La guerre de la succession reprend au sein du parti politique Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), le parti politique fondé par le feu général d’armée André Kolingba le 7 févier 1987.

Ce parti politique qui a dirigé le pays de 1980 à 1993 le feu André Kolingba a commencé son déclin après le décès de son président fondateur le 7 février 2010, date anniversaire de la création de son parti. Difficile de désigner un successeur, alors que son fils Désiré Nzanga Kolingba était membre du gouvernement et alors membre du comité directeur, le parti avait désigné Emile Gros Raymond Nakombo comme candidat du parti à la présidentielle de 2010-2011 où il est classé au 4eme rang avec 4,63%.

Mais bien avant, de 2003 où François Bozizé a pris le pouvoir jusqu’en 2010, au moins deux mouvements de dissidence ont été observés sans compter le ralliement du parti à la majorité présidentielle.

Après les élections de 2011 qui ont connu la victoire de François Bozizé, le parti RDC bascule dans l’opposition réunie au sein du Front d’Annulation et de la reprise des élections de 2011 (FARE 2011).

Les contestations politiques se sont poursuivies alors que la rébellion de la Séléka dirigée par Michel Djotodia lance des offensives pour prendre le pouvoir le 24 mars 2013.

Dans la foulée, Désiré Nzanga Kolingba se présente à la présidence de la Transition en 2014. En deuxième tour avec Catherine Samba Panza, il perd de justesse la chance de diriger la transition qui a duré presque deux ans.  Il prend la tête du parti  en 2015 et met de l’ordre avant de se présenter à l’élection présidentielle du décembre 2015.

Désiré Nzanga Kolingba réorganise le parti et se présente pour la 1ere fois à la présidentielle de 2015. Il est classé 3e avec 12,04% après Anicet Georges Dologuele et Faustin Archange Touadera qui a remporté au second tour. Le RDC fait un clin d’œil avec le pouvoir de Touadera avant de rentrer à nouveau dans la Coalition d’Opposition Démocratique 2020 (COD2020), crée pendant l’année électorale en Centrafrique.

Le président du parti, bien que souffrant prend part à la présidentielle au nom de son parti RDC en décembre 2020. Cette fois-ci, il est classé 4eme avec 3, 79 %, le plus faible des résultats du parti depuis 1993. Evacué en janvier à Kinshasa pour raison de santé, il est décédé le 25 avril 2021.

Guerre de succession et de positionnement

Après le décès de Désiré Nzanga Kolingba, les tractations ont commencé au sein du parti. Mohamed Lawan, 1er vice-président fait face à une contestation à cause des décisions prises sans la consultation des membres du bureau politique.

Mohamed Lawan, président intérimaire du parti RDC

Premier acte : Le parti quitte la COD2020 et bénéficie de deux postes ministériels au sein du gouvernement Henri-Marie Dondra. Le premier vice-président est ministre, le RDC rentre à nouveau dans la majorité présidentielle.

Au nom de la majorité, un autre membre influent du bureau politique, l’ancien ministre Pascal Koyamene est nommé dans le comité d’organisation du dialogue Républicain, annoncé par le président de la République. La page de l’opposition se referme.

Deuxième acte : Des jeux de Ping Pong commencent au sein du parti. Un camp convoque une réunion, un autre vient contester et annule la réunion. Sur la même page officielle du parti, des lecteurs assistent à des contestations après contestations et des contradictions après contradictions.

Le dernier exemple est la publication de la liste des membres, radiés par le bureau politique. Les décisions sont signées par le 1er Vice-président. Un jour après, un Communiqué sort, signé au nom du bureau politique conteste cette radiation. Parmi les signataires, se trouve la 3eme vice-président du parti, Nicole Koue, elle aussi ministre actuel dans le gouvernement Dondra avec son 1er Vice-Président Mohamed Lawan.

 Nous assistons à une guerre de succession alors qu’un parti politique de cette taille ne manque pas des textes qui prévoient le remplacement après un cas de décès, comme le parti vient de connaitre.

Ce parti, dispose de 7 députés à l’assemblée nationale, un signe qui a marqué le repositionnement peu à peu de ce parti sur la scène politique. Mais hélas, les signes avant-coureurs indiquent que la situation est encore compliquée au sein de ce parti, qui risquera de se fragiliser comme par le passé.

D’autres poids lourds du parti comme le député Mathurin Massikini ne se sont pas encore prononcés face à la crise qui gangrène déjà ce parti politique.

L’analyse des décisions de radiation par les contestataires

Bruno Grela M’Poko, 2e vice-président du Parti, Nicole Koue 3eme vice-président et Clément de Mboute Mbamba ont été radié du parti. En réponse, un autre communiqué sort pour dénoncer ces décisions.

Ils ont été en ces termes :

En totale violation des dispositions des statuts et règlement intérieur du Rassemblement Démocratique Centrafricain, le Frère Mohamed Lawan, 1er Vice-président du Parti a pris le samedi 28 août 2021, deux décisions de radiation et une décision d’exclusion temporaire. Celles-ci appellent de notre part, les observations suivantes :

1 : L’article 39 des statuts du RDC fixe à 90 jours, la période d’intérim en cas d’empêchement définitif à la Présidence du Parti. Cette période est arrivée à terme le 24 juillet 2021, à minuit. Soit quatre-vingt-dix (90) jours après le décès du Frère Président Désiré Nzanga Bilal KOLINGBA. Par conséquent, depuis cette date, le Frère Mohamed Lawan n’a aucune légitimité ni qualité pour engager le parti et encore moins, de sanctionner de manière unilatérale des Frères et Sœurs.

2 : Les sanctions disciplinaires prévues au règlement intérieur du Rassemblement Démocratique Centrafricain répondent à une procédure. Les décisions du 28 août 2021 ne sont pas seulement infondées mais n’obéissent à aucune des procédures y afférentes.

Par conséquent, nous, membres du Bureau exécutif du Rassemblement Démocratique Centrafricain déclarons de nul effet les décisions n°007, 008 et 009 du 28 août 2021.

Le RDC est entrain de connaître une crise préjudiciable à sa relance et redynamisation par la volonté d’un seul homme dévoré par ses ambitions et qui est réfractaire à la stricte application des textes du parti et viscéralement opposé à toute confrontation d’idées et d’opinions. Ce dernier, conscient de ses limites intrinsèques proches du néant et de son rejet par la base à cause de sa gestion désastreuse et clivante du parti œuvre au quotidien à la liquidation du legs politique du Frère Président Fondateur André KOLINGBA à la RCA.

Nous, membres du Bureau exécutif, convions les militantes et militants à répondre massivement à la session extraordinaire du Comité Directeur du samedi 04 septembre 2021, seul organe habilité à prendre les grandes orientations stratégiques qui engageront la vie du Parti.

Bangui, le 29 août 2021  Pour le Bureau Exécutif, Iris GUILLOT,  Trésorière Générale,

Jean-Bertin BOBOMALIO, Secrétaire Général, Nicole KOUE 3ème Vice-Président, Bruno GRELA-MPOKO2ème Vice-Président

Quelles solutions pour sauver ce parti ?

Même si le malheur des uns fait le bonheur des autres, pour éviter une crise de succession de trop, ce parti politique doit, pendant cette période des eaux troubles, faire appliquer les textes. La politique ne doit pas continuer à diviser les enfants de la Centrafrique.

L’un des problèmes majeurs des partis politiques en Centrafrique est l’ethnisation de ceux-ci. Un président qui fonde son parti politique le lie beaucoup plus aux membres de sa famille dont de son ethnie. Le RDC, même s’il a fait d’effort par le passé en désignant Nakombo candidat à la présidentielle, ce parti doit faire plus en déliant le parti à la famille Kolingba.

L’avenir politique du pays n’a pas besoin de la fragmentation des partis politiques qui engendrent toujours la division au sein des familles.

Fridolin Ngoulou