Les résultats du baccalauréat commencent à tomber depuis lundi 7 aout 2023 sur les ondes de la radio nationale. Le taux d’admission au 1er tour est de 22,69%.
Plus de 23.000 candidats avaient composé le Baccalauréat toute série confondue sur l’ensemble du territoire nationale, en dépit de quelques irrégularités et ce, malgré l’incertitude sécuritaire qui règne dans certaines localités du pays.
Si cette année scolaire s’achève dans la quiétude, le taux de réussite n’augure pas plus d’un centrafricain qui constate une dégradation du système éducatif, notamment avec une baisse de niveau constante.
A titre d’exemple, depuis 2017, le taux d’admission au premier groupe du baccalauréat ne franchi pas la barre de 35%. Ce taux était de 13% en 2017, 24% en 2018, 25% en 2019, 32% en 2020, 21,53% en 2021 et 22% en 2022.
Qu’est ce qui explique ce faible taux ?
En effet, plusieurs facteurs expliquent ce faible taux d’admission au baccalauréat. D’abord, cela résulte d’une baisse de niveau constatée depuis plusieurs décennies.
La Centrafrique a connu plusieurs années de conflit qui ont considérablement affecté le système éducatif. L’année scolaire de neuf est parfois compressée à cause des violences soit rallongée surtout à l’Université de Bangui. La formation est de plus en plus au rabais.
Le traitement des enseignants reste à désirer. Plusieurs mois des grèves chaque année impactent négativement l’avancement des cours avec des conséquences sur les apprenants.
Si ces quelques aspects sont bandits pour critiquer ce faible taux, certains spécialistes du système éducatif Centrafrique évoquent aussi des rigueurs dans la correction des épreuves ainsi que la lutte contre la corruption.
En effet, la corruption a aussi impacté négativement le niveau d’étude des élèves. Les examens comme le baccalauréat à un moment donné de l’histoire se donnaient à ceux qui mettent des moyens financiers en jeu. Les enfants des pauvres ne pouvaient pas décrocher ce diplôme qui ouvre la voie aux études universitaires.
Pour certains enseignants, depuis 2016, des mesures fortes ont été impulsées pour barrer la route à la corruption d’une part mais surtout pour durcir la correction afin de filtrer les meilleurs élèves qui connaitront un parcours élogieux dans les universités du monde.
En rappel, le Bac centrafricain est un diplôme universel qui permet à l’étudiant de fréquenter dans toutes les universités du monde. Ce caractère universel reste en vigueur. C’est ainsi que ce diplôme est convoité par certains pays voisins comme en tête le Cameroun qui chaque année, déploie des milliers des candidats pour composer le Bac centrafricain. Même si ces candidats viennent souvent individuellement et sur frais de leurs parents, ils sont souvent encadrés par les deux ministères en charge de l’éducation. Des candidats du Congo Kinshasa viennent souvent composer ce diplôme dans les villes centrafricaines.
L’un des maux qui a détruit le système éducatif centrafricain est le plan de d’ajustement structurel proposé par la Banque mondiale en 1990. Plusieurs cadres de l’éducation nationale qui ont fait la fierté du système éducatif avaient choisi le départ volontaire assisté (DVA) avec toutes ses conséquences.
Plus part, suite à l’instabilité politique dans le pays, accompagnée par le vent de la démocratie, deux années blanches ont été consommées en Centrafrique. Les années blanches de 1991-1993 avaient vraiment planté la machine éducative en Centrafrique.
En effet, depuis plusieurs décennies, l’on constate une baisse de niveau depuis les bancs de l’école jusqu’à dans l’administration publique.
Comment rehausser le niveau éducatif en Centrafrique ?
C’est une problématique qui nécessite des états-généraux qui pourront aboutir à des réformes du système éducatif centrafricain, calqué sur le modèle français.
Mais bien avant, le pays doit recruter en masse, former et déployer des enseignants qualifiés sur toute l’étendue du territoire nationale. Il faudrait revaloriser le traitement salarial de ces enseignants afin de les inciter à donner le meilleur d’eux-mêmes. Un programme de stage doit être initié afin de permettre à nos enseignants de parfaire leurs connaissances à l’étranger, dans les pays où le système éducatif est encourageant.
Aussi, le gouvernement doit investir dans l’éducation, en augmentant le budget annuel dédié à ce département ministériel. Jusqu’à présent, une première volonté du président Touadéra avait conduit à augmenter de 8% à 11 le budget de l’éducation nationale. Mais, des efforts doivent être fournis pour donner plus de moyen à l’éducation mais aussi à la santé.
La construction des infrastructures, l’équipement des établissements scolaires, la modernisation du système éducatif restent des défis majeurs que le gouvernement doit relever afin de créer de meilleures conditions d’études aux élèves et de travail aux enseignants.
Fridolin Ngoulou

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