Le Conseil de Sécurité de l’ONU se penchera le 29 juillet 2021 sur la question de la levée ou le maintien de l’embargo sur les armes à destinations de la Centrafrique. La Centrafrique frappée par l’embargo depuis 2013 continue à réclamer la levée totale de cette mesure.

C’est paradoxal de priver l’armée de son moyen de défense et de laisser les rebelles s’armer sans inquiétude pour continuer à semer le chaos dans le pays. Cette « complicité » n’est pas acceptée par la population qui jour et nuit ne cesse de se poser la question sur les motivations réelles de la communauté internationale au sujet des Forces Armées Centrafricaines (FACA), forces sensées traduire dans les faits la souveraineté de l’Etat Centrafricain.

Au lendemain de la prise de pouvoir le 24 mars 2013 par la rébellion de la Séléka, dirigée par Michel Djotodia contre François Bozizé, le Conseil de Sécurité des Nations-Unies avait imposé un embargo sur les armes à destination de la République Centrafricaine. Malgré le retour à l’ordre Constitutionnel en 2016 et la montée en puissance des FACA, formées par les instructeurs européens (EUTEM-RCA) et plus tard par les instructeurs russes, l’embargo pèse toujours sur les armes à destination de la RCA. Même si des allègements ont été faits sur une catégorie d’armes,  les rebelles restent surarmer plus que les forces conventionnelles.  Ceci, n’est toujours pas compris par le peuple centrafricain qui n’hésite pas à accuser la communauté internationale de « complice du malheur du peuple ».

Priver l’armée de ses moyens serait synonyme de sacrifier le peuple aux sans foi ni loi

Les rebelles centrafricains, coalisés au sein de la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) de François Bozizé, ont mutualisé leurs forces pour attaquer Bangui en janvier 2021. Super armés, plusieurs villes étaient tombées sous leur contrôle, parfois sans combat car, l’armée est dépourvue des moyens. C’est grâce à l’appui des forces rwandaises et russes que l’armée a pu tenir tête aux rebelles, avant d’organiser les contre-offensives pour reprendre le contrôle de plusieurs villes aussi, parfois sans combat. Les rebelles se sont pour la plupart retirés des villes avec tout leur arsenal de guerre et restent une menace pour le pays.

Au conseil de Sécurité de l’ONU, on accuse la Centrafrique de violer les dispositions de l’embargo, en important des armes du Soudan, du Congo, de la RDC, de la Russie et des Emirats arabes unis.

Alors, que disent les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU sur les armes qu’utilisent les rebelles pour s’en prendre à l’armée, à la population civile et aux forces de la Minusca sur place en Centrafrique ? Juste les condamnations verbales ?  Cette position reste ambigüe aux yeux de la population centrafricaine. Laisser les rebelles s’armer et tuer la population serait synonyme de sacrifier la population civile.

La gestion de la crise centrafricaine par la communauté internationale reste à désirer. Certes les conditions ont été posées par le Conseil de Sécurité de l’ONU au gouvernement avant la levée de l’embargo. En face, le pays doit faire face aux rebelles qui se ravitaillent tranquillement via les pays voisins.

Une classe politique silencieuse, société civile en mouvement

La Centrafrique fait malheureusement face à une classe politique divisée au sujet de l’intérêt général.  Chacun pense devenir président de la République afin de résoudre le problème auquel le pays fait face.  Cette question de l’armée ne bénéficiera pas au pouvoir mais au peuple centrafricain que chacun demande ses suffrages lors des élections. La classe politique ne tient pas un langage unanime pour demander la levée totale de l’embargo et l’éradication des groupes armés dans le pays.  Chaque leader politique ne voit que son intérêt, celui de devenir président de la République pour tout changer par un bâton magique. Peut-être que le président Touadera avait pensé devenir président de la République d’abord avant de demander la levée de l’embargo, ce problème le rattrape. Si les autres ne parlent pas le même langage pour mettre fin à cette hémorragie, une fois profonde, les successeurs de Touadera subiront toujours les conséquences.

Plusieurs manifestations ont été organisées par les organisations de la société civile. Mais elles ont été interprétées diversement et attribuées aux manifestations des pros-pouvoir. Depuis la transition dirigée par Catherine Samba-Panza, les manifestations ont toujours été organisées pour demander la levée de l’embargo sur les armes. Le peuple n’a jamais été écouté et continue de réclamer cette levée totale pour redonner les capacités opérationnelles aux FACA afin de contrôler tout le territoire national.

Guere de positionnement au Conseil de Sécurité de l’ONU

Pour la première fois depuis trois ans d’intervention russe en Centrafrique, la Russie va user de son droit de véto pour bloquer la résolution sur le maintien de l’embargo sur les armes à destination de la Centrafrique. Les résolutions sur la Centrafrique sont toujours proposées par la France, soutenues par les USA et le Royaume Uni. Depuis trois ans, la Russie vote toujours en faveur de ces résolutions.

Mais depuis que la guerre de positionnement semble prendre forme entre Paris et Moscou à propos de la Centrafrique, cette guerre accentuée par les dernières crises, Bangui cherche à jouer l’apaisement entre ces deux partenaires stratégiques pour le pays. Si Paris est un partenaire financier essentiel pour l’économie de la Centrafrique, Moscou devient partenaire militaire incontournable pour la Centrafrique. Son intervention à travers les instructeurs contribue à la libération du territoire occupé depuis 8 ans par les rebelles malgré l’intervention des forces françaises de la Sangaris et ceci en dépit de la présence de 12.000 casques bleus de la Minusca.  Ces forces russes aux côtés des FACA, font l’objet de plusieurs rapports pour violations des droits de l’homme. La Centrafrique, pour faire la lumière sur ces allégations, a mis en place une commission d’enquête.

Au conseil de Sécurité, la Russie joue sur sa relation traditionnelle avec la Chine et mène des consultations auprès des pays membres pour obtenir la levée de l’embargo. L’Angola soutient l’idée de la levée de l’embargo sur les armes à destination de la Centrafrique et appelle les autres membres à soutenir la Centrafrique dans ce combat. Cependant, Paris, Londres et Washington cherchent à rallier à leur cause le Kenya, le Niger et la Tunisie. Pour cette année, la question de l’embargo sera traitée sous tension au Conseil de Sécurité de l’ONU.

Le peuple dans tout ça veut son armée bien équipée et capable d’éradiquer les bandes armées qui écument le pays plusieurs une décennie.

Fridolin Ngoulou