Dans un rapport publié ce jeudi 16 juillet 2026 sur la situation à Boali, le Groupe de travail de la société civile (GTSC) alerte sur une résurgence des tensions intercommunautaires dans cette localité. Pour favoriser un retour au calme, l’organisation formule plusieurs recommandations à l’endroit des autorités.
Ce rapport fait suite aux événements survenus le mardi 14 juillet 2026, marqués par une recrudescence des tensions intercommunautaires ayant entraîné la destruction de lieux de culte et d’habitations.
Dans son rapport, le GTSC présente deux hypothèses expliquant l’origine de ces tensions. La première fait état de groupes armés, composés essentiellement de Peuls, qui auraient fait irruption le 13 juillet 2026 dans un campement de chasseurs situé à une dizaine de kilomètres de Boali afin de demander à un chasseur de leur indiquer la piste de transhumance menant à Damara. Selon le rapport, le seul chasseur présent aurait accepté de les guider et les aurait suivis en s’éloignant du campement.
Soupçonnant un piège, son épouse les aurait discrètement suivis avant d’assister à la scène où son mari a été ligoté, torturé puis froidement assassiné dans la nuit du 13 au 14 juillet 2026. Elle est ensuite retournée informer sa belle-famille. Des jeunes se sont rendus sur les lieux pour récupérer le corps et le ramener à Boali. À son arrivée en ville, des jeunes de la communauté non musulmane ont pris pour cible la communauté peule.
La seconde hypothèse avancée dans le rapport indique que l’assassinat du jeune chasseur serait un acte de représailles de la part d’éleveurs peuls. Ces derniers auraient été victimes, à plusieurs reprises, de vols de bétail dont l’auteur présumé serait un ancien anti-balaka de Boali.
« Cependant, le premier récit semble plus proche de la réalité, car il est largement partagé par les personnes interrogées, parmi lesquelles des membres de la communauté peule qui qualifient les groupes armés de rebelles, et parce qu’il repose sur le témoignage d’un témoin oculaire. Le second récit défend la thèse selon laquelle les responsables du crime seraient des éleveurs peuls et se fonde sur une simple supposition », affirme l’organisation dans son rapport.
Sur le plan humain, aucun autre décès n’est à déplorer, en dehors de celui du jeune chasseur. En revanche, six membres de la communauté peule ont été blessés lors des violences. Le rapport indique notamment qu’un jeune a tenté de tirer sur des Peuls avec une arme artisanale, blessant un homme d’une cinquantaine d’années à la jambe gauche.
Sur le plan humanitaire, près de 50 foyers se retrouvent dans une situation précaire. Plus de 500 personnes ont trouvé refuge à la résidence de M. Ousmane Wankete. Toutes sont des civils peuls résidant dans le quartier Foulbé de Boali. A précisé le document.
Sur le plan matériel, les violences consécutives à l’assassinat du jeune chasseur ont provoqué d’importants dégâts dans le campement de la communauté peule. Une petite mosquée construite après la crise de 2013 a été détruite. En conséquence, la communauté peule de Boali ne dispose plus de lieu de culte. Plusieurs habitations ont également été incendiées, pillées et saccagées.
Le rapport met en exergue les stéréotypes et le degré de méfiance de la communauté non musulmane à l’égard de la communauté peule de Boali, ainsi qu’une dégradation de la situation sécuritaire aux alentours de la ville.
L’organisation fait également état des craintes exprimées par la population en raison de la présence d’hommes armés, majoritairement peuls, qui empêcheraient les habitants de vaquer librement à leurs occupations. Le GTSC relève aussi des cas d’enlèvements contre rançon perpétrés par des hommes armés dans la localité.
« Ces faits illustrent la détérioration préoccupante de la sécurité autour de la ville de Boali, où des civils sont clairement ciblés par des bandits armés. Les violences sur les sites miniers, les enlèvements contre rançon et les meurtres entravent les activités des populations et ravivent les tensions intercommunautaires », alerte le GTSC.
Le GTSC recommande ainsi aux autorités de diligenter une enquête judiciaire impartiale afin d’identifier et de traduire en justice les auteurs de l’assassinat du jeune chasseur ainsi que les responsables des représailles contre la communauté peule. Il préconise également de renforcer durablement le dispositif des forces de défense et de sécurité dans le quartier Foulbé et aux alentours de Boali afin de prévenir toute résurgence des violences, ainsi que d’apporter une assistance humanitaire d’urgence aux personnes déplacées.
Enfin, le GTSC appelle à sensibiliser la population non musulmane de Boali à l’acceptation des Peuls ayant choisi de vivre en ville, et à déployer des patrouilles permanentes des forces de sécurité sur les principaux axes ruraux afin de désarmer les groupes armés qui entretiennent l’insécurité.
Déus Gracias Tchémanguéré

Commentaires récents