Monsieur le Président de la République,

Me voici arrivée à la veille de mon départ de la République Centrafricaine, après 4 années, denses et intenses, passées auprès de vous tous.

Monsieur le Président,

C’est avec beaucoup d’émotion et de fierté que je reçois aujourd’hui cette haute distinction, celle de l’Ordre national de la reconnaissance centrafricaine.

Quatre années tellement chargées de moments forts et heureux, de moments forts et difficiles aussi. Ma nature de femme, et ma profession de diplomate, et de diplomate « militante », font de moi une personne par nature positive, toujours animée par la recherche de solutions et amenée à voir le verre moitié plein ou en train de se remplir.

Tout de suite me revient à l’esprit que des moments forts : les deux célébrations de la Fête de l’Europe (les éditions 2020 et 2021 ont dû être annulées à cause de la Covid) ; les Journées portes Ouvertes de l’Union européenne en RCA, qui ont eu 17.000 visiteurs sous la devise I LA !, les visites de la HRVP de l’époque Federica Mogherini, du Commissaire à la gestion des crises Lenarcic, des Ambassadeurs des Etats-Membres réunis dans le COPS en 2018, des nombreux Directeurs généraux et hauts responsables européens qui ont foulé le sol centrafricain. Et vous en aurez encore trois au cours du mois de septembre !

Je pense également au lancement de la Mission EUAM-RCA, résultat d’un long travail de plaidoyer que nous avons mené ensemble, et aux mandats successivement et régulièrement renouvelés de la Mission EUTM-RCA, qui n’a jamais cessé son engagement aux côtés des FACA. Je tiens ici à saluer les chefs des deux missions, mes deux Paolos, et à les remercier de leur amitié et de leur appui.

Je pense aussi à notre bras humanitaire ECHO qui se range aux cotés de vos populations les plus vulnérables et qui ne cesse d’apporter son soutien dans une situation qui reste extrêmement préoccupante.

Et j’en passe ! Jamais la RCA n’avait reçu autant d’attention de la part de l’Union européenne.

Comment oublier toutes les visites de terrain, que nous avons pour la plupart effectuées ensemble, jusqu’à Birao ou Obo. Ce serait trop long. Même si je ne pourrais jamais atteindre le record de mon collègue Adolphe Nahayo, qui aura sillonné tout le pays jusqu’au coin le plus reculé de la RCA !

J’ai été à Bamingui, à Chinko, et tout dernièrement à Bayanga. J’ai été témoin de souffrance et de pauvreté, mais aussi d’espoir et de beauté. Dans toutes mes actions, c’est un sentiment très fort de vouloir être au plus proche de la population centrafricaine qui m’a toujours animée et motivée. Ce sentiment ne m’a d’ailleurs jamais quitté tout au long de mon mandat et ne me quitte toujours pas aujourd’hui. J’ai toujours été et je reste une diplomate de terrain.

Monsieur le Président,

Je n’ai sans doute pas besoin de rappeler ici la densité et la profondeur des relations et du partenariat entre la RCA et l’Union européenne. Votre partenaire de toujours et toujours présent, comme vous l’avez plusieurs fois souligné. Toutes les actions que l’Union européenne soutient en RCA sont nées de cette relation, de ce partenariat exemplaire et unique. Jamais la Centrafrique et l’Europe n’avaient été si proches.

Tout ce que j’ai pu faire, nous l’avons fait ensemble, avec vous et avec tous nos partenaires centrafricains. Si nous avons réussi, nous avons réussi ensemble. Si nous avons quelques fois échoué, nous avons échoué ensemble. A la veille de mon départ, en regardant en arrière, j’aime penser que nos réussites sont plus nombreuses et plus importantes de nos échecs ou de nos résultats manqués. Nous n’avons pas peut-être réussi toujours et partout. Mais nous avons beaucoup fait. Grâce à la volonté, que nous avons en partage, d’avancer et d’apporter des réponses aux populations centrafricaines, qui sont toujours au cœur de nos actions.

Je sais la part que vous-même, Monsieur le Président, avez prise dans nos réussites.

Je n’arrêterai jamais de souligner que l’Union européenne n’est pas, ou pas seulement, un « bailleur de fonds ». Elle représente tout d’abord un ensemble de valeurs – de paix, de solidarité, de démocratie, de respect des droits humains, de bien-être partagé – portées par les 400 millions d’européens que j’ai eu l’honneur de représenter ici en Centrafrique.  L’Union européenne est aussi une « oreille attentive », qui a su écouter et traduire ces valeurs partagées en opportunités et en actions. Nous l’avons vérifié ensemble tous les jours. Nous n’avons jamais cessé de mobiliser toutes les opportunités à notre disposition pour trouver des réponses appropriées aux besoins que vous nous avez exprimés. Et nous continuons à le faire, dans le cadre de la programmation du prochain cycle de coopération.

Monsieur le Président,

permettez-moi également de souligner la dimension politique de nos relations, à laquelle vous avez donné une impulsion déterminante. Que ce soit dans le contexte de missions de haut niveau ou encore dans le cadre du dialogue politique au titre de l’Accord de Cotonou. Nous y avons travaillé ensemble dans le plus grand respect de nos opinions respectives, peut-être pas convergentes à chaque fois, mais ce n’est qu’un partenariat fondé sur le débat contradictoire, la franchise et la sincérité, qui permet véritablement d’avancer. J’en ai fait le cœur de ma mission.

Bien sûr, la Centrafrique a vécu des périodes difficiles qui ont quelques fois fragilisé notre confiance et rendu notre dialogue moins facile, mais nous savons que ce n’est qu’à travers une écoute et compréhension mutuelles et la recherche de solutions consensuelles et durables, dans le respect des valeurs fondamentales que nous partageons, que nous pouvons tous ensemble aider le Pays à trouver les réponses les plus appropriées à ses défis. J’en veux pour preuve le dialogue républicain qui est en train de se profiler à l’horizon. La franchise, la confiance et les engagements qui se dégageront lors de ce dialogue rassembleur seront le socle pour un avenir meilleur, et j’espère qu’ils bâtiront le consensus social et le vivre ensemble incontournables pour surmonter les divisions et retrouver à travers l’unité le chemin de la paix. D’autres chantiers vous attendent, Monsieur le Président. Sachez que nous sommes prêts à rester à vos côtés pour les relever ensemble dans l’intérêt supérieur du peuple centrafricain.

Monsieur le Président, je me permets de terminer sur une note personnelle. Les départs ne sont jamais faciles. Encore moins pour moi. C’est avec un sentiment complexe et mitigé que je quitterai demain la RCA. Ce n’est pas la première fois que je quitte un poste (j’en suis à ma sixième mission), mais on ne s’habitue jamais aux départs et aux séparations qui souvent sont pour toujours. Je vous avoue que pour moi c’est une séparation difficile…mais comme le dit un cher ami et collègue que j’ai pu côtoyer pendant ma mission, le pays qu’on quitte ne nous quitte jamais. Et comment oublier un pays comme la RCA.

Etre en poste en Centrafrique n’est pas comme être en poste ailleurs. On n’est pas de simples diplomates. On est des partenaires, on est des conseillers, on est des confidents, on est surtout et toujours ENSEMBLE.

C’est la valeur ajoutée de ce que nous faisons ici. Ce qui fait de ce poste un poste unique. Voilà pourquoi cette séparation est plus difficile que les autres.

Monsieur le Président, je vous remercie du fond du cœur pour la relation que vous m’avez permis de tisser avec vous. Sans cette rare marque de confiance et de sincérité, sans votre implication personnelle de chaque instant, nous n’aurions peut-être pas pu atteindre les objectifs que nous nous étions fixés.  Ce fut une très belle success story pour moi, et je suis persuadée que mon successeur, l’Ambassadeur Douglas Carpenter, pourra bénéficier de cette même confiance.

Je m’adresse aussi aux collègues et aux amis du G5 et du corps diplomatique, je garderai en mémoire toutes les rencontres, les échanges, passionnés et animés, que nous avons eus. C’était une expérience unique.

Aux collègues et collaborateurs de la Délégation de l’Union européenne, merci de votre engagement pour ce pays et de votre soutien sans faille. Vous portez haut le drapeau de notre Europe. Cette médaille est aussi la vôtre. Vous devez en être fiers.

Travailler en RCA m’a permis de beaucoup apprendre et de m’améliorer. Comme je le disais il y a quelques jours, j’ai travaillé dans ce pays et pour ce pays comme si c’était le mien. Un pays que j’aime, comme le mien, avec ses atouts et ses défauts. Un pays que je voudrais parfait, comme le mien, mais que j’aime pour ce qu’il est. 

Je porterai toujours ce pays dans mon cœur. Là où je serai, là où vous serez, on sera toujours ensemble. Les souvenirs de ces moments partagés resteront toujours avec moi.

Je n’aime pas les adieux. Je préfère vous dire Arrivederci

Arrivederci, Monsieur le Président,

Arrivederci, chers collègues et chers amis de Centrafrique. 

Je vous garde dans mon cœur.