La remise du Prix Simone Veil à Myriam a eu lieu à Bangui, le 21 mars 2024 après une première phase du 8 mars à Paris. L’ambassadeur de France à Bangui, Bruno Foucher a honoré cette dame qui s’est investi dans le collectif MOSUCA pour les causes des victimes des violences sexuelles.  Ce Prix témoigne et encourage une lutte coordonnée contre l’injustice et les violences sexuelles liées aux conflits en République centrafricaine.

En présence des invités et de la presse, Mme Myriam a fait un témoignage poignant et son engagement pour la cause des victimes des violences sexuelles liées aux conflits dans le pays.

« Moi, Miyam, en tant que survivante, mon objectif était de devenir avocate car étant petite, je me battais contre l’injustice. Un jour, ma maman m’a dit : « Tu deviendras une avocate forte ». Quand je voyais les robes des avocates et la manière dont les avocates défendaient leurs clients et clientes, je voulais vraiment devenir avocate et rendre ma mère fière de moi. Puis un beau jour, ils sont arrivés, ont tué ma mère devant mes yeux et m’ont violé. D’autres sont arrivés et m’ont réduite en esclavage sexuelle pendant 3 ans. Je suis sortie déprimée avec un enfant né de viol. Avec les déchirures vaginales que j’ai subies, j’ai dû attendre 7 ans avant d’être prise en charge puis j’ai été opérée par la Fondation Dr. Denis Mukwege en 2020 pour soigner une fistule. Après tout ce que j’ai vu, entendu et perçu, je n’ai certes pas pu être avocate du bureau mais j’ai toujours envie de me battre contre l’injustice et pour toutes ces femmes, ces hommes et ces petites filles et garçons détruits par ces viols commis en toute impunité ».

Pour Myriam, ce prix Simone Veil de la République française pour l’égalité entre les femmes et les hommes n’est pas à titre personnel mais bien en tant que Coordonnatrice de MOSUCA. « Et au-delà de MOSUCA, au nom de l’ensemble des Centrafricaines survivantes qui ne peuvent pas être avec nous et pour certaines, qu’elles reposent en paix, ne font plus partie de ce monde et ne peuvent donc plus témoigner aujourd’hui de l’horreur qui leur est arrivé », ajoute-t-elle.

« Ce prix me touche, ce prix nous touche, nous les survivantes », s’est-elle exclamée en soulignant que : « Il est une magnifique et inattendue reconnaissance de notre combat et de notre engagement pour les droits des survivantes de notre pays. Et c’est un réel privilège d’avoir pu recevoir ce prix Simone Veil à Paris le 8 mars 2024 au nom de notre réseau MOSUCA et de me trouver aujourd’hui devant vous ici à la Résidence de France pour célébrer cet évènement dans mon pays, République centrafricaine ».

Myriam lance un appel pour soutenir que ce combat loin d’être achevé. « Soyons ensemble pour  notre droit à la vérité, cette vérité qui parfois fait mal qui est difficile à entendre et à écouter, mais qui est pourtant essentielle ; notre doit à la justice, pour montrer que de tels actes ne peuvent pas rester impunis, pour les empêcher de recommencer et montrer à tous qu’on ne peut considérer les violences sexuelles comme quelque chose de banal et d’accepter ; notre droit à la réparation, entendue comme un ensemble de mesure pour répondre aux préjudices physiques, morales, sociales et économique. Le droit à réparation est la meilleure manière de reconnaitre nos souffrances », a-t-elle lancé.

Pour la lauréate, les 100.000 euros liés à ce prix Simone Veil vont permettre de faire vivre la mémoire collective pour les survivantes de violences sexuelles liées aux conflits en RCA, d’acheter un local au nom de MOSUCA pour permettre aux survivantes de se réunir et partager leurs histoires en toute confidentialité entre elles ainsi que de publier un livre sur les survivantes.

L’Ambassadeur de la France en République centrafricaine Bruno Foucher a rappelé qu’en remettant le Prix Simone Veil au collectif MOSUCA, « la République française vous exprime son profond respect, sa sincère reconnaissance et son soutien sans équivoque ainsi qu’à toutes les personnes présentes aujourd’hui, toutes les personnes que vous avez aidées et toutes celles qui ne sont plus là aujourd’hui pour partager ce moment ».

« La remise de ce prix à un collectif centrafricain, sélectionné parmi plus de trente candidatures venues du monde entier, démontre l’engagement de la France pour lutter contre l’impunité face aux violences sexuelles dans les conflits, pour soutenir la mise en œuvre de l’Agenda « Femme, Paix et Sécurité » mais également pour soutenir la société civile centrafricaine à travers une diplomatie féministe et engagée qui me tient particulièrement au cœur », a soutenu le diplomate français.

Ce réseau de survivantes (10 associations) a été créé en 2018 et réunit plus de 700 survivantes de violences sexuelles à Bangui comme en province. En effet, au cours de deux dernières décennies, la République centrafricaine a connu deux crises pendant lesquelles de graves violations des droits humaines ont été commises.

Fridolin Ngoulou