Sommet 2023: le forum politique de haut niveau pour le développement durable adopte une déclaration politique afin d’accélérer la réalisation du Programme 2030

Les dirigeants mondiaux réunis à l’occasion du forum politique de haut niveau pour le développement durable organisé sous les auspices de l’Assemblée générale ont adopté, ce matin, une Déclaration politique destinée à accélérer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, « point de repère cardinal pour parvenir au développement durable et surmonter les multiples crises que nous traversons ».

Parvenus à mi-parcours de l’échéance de ce programme, les chefs d’État et de gouvernement ainsi que les hauts représentants des États Membres ont constaté avec une vive inquiétude que la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD) est en péril.  Les progrès réalisés pour la plupart des objectifs sont « soit beaucoup trop lents, soit en régression par rapport à la situation de départ en 2015 », affirment-ils dans la Déclaration politique, à peine 15% des cibles étant en voie d’être atteintes.  Ils déclarent également que l’élimination de la pauvreté constitue le plus grand défi auquel est confrontée l’humanité et une condition indispensable au développement durable.

Dans un « appel à l’action » destiné à renverser cette tendance, les leaders mondiaux réaffirment leur détermination à revitaliser le Partenariat mondial pour le développement durable en prenant des mesures ciblées pour éliminer la pauvreté tout en accélérant les initiatives visant à éradiquer l’insécurité alimentaire. Ils appellent également à une refonte de l’architecture financière internationale, en améliorant les mécanismes d’allégement de la dette et en réorientant les droits de tirage spéciaux vers les pays qui en ont le plus besoin. 

En dépit de ces engagements, quelque 1,2 milliard de personnes continuent de vivre dans une pauvreté multidimensionnelle, a déploré le Président de l’Assemblée générale, tandis que 680 millions souffriront de la faim en 2030.  Si les 17 ODD constituent une « feuille de route pour l’humanité », selon les mots de M. Dennis Francis, il est crucial de faire le bilan des progrès réalisés et d’évaluer les défis qui subsistent.  « Soyons clairs », a‑t‑il insisté, les effets de la pandémie, des changements climatiques et de la guerre en Ukraine nous ont confrontés à des crises multiples, complexes et interconnectées. 

Face à un tel constat, le Secrétaire général a jugé que les ODD nécessitent un « plan de sauvetage mondial ».  Il s’est dit « profondément encouragé » par l’engagement à améliorer l’accès des pays en développement « au carburant nécessaire à la réalisation des ODD: le financement ».  Il s’est en outre félicité de l’appui des États Membres à un plan de relance des ODD d’au moins 500 milliards de dollars par an, assorti d’un mécanisme d’allègement de la dette, ainsi qu’à la réforme d’une architecture financière internationale « dépassée, dysfonctionnelle et injuste ». 

Cette question a interpellé nombre de délégations lors du débat général qui a suivi l’adoption de la Déclaration politique, à commencer par le Président cubain  qui a lancé, au nom du Groupe des 77 et la Chine, un appel urgent en faveur d’une réforme complète des structures financières afin de corriger les « injustices historiques » à la base du système financier international. 

Pour le Président de la Dominique, qui s’exprimait au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), les pays en développement doivent être soutenus par des prêts à long terme à faibles taux d’intérêt et par un allégement de la dette.  Or, selon la Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), Mme Paula Narváez, le système financier international est incapable de s’adapter aux crises de plus en plus graves et nombreuses, en particulier s’agissant des pays déjà surendettés.

Confrontés à un ensemble unique de vulnérabilités qui entravent leur développement, les petits États insulaires en développement (PEID) et les pays les moins avancés (PMA) ont mis en relief le besoin urgent de solutions adaptées.  Le Président des Palaos a ainsi fait valoir, au nom des PEID du Pacifique, que l’adoption d’un indice de vulnérabilité multidimensionnelle reposant sur des critères autres que le seul revenu tombe à point nommé.  Il est tout aussi nécessaire à ses yeux d’établir de véritables partenariats afin de fournir un soutien financier et technique approprié aux PEID, touchés au premier chef par les changements climatiques. 

La Présidente de la Commission européenne s’est inquiétée des répercussions de la « cascade de crises » sur notre planète « en ébullition ».  Bien que l’Europe ait porté son aide au développement à 93 milliards d’euros, soit une augmentation de 30% par rapport à l’année précédente, comptant pour plus de 40% de l’aide mondiale, le financement public à lui seul ne suffit pas, a‑t‑elle constaté.  En conséquence, elle a annoncé que l’Union européenne investira 300 milliards d’euros dans les économies émergentes au cours des cinq prochaines années, par le biais de son plan d’investissement « Global Gateway », en plus de fournir un appui à la mise en place de marchés d’obligations vertes.

Les ODD ont profondément transformé la compréhension du développement, a noté la Ministre française des affaires étrangères, en nous forçant à aborder de front la lutte contre la pauvreté, les changements climatiques et la perte de la biodiversité. « Aucun pays ne doit avoir à choisir entre les trois. » 

Les délégations ont ensuite poursuivi leurs échanges lors des quatre « dialogues de dirigeants » de cette première journée du « Sommet sur les ODD », consacrés aux actions susceptibles d’accélérer les progrès des ODD, à la résilience, à l’apport de la science et de l’innovation technologique, ainsi qu’au renforcement des institutions publiques.

« L’heure est venue de nous réengager en faveur des ODD et du Programme 2030 », a lancé le Président de l’Assemblée générale, en espérant que l’adoption d’une déclaration politique forte marque le début d’une « phase de progrès accélérée » en vue de leur réalisation d’ici à 2030. 

La deuxième partie de ce sommet se tiendra demain après-midi, mardi 19 septembre, à partir de 15 heures.

L’ONU