À veille d’une échéance majeure pour la capitale, Mme Deya Abazene Portia s’est exprimée directement auprès des Banguissoises et des Banguissois. Dans une lettre ouverte, elle présente sa vision, ses engagements et sa conception du service public, en appelant à la confiance et à la responsabilité partagée. Ce message se veut à la fois feuille de route et acte d’engagement devant les citoyens. Si elle est élue, elle sera jugée à base à ce document qui résume sa vision de la municipalité.
LETTRE OUVERTE AUX BANGUISSOISES ET BANGUISSOIS
Bangui, le 15 juin 2026
Chères Banguissoises, Chers Banguissois,
Je vous écris aujourd’hui parce que dès demain, tout peut changer.
Je vous écris à la veille d’un scrutin que notre ville attendait depuis quatre décennies, et cette attente seule suffit à mesurer le poids de ce moment. Non pas parce que l’élection d’un Maire constituerait en soi un événement exceptionnel, mais parce que, pour la première fois depuis 1988, les Banguissois, au travers de leurs Conseillers municipaux, exercent pleinement ce droit fondamental : choisir eux-mêmes qui gouvernera leur capitale.
Ce droit mérite une réponse à sa hauteur. Non pas un slogan de plus, ni une promesse supplémentaire livrée à la va-vite, mais une parole sincère, fondée sur un parcours réel et portée par une vision claire pour Bangui.
J’ai sillonné nos huit arrondissements au cours des dernières semaines. De Boy-Rabe à Gobongo, de Boeing au Km5, de Lakouanga aux quartiers périphériques qui n’ont peut-être pas de panneaux à leur nom, mais qui ont une histoire, des habitants, des espoirs et des exigences légitimes. J’ai écouté des mères qui redoutent pour leurs enfants des rues qui s’éteignent avec le soleil ; des jeunes pleins de talent qui cherchent simplement un espace où le déployer ; des anciens qui ont construit cette ville et qui se sentent aujourd’hui invisibles aux yeux d’une administration qui les ignore ; des pères dont les enfants, nés à Bangui, n’ont pas d’acte de naissance et n’existent pas encore aux yeux de l’État.
Ces voix-là ne m’ont pas découragée. Elles m’ont transformée.
Elles m’ont surtout chargée d’une responsabilité que je ne prends pas à la légère. Chargée d’une urgence que je n’ai aucune intention d’oublier le soir du scrutin.
C’est la raison pour laquelle je me suis portée candidate ; pas parce que j’en rêvais depuis l’enfance. Je suis candidate parce que j’ai regardé cette ville que j’aime et que j’ai décidé que j’avais le devoir d’essayer de la changer.
Vous le savez, je ne suis pas entrée en politique par vocation partisane. Ce que j’ai, c’est vingt ans passés à traquer la fraude, à gérer l’argent public avec la rigueur que l’argent public mérite. Ce que j’ai, c’est la FAFECA : des centaines d’organisations de femmes fédérées à travers tout le pays, parce que je crois depuis longtemps que rien ne se construit durablement sans les femmes. En 2025, j’ai pris la parole devant le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour que le monde entende comment nos femmes s’engagent et bâtissent avec dignité et résilience nos familles et notre pays.
Dans les 100 premiers jours, vous verrez cinq choses se produire :
L’audit complet des finances de la mairie sera engagé sans délai, afin que les Banguissois sachent exactement dans quel état se trouvent les ressources humaines et financières de leur ville, et puissent eux-mêmes contrôler le point de départ du mandat car sans transparence, il n’est pas de confiance possible, et sans confiance, aucune transformation durable ne peut s’engager.
La mise en place du système BanguiPay sera lancé dès la première année pour collecter les ressources de manière dématérialisée. Votre argent ira là où il doit aller : dans vos rues, vos caniveaux, vos marchés.
Le statut municipal d’Opérateur de Propreté de Bangui sera créé, confiant quartier par quartier la collecte des déchets à des associations, coopératives et groupements de jeunes. Bangui produit 930 m³ de déchets par jour, dont seulement 320 m³ sont collectés. Cette situation d’urgence sanitaire et environnementale sera la première priorité opérationnelle de mon mandat.
La police municipale sera réorganisée en brigades de proximité d’arrondissement, pour que chaque quartier dispose d’agents qui connaissent leurs habitants, qui répondent à leurs appels et qui rendent des comptes publics sur leur action.
Enfin, la gratuité des déclarations de naissance en maternité sera la grande cause de mon mandat. Aucun enfant né à Bangui ne grandira sans nom, sans existence légale et sans droits parce que l’état civil est le premier acte de dignité que la République doit à ses citoyens.
Banguissois, Banguissoises,
Voici ce que je ne vous promets pas.
Je ne vous promets pas la perfection. Je ne vous promets pas que tout se fera en six mois. Je ne vous promets pas de miracle. Ce que je vous promets, c’est de ne jamais vous mentir sur ce que je suis capable de faire seule et ce qui nécessite des partenaires extérieurs. La transparence sur les limites du mandat est une forme de respect. Et vous méritez ce respect.
Kigali sortait de la guerre quand elle est devenue la ville la plus propre d’Afrique. Dakar a digitalisé ses services publics quand tout le monde doutait. Abidjan a bâti une réputation de métropole panafricaine attractive et dynamique. Ce que d’autres villes africaines ont accompli par la méthode, le travail et la volonté, nous pouvons l’accomplir ici. Pas par magie, mais par la discipline, l’effort méthodique et le sens de l’intérêt général.
Permettez-moi, en clôturant cette lettre, de redevenir simplement Portia, une Banguissoise parmi les vôtres. Je pense à toutes les femmes qui, chaque matin avant l’aube, portent cette ville sur leurs épaules dans le silence et la dignité. Je pense à nos braves hommes, maris, fils qui portent nos foyers. Je pense aux jeunes qui m’ont dit qu’ils voulaient rester, construire, contribuer et qu’ils avaient seulement besoin qu’on leur fasse une place. Je veux bâtir cette place avec vous.
C’est pour eux tous, vous tous, nous tous que je me lève. C’est pour nous tous que cette campagne a existé. C’est pour nous tous et pour Bangui, notre maison commune, que je demande, une dernière fois, aux conseillers et élus, de faire le pari d’une nouvelle énergie pour Bangui.
Car au-delà d’une candidate, c’est Bangui qui doit gagner.
Fini Ngangu tî Bangui !
Avec respect, courage et détermination,

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