Ancien ministre, ancien ambassadeur, écrivain et poète, Élie Oueifio est depuis 2017 le coordonnateur du Cercle des écrivains, journalistes, artistes et chercheurs de Centrafrique (CEJACC). Figure intellectuelle respectée, il s’est imposé comme une voix singulière dans le débat national. À travers ses ouvrages, dont : Désarmement des cœurs et des esprits, il invite ses compatriotes à réfléchir sur les racines profondes des crises qui secouent la République centrafricaine. Dans un entretien, il revient sur l’importance du changement intérieur comme préalable à toute réconciliation durable.
La paix commence dans le cœur selon Élie Oueifio :
Pour Élie Oueifio, la clé du salut centrafricain ne réside pas uniquement dans les accords politiques ou les opérations militaires, mais dans une transformation intime des citoyens. « Absolument, absolument, absolument », insiste-t-il, lorsqu’on lui demande si le salut de la RCA passe par un changement intérieur. Selon lui, le cœur est le siège de Dieu, de Jésus et du Saint-Esprit. Mais lorsque l’amertume s’y installe, aucune entente n’est possible. Les armes, dit-il, « ne règlent aucun problème ».
Son constat est sévère : la multiplication des groupes armés en RCA est la conséquence directe de l’absence de ce désarmement intérieur. « On est parti de deux mouvements rebelles pour en arriver à quatorze parce qu’on n’a pas désarmé les cœurs », souligne-t-il. Pour lui, la violence armée n’est que le symptôme d’un mal plus profond : la rancune, la haine et la division.
L’ancien diplomate convoque des exemples historiques pour illustrer son propos. La réconciliation franco-allemande, après la guerre la plus meurtrière du XXe siècle, est pour lui un modèle. « Ils ont compris qu’au-delà des armes, il faut qu’ils discutent. C’est la parole, parce que Dieu a tout créé par la parole », explique-t-il. Aujourd’hui, malgré leurs divergences, Français et Allemands ont bâti une paix solide.
Il cite également le Rwanda, marqué par le génocide de 1994. Les Rwandais, dit-il, ont su dépasser l’horreur en choisissant de « désarmer leurs cœurs ». Les gestes de pardon, les enterrements communs, les pleurs partagés ont permis de reconstruire une société unie. « Ensemble, ils disent plus jamais, ne faisons pas ça », raconte Élie Oueifio. Le Rwanda, petit pays par la taille mais grand par l’unité, est désormais un modèle de stabilité et de propreté urbaine en Afrique. Et ironie de l’histoire, ce pays vient aujourd’hui au secours de la RCA.
Pour Élie Oueifio, la colère détruit un peuple :
L’écrivain Centrafricain insiste : sans désarmement intérieur, aucune construction nationale n’est possible. « La colère détruit un peuple. Dans l’unité, on peut tout construire, mais dans la division, on ne peut rien faire de bon », affirme-t-il. Pour lui, les régimes successifs en RCA ont échoué non pas par manque de moyens, mais parce qu’ils n’ont pas su apaiser les rancunes et les haines.
Il illustre son propos par une parabole villageoise. Deux pères se battent, chacun armé d’un bâton. Les femmes et les enfants s’allient derrière eux, et la bataille devient générale. Mais si les pères jettent leurs armes, les femmes se mettent à rire ensemble, les enfants jouent, et la paix revient. « La paix est revenue dans le quartier, la paix est revenue dans le village », conclut-il. Le message est clair : un petit geste suffit à transformer le conflit en convivialité.
Depuis 2017, Élie Oueifio coordonne le CEJACC, une plateforme qui rassemble écrivains, journalistes, artistes et chercheurs centrafricains. Son objectif est de promouvoir la réflexion, la culture et le dialogue. Pour lui, les intellectuels ont un rôle crucial : rappeler que la paix ne se décrète pas seulement par des accords, mais qu’elle se construit dans les esprits.
La littérature, la poésie et l’art sont des armes pacifiques capables de toucher les cœurs. En tant qu’écrivain et poète, Élie Oueifio croit au pouvoir des mots. « Dieu a tout créé par la parole », répète-t-il. La parole, lorsqu’elle est utilisée pour réconcilier, peut être plus puissante que n’importe quelle arme.
L’ancien ministre dénonce aussi les divisions entretenues par certains acteurs. « Moi, je ne veux pas le voir, je ne veux pas travailler avec lui », cite-t-il comme exemple d’attitudes destructrices. Ces refus de collaboration alimentent la haine et ouvrent la voie aux affrontements. Pendant que les Centrafricains se battent entre eux, « les autres vont prendre nos richesses », avertit-il. Les conflits internes fragilisent le pays et le rendent vulnérable aux prédations extérieures.
Le discours d’Élie Oueifio est profondément spirituel. Il s’appuie sur des références bibliques pour rappeler que Dieu lui-même invite les hommes à « venir et plaider », même si leurs péchés sont noirs comme le cramoisi. Pour lui, la RCA doit retrouver cette dimension spirituelle de la réconciliation. La paix véritable ne peut naître que d’un pardon sincère et d’une volonté de dépasser les rancunes.
Il appelle les Centrafricains à prendre conscience que leurs conflits internes profitent à d’autres. « C’est comme ça qu’ils nous poussent toujours à des affrontements alors qu’il n’y a pas de raison d’être de ces conflits », déplore-t-il. La RCA, riche en ressources naturelles, est affaiblie par ses divisions, ce qui ouvre la porte aux ingérences extérieures.
L’entretien avec Élie Oueifio révèle une conviction forte : la paix en RCA est possible, mais elle exige un effort intérieur. Le désarmement des cœurs et des esprits est la condition sine qua non pour sortir du cycle des violences. Les exemples étrangers montrent que même après les pires tragédies, la réconciliation est possible. La RCA, elle aussi, peut emprunter ce chemin.
En rappelant que « la colère détruit un peuple », Élie Oueifio invite ses compatriotes à choisir l’unité plutôt que la division. Son message, à la fois spirituel et pragmatique, résonne comme un appel urgent : il est temps de jeter les armes, non seulement celles de guerre, mais surtout celles de la haine et de la rancune. Car sans ce désarmement intérieur, aucune paix durable ne pourra s’installer. Dieu Béni Anderson Kabou

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