsi que les partenaires techniques et financiers doivent prendre conscience que tout doit se faire pour l’intérêt du pays et non pour protéger ses propres intérêts au détriment de celui du peuple souverain.

Le gouvernement veut protéger ses intérêts, les politiques veulent protéger les leurs. La communauté internationale veut aussi protéger les intérêts politiques, économiques, géopolitiques et géostratégiques. Mais qui pour s’intéresser à la population qui meure à petit feu ?  Nous observerons qui mettra ses intérêts à côté au profit du bien de la population, même si la décision semble être difficile à prendre.

Fridolin Ngoulou