L’Afrique centrale, bien que continuant à être frappée par plusieurs chocs depuis 2020, a enregistré une forte croissance en 2022. Mais aussi en termes d’inflation et déficit budgétaire, en 2022 par rapport aux autres régions d’Afrique.
En effet, selon les statistiques de la Banque africaine de développement (BAD), la croissance du PIB réel en Afrique centrale a été de 5,0 % en 2022, contre 3,4 % en 2021. Ce rebond de l’activité économique a été porté par les cours favorables des matières premières dans une région qui compte des exportateurs nets non seulement de pétrole brut, mais aussi de minéraux et d’autres produits de base. En comparaison avec les autres régions, cette croissance régionale, est supérieure à celle de l’Afrique estimée à 3,8 % en 2022, contre 4,8 % en 2021. Toutes les autres régions de l’Afrique ont enregistré un ralentissement économique tandis que l’Afrique centrale a connu une accélération de sa croissance de 1,6 point de pourcentage en 2022. Au niveau intra régional, cette croissance a été boostée essentiellement par la République démocratique du Congo qui a enregistré un taux de croissance du PIB réel de 8,5 % en 2022.
En 2023, l’activité économique en Afrique centrale devrait évoluer dans un environnement empreint d’incertitudes. En effet, les tensions géopolitiques, l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et les catastrophes naturelles pourraient provoquer des goulets d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement mondiales et des chocs sur les prix des produits exportés par la région. Malgré la confluence de ces multiples risques, l’Afrique centrale devrait enregistrer des taux de croissance de 4,9 % en 2023 et de 4,6 % en 2024.
La région de l’Afrique centrale en 2022, a connu une inflation continue et des positions budgétaire et extérieure renforcées comparativement aux autres régions. L’inflation en Afrique centrale s’est établie à 6,7 % en 2022 contre 3,9 % en 2021, en raison de la flambée des prix alimentaires mondiaux, de la dépréciation de l’euro par rapport au dollar américain et aux perturbations des circuits d’approvisionnement internationaux. Comparativement aux autres régions, l’Afrique centrale a enregistré la meilleure performance avec le taux d’inflation le plus faible. Il s’est établi à 8,2 % en Afrique du Nord ; 12,6 % en Afrique australe ; 17 % en Afrique de l’Ouest et 28,9 % en Afrique de l’Est.
Au niveau intra régional, l’inflation en 2022, a été nourrie par celles de la République démocratique du Congo (9,1 %) et de la République centrafricaine (7,9 %) qui ont enregistré des taux supérieurs à la moyenne régionale.
La bonne performance de la région en matière de niveau général des prix s’explique par les mesures budgétaires de soutien (subvention des produits pétroliers à la pompe, gel des prix des biens de première nécessité etc.) prises par les gouvernements, et le resserrement de la politique monétaire par les banques centrales.
La situation des finances publiques de la région s’est améliorée en 2022, même si elle reste déficitaire. Elle laisse apparaître un solde budgétaire global, dons compris, de -0,6 % du PIB, en amélioration de 0,4 point de pourcentage par rapport au niveau atteint en 2021. Ce déficit observé malgré l’amélioration des cours des principaux produits exportés par les pays de la région s’explique par l’augmentation des dépenses primaires totales liées aux mesures budgétaires de soutien prises par les gouvernements face à la persistance des effets néfastes de l’invasion de l’Ukraine par la Russie sur les prix de l’énergie et des produits alimentaires.
Comparée aux autres régions, l’Afrique centrale affiche la meilleure performance en matière budgétaire, avec notamment le plus faible déficit. La moyenne du solde budgétaire pour toute l’Afrique, est ressortie déficitaire de 4,0 % du PIB. L’Afrique du Nord a affiché un déficit budgétaire de 3,2 % du PIB ; l’Afrique australe, de 3,5 % ; l’Afrique de l’Est, de 4,3 %; et l’Afrique de l’Ouest, de 5,6 %. Au niveau intra régional, l’amélioration du solde budgétaire régional moyen est le fait du Congo et de la Guinée équatoriale qui ont enregistré des excédents respectifs de 6,5 % et 4,8 % du PIB.
Le solde du compte courant de l’Afrique centrale en 2022, est en amélioration par rapport à celui de 2021, même s’il reste déficitaire, traduisant ainsi un besoin de financement de la région. Il s’est établi à -1,5 % du PIB, contre -1,8 % en 2021, représentant la 3e meilleure performance régionale après l’Afrique australe (-0,6 %) et l’Afrique du Nord (-0,8 %). Cette légère amélioration s’explique par : i) le dynamisme de l’industrie extractive et la relance du secteur non extractif en RDC, ii) la hausse des cours du pétrole brut et du gaz et iii) l’excédent des comptes courants enregistré par le Congo (+19,2 %) et la Guinée équatoriale (+3,9 %).
Sur le plan socio-économique, la hausse des prix des produits alimentaires et du pétrole a amplifié les inégalités de revenus au sein des ménages des pays d’Afrique centrale. Elle a entraîné une augmentation du nombre de personnes sous-alimentées dans presque tous les pays de la région. Ainsi, son effet sur la sécurité énergétique pourrait entraîner des répercussions sur la productivité et la compétitivité des entreprises, et même sur le secteur social des pays de la région.
En termes d’option de politique économique, il s’avère indispensable de juguler très rapidement les pressions inflationnistes et surtout la hausse des prix des denrées alimentaires. Pour une région possédant d’importantes terres arables, il s’agirait d’investir dans l’agriculture afin d’assurer aux populations une autosuffisance et une sécurité alimentaire. Il s’agit aussi d’investir dans les infrastructures en soutien à cette orientation stratégique. Une telle option passe par l’amélioration de la gouvernance et de la gestion des investissements publics qui, à son tour, renforcera l’efficacité et la transparence dans la gestion publique. Par ailleurs, l’assainissement du cadre macroéconomique, notamment la question de la dette – qui reste un défi pour la région – et la consolidation des cadres de politique budgétaire, monétaire et de taux de change devraient favoriser un retour à la stabilité des prix et une meilleure viabilité des finances publiques et des comptes extérieurs pour les pays de la région.
BAD

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