Le vote référendaire de ce 30 juillet 2023 vient connaitre un succès pour le pouvoir, un fiasco pour l’opposition réunie au sein du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution du 30 mars 2016 (BRDC). Il nous inspire l’aboutissement d’un processus qui a connu une turbulence politique une équation à plusieurs inconnus.

En dépit du mot d’ordre de boycott de l’opposition, une participation plus ou moins élevée a été observée à Bangui et surtout en province où seule la présence des partisans du OUI a été enregistrée pendant les 14 jours de la campagne.

C’est depuis plus d’un an que les partisans de la nouvelle constitution ont lancé des initiatives à travers les marches, les pétitions et autres déclarations. Cette initiative a pris forme au dialogue Républicain en mars 2022 où des voix se sont levées pour demander la réécriture de la constitution. On assiste à la naissance du Front Républicain d’Héritier Doneng. Une plateforme des jeunes qui a tenu le pari de convaincre le Président Touadéra à convoquer un référendum constitutionnel. Finalement, le Président Touadéra a été séduit par des mobilisations tout azimut de plusieurs partis politiques, organisations des femmes, organisations de la société civiles qui partagent la même vision.

La première équation a connu un échec quand la présidente de la Cour Constitutionnelle a mis les bâtons dans la roue de ce projet. Danièle Darlan avait invalidé le décret créant le comité de rédaction de la nouvelle constitution.

Une autre carte a été jouée par le Président de la République, celle de constituer dans la discrétion le comité de rédaction de ce projet de nouvelle constitution. Jusqu’à présent, l’identité des rédacteurs de ce projet soumis au vote n’a pas été connue. Mais, des indiscrétions parlent d’un comité restreint, composé des juristes centrafricains.

Une campagne intimidée mais réussie

Au lancement de la campagne référendaire, l’opposition (BRDC) avait promis faire obstacle à ce projet. Elle a organisé des concerts de casserole qui n’ont pas été observés par la population. De son côté, les groupes armés balançaient des messages d’intimidation, demandant à la population de ne pas prendre part au processus, notamment la campagne dans l’arrière-pays.

Mais, la campagne a été organisée partout dans le pays dans la quiétude, sous la sécurisation dont le niveau a été un top, contrairement aux élections de 2020-2021.

La Direction Nationale de la Campagne, dirigée par le député Evariste Ngamana a salué la maturité de la population qui n’a pas cédé à l’intimidation des forces obscures. Lui-même a été au premier plan dans plusieurs localités en province pour sensibiliser à la participation massive.

Une autre équation, c’est le taux de participation

Le pouvoir ne bat vraisemblablement pas pour le OUI car, il pense que c’est un acquis. Mais, son équation s’est tournée vers le taux de participation. Pour rendre crédible ce vote référendaire, les partisans du OUI se battent pour une participation massive.

Le vote actuel se passe à base de recensement des élections groupées de 2020. Le fichier électoral n’a pas été révisé. Les électeurs centrafricains avaient atteint 1 858 236 d’inscrits pour un taux de participation (2020) de 35% pour les 655 054 votants.

Mais ce scrutin référendaire qui s’est déroulé dans presque tout le pays, contrairement à la dernière élection, l’ANE s’attend à un taux de participation un peu plus élevé que celui de 2020.

En effet, pour aboutir à ce référendum constitutionnel, plusieurs cartes ont été jouées par le Président mathématicien Faustin Archange Touadéra. D’abord, la carte diplomatique puis sécuritaire et politique.

Même si la communauté internationale n’a pas financé cette élection, en coulisse, plusieurs pays ont apporté leur soutien multiforme à ce projet. Dans les déclarations des États comme les Etats-Unis, la France, la Chine, la Russie, le Royaume Uni…des positions fermes n’ont pas été affichées. Mais, tous ont souhaité que le vote se déroule dans la transparence et dans l’inclusion totale. 

La bataille sécuritaire était de mobiliser les partenaires bilatéraux comme le Rwanda et la Russie qui ont multiplié leurs présences dans le pays.

Sur le plan politique, Faustin Archange Touadéra a pu mobiliser plusieurs partis, même les dissidents de l’opposition qui ont battu campagne pour le OUI.

La force de cette équation est la jeunesse plus mobilisée ainsi que les femmes, sans oublier le monde rural qui a voté cette fois-ci dans la quiétude, une étape est franchie.

L’après référendum reste une nouvelle équation que le Pr Mathématicien Faustin Archange Touadéra doit s’atteler à résoudre.

Fridolin Ngoulou