Au cours des dernières décennies, on constate une nette évolution dans l’organisation et le déroulement de la Coupe d’Afrique des nations (CAN). Ces modifications ont été instaurées sous l’impulsion de la FIFA et de la CAF. Bien qu’elles aient contribué au développement du niveau du football africain, elles constituent également une source de polémique, allant parfois jusqu’à ternir l’image du football du continent. Dès lors, une question se pose : comment les Africains peuvent-ils empêcher que les aspects négatifs de ces réformes ne prennent le dessus sur le football africain ?

De sa création en 1957 jusqu’à l’an 2000, la Coupe d’Afrique des nations s’est déroulée de manière globalement transparente et honnête, même si la perfection n’était pas toujours au rendez-vous. Toutefois, avec l’évolution du football moderne, les grandes instances dirigeantes, notamment la FIFA et la CAF, ont jugé nécessaire d’apporter des modifications au format et à l’organisation de la compétition.

Ces changements concernent plusieurs aspects, notamment l’augmentation du nombre de pays participants, l’introduction de l’arbitrage vidéo (VAR), la coorganisation de certaines éditions, entre autres. Ces réformes sont entrées progressivement en vigueur au cours de la dernière décennie, notamment à partir de 2015. Si elles visaient à corriger certaines erreurs et à offrir plus d’opportunités aux différentes nations, elles sont devenues, dans certains cas, un véritable obstacle pour les équipes visiteuses. Ce problème est particulièrement perceptible au niveau de l’arbitrage vidéo, souvent accusé de favoriser le pays organisateur au détriment des autres participants.

D’une part, ces innovations ont été introduites pour relever le niveau du football africain, mais d’autre part, elles comportent de nombreux aspects négatifs, susceptibles de ternir l’image du football africain et de la CAN elle-même. Un exemple marquant reste la CAN organisée au Cameroun à la fin de l’année 2021, et plus encore celle récemment organisée au Maroc en 2025. Selon plusieurs observateurs, bien que le Maroc dispose d’un niveau de football élevé, avec de nombreux joueurs évoluant dans les grands championnats européens, certaines décisions arbitrales lui auraient été favorables durant la compétition qu’il a organisée. Ces décisions auraient eu une influence notable, notamment lors de la finale disputée contre le Sénégal.

Ce système tend à s’installer dans l’esprit des pays organisateurs, avec l’idée de tout mettre en œuvre pour remporter le trophée, parfois de manière frauduleuse. Sur le plan organisationnel, la CAF semble aujourd’hui privilégier certains pays capables de lui garantir des avantages financiers, ce qui décourage d’autres nations à se porter candidates. À la lumière de ces éléments, il apparaît clairement que la corruption reste fortement ancrée dans le milieu du football africain.

Face à ce danger, comment les instances dirigeantes du football peuvent-elles réagir pour y remédier ? Les règles du football ne sont-elles pas en train de perdre leur autorité face à ces dérives ? Les Africains doivent-ils rester les bras croisés et assister à la dévalorisation progressive du football du continent ?

Les instances du football sont aujourd’hui les principaux acteurs des dysfonctionnements qui fragilisent le football africain. Elles ont pourtant les moyens d’y mettre un terme. Elles doivent prendre conscience de l’évolution du système footballistique africain et veiller à ce que les innovations apportées se fassent dans la transparence et profitent équitablement à tous. Elles doivent également encourager les équipes qui déploient des efforts considérables pour porter haut le nom de leur pays et celui du continent.

De nombreux Africains estiment qu’il est temps de dire non à ce système qui impacte négativement le niveau du football africain, en particulier la CAN. Bien que cette compétition attire des millions de passionnés, la tendance à favoriser excessivement le pays hôte risque de décourager le public et de nuire à sa crédibilité.

Certes, le football africain a connu un nouvel élan grâce aux réformes mises en place par les instances dirigeantes. Toutefois, aujourd’hui, ces mêmes réformes semblent plonger le football africain dans une corruption à peine voilée. La FIFA et la CAF en portent une lourde responsabilité, car elles ne peuvent être à la fois juges et parties. Elles doivent cesser toute forme de manipulation du football africain. Il est indispensable que les pays africains fassent preuve de solidarité afin de préserver la dignité du football continental et de mettre fin à ces dérives. Ce qui s’est produit lors de la finale de la CAN au Maroc ne doit plus jamais se reproduire.

Caleb Zimango Bango