Connu sur le campus universitaire par le sobriquet de « Célio », Célestin Bati s’est installé au rez-de-chaussée du campus universitaire plus précisément à la cité II derrière la Faculté des sciences et de la santé. Comment Célio s’est lancé dans ce métier de coiffure ? Il raconte son parcours au journal Oubangui Médias qui s’est intéressé à ce jeune. Malgré son état d’handicape Célio fait tout pour joindre les deux bouts.   

Agé d’une vingtaine d’années, Célio mesure un mètre quarante. Célestin Bati étudiant en 3e année de la Science économique à l’Université de Bangui, a perdu l’un de ses jambes à bas âge, mais s’est lancé dans la coiffure homme pour supporter ses études.

Pantalon rouge avec sa blouse-bleue, Célio nous raconte son parcours en tant qu’étudiant et coiffeur : « Je suis passionné par ce métier dès-bas âge. Lorsque j’étais à l’école primaire en classe de CM2, ma mère et moi étions victimes d’une casse d’arbre suite à laquelle ma mère est décédée sur place. Le drame s’était produit au village Sélim entre Bangassou et Rafaî. Quant à moi, j’avais perdu ma jambe gauche et je n’imaginais pas un seul instant réussir dans les études. C’est ainsi que je me suis intéressé à la coiffure amateur. Pour y parvenir, j’achetais des lames rasoirs pour m’entrainer en rasant les enfants. Au fil du temps, j’ai suis parvenu à coiffer des personnalités politiques, militaires et agents de l’Etat déployés à Bangassou ».

Et c’est grâce à l’un de mes oncles maternels qui s’est engagé à payer ses scolarités à partir du 6e jusqu’à en classe de 2nde  qu’aujourd’hui, Célio a pu mettre pieds à l’université de Bangui. « Après avoir obtenu mon baccalauréat, j’ai opté pour la Science économique et des gestions puisque j’ai toujours rêvé de travailler dans les Banques de la place » poursuit-t-il. 

Alors grâce à ce métier de coiffe, Célio gagne au moins quatre mille franc CFA pendant les jours de repos. Ces sommes lui permettent de prendre ses inscriptions chaque année à l’Université de Bangui.  Célio étudie depuis trois ans à l’Université de Bangui sans les bourses d’études. « Ici à l’Université de Bangui, j’ai intégré l’association des étudiants handicapés et le seul avantage que nous avons eu comme personne vivant avec handicap, nous avons juste accès au repas gratuitement au niveau du restaurant, grâce à la direction des œuvres universitaires ».

Aujourd’hui plusieurs étudiants handicapés sont victime d’inégalité sociale. Ils n’ont pas des bourses d’étude. Même pour avoir une chambre au campus, c’est un véritable parcours du combattant. « Moi j’ai eu ma chambre grâce à un frère qu’on a fréquenté ensemble à Bangassou qui me l’a cédé après avoir fini ses études à l’Université de Bangui. J’ai pris le relais pour enregistrer la chambre en mon nom », témoigne cet étudiant.

Plusieurs étudiants qui sont venus se coiffés, que nous avons interrogé, encouragent l’initiative de ce jeune qui selon eux,  lui permet d’avoir des sous afin de supporter ses études : « Je suis très content de voir cet étudiant handicapé qui se bat tous les jours en faisant la coiffe et avec un bas prix qui d’abord nous permet, nous étudiants qui avons des moyens limités,  de nous faire coiffer », a souligné Cédric un étudiant en deuxième année de Droit qui est venu se faire coiffer chez ‘‘Célio’’.

En ce qui concerne la question de savoir si ‘‘Célio’’ a une petite amie, il répond après une petite hésitation. « Oui monsieur le journaliste, je suis un humain, ça ne manque pas, j’ai une amie qu’on se fréquente ».Mais Célio avoue qu’il reste prudent car son premier objectif est de décrocher son diplôme, de trouver le travail avant de faire assoir sa famille.

 Célio est aujourd’hui le reflet des jeunes étudiants, surtout handicapés qui doivent remuer ciel et terre pour parvenir à financer ses études sans bénéficier des bourses d’études. Malgré cette situation, Célio dit qu’il rendra nécessairement au pays, le peu que le pays met à contribution dans ses études.

Christian-Stève SINGA