En République centrafricaine, la pisciculture demeure un secteur sous-développé, faute d’un réel intérêt de l’État et, en particulier, des cultivateurs. Cette situation entraîne une pénurie de poisson frais sur les marchés locaux et dans les ménages, provoquant un manque criant d’aliments naturels. D’où le recours massif aux produits surgelés.
Pourtant, l’activité piscicole est simple et peu coûteuse. Avec seulement 30 000 FCFA, un cultivateur peut démarrer une petite exploitation. Malgré cela, un désintéressement général persiste et empêche le secteur de se développer pleinement.
A Landja Mboko, dans le 9ᵉ arrondissement de Bangui, certains jeunes pratiquent la pisciculture de manière traditionnelle à l’aide de bacs en sol, c’est-à-dire des bassins creusés dans la terre. C’est le cas de l’association Afro Business Action contre la Faim, située derrière le marché central de Bimbo dans la préfecture de l’Ombella-Mpoko, qui utilise des bacs hors sol, installés à la surface de la terre.
Un bassin de 10 mètres sur 3 peut contenir près de 10 000 poissons. Après la construction du bassin, des coquilles de moules et d’huîtres sont déposées au fond pour purifier l’eau. Le bassin est ensuite entretenu par une vidange hebdomadaire, réalisée non pas avec de l’eau du robinet, mais avec de l’eau de puits.
« On y trouve des silures, des tilapias et des poissons-ballons. Pour leur alimentation, nous utilisons de l’arachide qui favorise leur engraissement, des feuilles de manioc, des feuilles de papayer, ainsi que des déchets de volailles », explique Afro Océan Mackpayne, propriétaire de cette pisciculture.
Il précise également : « Pour que les poissons se nourrissent correctement, il faut surtout les nourrir la nuit. En journée, ils ont peur de remonter à la surface. Si une grande quantité de nourriture est versée à ce moment-là, l’eau se pollue et les poissons peuvent mourir. »
Les tilapias se reproduisent chaque semaine, tandis que les silures, en raison de leur nature prédatrice, nécessitent plus de temps. « Les silures ne se reproduisent que lorsqu’ils atteignent un poids d’environ 5 kg. À ce stade, ils peuvent pondre entre 25 000 et 30 000 œufs. En revanche, les tilapias peuvent se reproduire même avec un poids inférieur à 5 kg », ajoute-t-il.
Étant donné que les silures se nourrissent d’alevins, il est nécessaire de bien organiser leur disposition dans le bassin : les silures au fond et les tilapias au centre. « Les silures consomment à la fois la nourriture qu’on leur donne et les petits poissons, ce qui favorise leur croissance. Pour obtenir un silure de grande taille, il faut attendre entre un et deux ans, contre environ six mois pour les tilapias. »
Malgré ces avantages, l’élevage de poissons reste peu accepté et insuffisamment développé en République centrafricaine. En conséquence, les marchés du pays sont largement dominés par des produits congelés. Cette situation soulève de nombreuses interrogations, notamment sur les éventuels impacts négatifs de ces produits sur la santé humaine. Il devient donc urgent que les cultivateurs et le gouvernement centrafricain unissent leurs efforts afin de relancer et valoriser la pisciculture locale.
BVIII Pappus Héritier

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