Après la tentative avortée d’une rébellion armée en Russie, Moscou procède à un « audit » des activités des paramilitaires « Wagner » dans le monde. C’est ainsi que le vice-ministre russe des Affaires étrangères s’est personnellement rendu à Damas pour transmettre un message au président Assad. En Centrafrique, on assiste déjà au départ de ceux qui ne veulent pas signer un nouvel accord avec l’Armée russe.

«Le groupe Wagner n’opérera plus de manière indépendante en Syrie. Des messages similaires ont été passés aux autorités de la République Centrafricaine (RCA), du Mali et des forces de Khalifa Haftar en Libye », révèle The Wall Street Journal.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que c’est un problème pour les pays africains de continuer à coopérer avec la société militaire privée Wagner. Mais que ceux-ci doivent continuer d’être présents dans les pays africains pour travailler sous contrat de l’Armée russe. Le contraire est un problème pour les gouvernements souverains des pays africains.

C’est quoi la situation en Centrafrique ?

Selon les informations de l’Oubangui Médias, Bangui est bien conscient de ces mesures ainsi que les troupes russes qui sont sur le terrain. Une partie des troupes sur le terrain accepte donc de signer le contrat avec le ministère russe de la défense et de passer sous son commandement. Par contre, une autre partie très proche de leur patron Evguéni Prigojine se désengage du pays et entame un retrait de la Centrafrique.

C’est ainsi que lundi dernier, une équipe avait quitté Bangui par vol pour une destination que notre rédaction, Oubangui Médias n’a pu connaitre. Cette opération de rapatriement s’est poursuivie mardi 4 juillet 2023, selon une source bien introduite et devra se poursuivre dans les jours qui suivent. « Tout, dans le calme et la compréhension mutuelle », ajoute la source.

Pour le moment, il est difficile de connaitre la position de deux chefs : Dmitry Syty et Vitaly Perfilev. Si des sources parlent de leurs rapatriements dans les jours qui suivent, au moment où nous mettons sous presse cette information, les deux sont encore sur le territoire Centrafricain, notamment à Bangui.

En effet, l’Armée russe veut reprendre le commandement du groupe paramilitaire. En conséquence, un réaménagement, du moins des réformes profondes s’opèrent. Poutine tente de soigner l’image de ce groupe plusieurs fois accusé « des violations des droits de l’Homme et de prédation en Centrafrique », comme partout ailleurs, dans les pays où il intervient.

Ce départ laissera-t-il un vide ?

Alors que le départ des uns peut laisser un vide sur le terrain en attendant l’arrivée des autres forces, des sources militaires de la Centrafrique disent ne pas s’inquiéter de ce départ. « Ils ne vont pas partir au même moment. Une équipe reste et un nouveau déploiement n’est pas exclu », a confié à l’Oubangui Médias une source militaire centrafricaine proche des paramilitaires russes.

Sur le plan politique, on se réserve de commenter ce fait qui relève de la gestion interne de la Russie. « La RCA a signé un accord avec le gouvernement russe. Sur autorisation du conseil de sécurité de l’ONU, le président russe nous a envoyé des paramilitaires pour former les Forces Armées Centrafricaines. Donc, même si les Wagner partent, la Russie sera toujours là et occupera les mêmes dispositifs. D’ailleurs, le gouvernement russe a rassuré ses partenaires qu’il sera toujours là », nous a confiés une source gouvernementale.

Ce désengagement n’est pas encore largement commenté sur les réseaux sociaux. Mais certains observateurs indépendants qui ont accepté d’échanger avec l’Oubangui Médias sur ce sujet voient un avantage pour la Centrafrique.

« C’est un avantage pour notre pays si les Wagner partent. Notre pays a été mal vu et fait l’objet des campagnes médiatiques visant à ternir son image et à pousser à une insurrection. Si le commandement passe sous la responsabilité de l’Armée russe, on ne parlera plus des mercenaires mais des forces régulières russes et ils seront mieux contrôlés. Voilà comment je perçois ce sujet », a fait observer un observateur, de surcroit leaders d’une organisation de défense des droits de l’Homme.

Par ailleurs, Justin, un étudiant de l’Université de Bangui pense autrement. « Que les Wagner partent, que l’Armée russe prenne le commandement, le mode opératoire de ces derniers risque de ne pas trop changer. Que le gouvernement Centrafricain pense au rapatriement programmé des russes tout comme des autres forces tout en faisant monter en puissance notre Armée pour qu’elle prenne en main la défense et la sécurité du pays », dit-il.

Les paramilitaires russes ont été déployés en Centrafrique vers 2018 pour assurer la formation de l’Armée sur l’utilisation des armes fournies par la Russie. Ils ont renforcé leur présence entre 2020-2021 quand la rébellion de la CPC a lancé des offensives. C’est en appui aux Forces Armées Centrafricaines que plusieurs territoires jadis occupés par les rebelles ont été repris. Ce, grâce aussi aux forces spéciales rwandaises et aux forces de la Minusca.

Fridolin Ngoulou