Pour les intégrer dans des activités génératrices de revenu, le comité international de la croix rouge (CICR) appuie des groupements agricoles pour la multiplication des semences. Un appui technique et financier qui s’effectue sur un long terme, commençant par une formation des techniciens, la distribution des outils de travail, des semences pour enfin procéder à la certification et l’achat des produits par ladite organisation. Oubangui Medias a fait le tour des champs de production lors d’une mission effectuée à Bouar.
A en croire le délégué de la sécurité économique du CICR Pacifique Habonimana, ces groupements agricoles travaillent avec le CICR depuis 2018 dans le cadre de l’appui que porte cette structure au volet de l’agriculture. L’objectif est ainsi de multiplier les semences agricoles dans la zone afin d’envisager une surproduction pouvant favoriser la fin de l’importation des produits comme l’arachide, le maïs et le manioc, mais aussi de permettre aux membres de ces différents groupements agricoles d’avoir un capital financier pour rehausser leur niveau de vie ainsi que leurs activités agricoles. Et ce volet concerne beaucoup plus les déplacés de guerre.
« Il s’agit des groupements agri-multiplicateurs qui ont été créés en 2018 parce que dans les activités du CICR au soutien à l’agriculture, nous avons des difficultés à avoir des semences à distribuer aux paysans agriculteurs qui avaient fuis à cause des conflits armés et qui sont retournés. L’idée est donc venue d’aider la communauté locale à avoir une production locale et les semences produites pourront être injectées dans les populations qui sont retournées pour pouvoir faire une relance agricole tout en développant le secteur semencier local », a-t-il expliqué.
Toutefois, il s’agit de tout un processus pour aboutir à un résultat conséquent. En cette période de récolte des arachides dans la ville de Bouar, plusieurs membres de ces groupements sont sur les champs pour les récoltes avec leurs familles. Des femmes accompagnées de leurs enfants et maris sont assis en tas avec des bassines, cuvettes à leurs côtés pour la récolte des arachides. Ces derniers indiquent que ces activités ont des répercussions positives sur leurs vies ainsi que celle de leur famille. Ils ne manquent pas de témoigner leurs reconnaissances pour l’encadrement et les appuis multiformes du CICR.
Alice Deka a 55 ans, elle est mère de quatre enfants, cultivatrice de carrière et déplacée de la ville de Bozoum, elle vit depuis 7 ans à Bouar de ses activités champêtres dont elle dispose au moins deux hectares de champs à elle seule, cultivée à l’aide des outils rudimentaires. Mais après les trois années de partenariat avec le CICR pour la multiplication des semences dans leur groupement dénommé « Yong né her », autrement dit en français « manger par les efforts de tes mains », elle témoigne que beaucoup de choses ont changé dans sa vie.
«J’ai grandis dans les activités champêtres de par mon père qui est cultivateur, j’ai passé trois années de partenariat avec le CICR. Mais dans ce partenariat, j’ai pu payer la scolarité de mes enfants, j’ai acheté un terrain et j’envisage construire une maison cette année si le CICR revient acheter nos récoltes à un bon prix », confia-t-elle en projetant même d’envoyer son fils ainé à l’extérieur pour ses études au cas où elle s’en sort bien cette année.
Non loin de Alice se trouve Rachel, une autre femme qui récolte aussi de l’arachide dans son champ avec toute sa famille, elle se dit satisfaite du partenariat gagnant-gagnant entre leur groupement et le CICR.
«Depuis déjà deux années que nous travaillons en collaboration avec la Croix-Rouge et il n’y a eu aucun incident majeur. Nous travaillons toujours dans l’entente et nous tirons de bons bénéficies qui nous permettent de nous entretenir. Personnellement, je fais la culture du manioc et de l’arachide », témoigne-t-elle.
Pour sa part, Siméon Deka président du groupement « Yong ne her », a souligné que grâce aux appuis du CICR, les travaux du groupement avance à grands pas : « nous avons des machettes, des houes et dabas en plus de la formation sur comment planter et espacer les semences. Ce qui nous a permis d’élargir le champ à 7 hectares d’arachides, 6 hectares de maïs et 5 hectares de manioc. Et l’année dernière, nous avions produit 8 hectares. Les semences que nous avons reçues sont de très bonne qualité et nous espérons déjà un bon rendement à la fin de nos récoltes ».
Pour approuver le témoignage des bénéficiaires, le CICR a fait déplacer un technicien de l’office national des semences pour la certification des produits. Après une première analyse effectuée sur place, il apprécie déjà la production et donne un rendez-vous dans six jours pour les résultats en vue d’une certification. Une fois certifiés, les semences seront distribués par le CICR aux autres organisations œuvrant pour la même cause.
Belvia Espérance Refeibona