L’éducation fonctionne à Ndele malgré de nombreuses années de violences. L’éducation des filles qui reste un défi dans cette préfecture s’améliore depuis presque trois ans.

Dit-on souvent qu’éduquer une fille c’est éduquer une nation. Mais dans la préfecture de Bamingui Bangoran, plusieurs défis restent à relever même si les signaux sont encourageants. Ce mercredi 20  octobre 2021, deux jours après le lancement officiel de la rentrée scolaire, cette rentrée reste pourtant timide à Ndele. Une quinzaine d’élèves sont venus se renseigner sur l’emploi du temps, parmi eux au moins cinq filles.

Des pesanteurs sociaux-culturels sur les filles.

A l’âge de 12 ans, les filles sont généralement données au mariage. Les parents pensent gagner en donnant leurs filles au mariage qu’en les envoyant à l’école. Un stéréotype que des acteurs de l’éducation combattent dans la région, qui n’est pourtant pas l’unique du pays à connaitre cette pratique.

Dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, 71 écoles existent. Un seul lycée, malheureusement pas de collège. Un autre frein pour l’éducation dans son ensemble et pour la scolarisation des filles qui résident dans les communes lointaines. Difficile de parcourir plusieurs dizaine de kilomètres, où d’habiter à Ndele centre sans ses parents afin d’avoir accès à l’éducation après le cycle de l’école primaire. Elles s’arrêtent pour la plupart là.

Au moins 700 filles sur 2110 élèves au lycée

L’année dernière, le lycée de Ndele a enregistré 700 filles sur les 2110 élèves.  Amadou Kamassour, proviseur du lycée de Ndele a dévoilé sa politique qui consiste à encourager les filles à fréquenter massivement. « Dès ma nomination comme proviseur en 2019, ma première politique était d’encourager la scolarisation des filles. Nous avons sensibilisé des filles déscolarisées à reprendre le chemin de l’école, en payant juste les redevances scolaires. L’année dernière, nous avions eu beaucoup des filles. Au baccalauréat, elles sont 21 filles à composer et c’est une première  », a expliqué le proviseur.

Cependant, le lycée de Ndele souffre du manque des enseignants qualifiés : 4 titulaires pour 2110 élèves. Ce lycée ne compte qu’une seule série A4’. Un arrêté tente d’ouvrir les séries B, C et D. C’est pourquoi, la pression est encore forte en termes d’enseignants titulaires pour couvrir ces séries, nouvellement créées.

L’inspection académique du nord-est voit en général une faible scolarisation des filles. « Beaucoup des filles pensent qu’elles sont faites pour rester à la maison faire des enfants. C’est une idée à ne pas encourager. Les filles doivent aller à l’école normalement comme les garçons. Peu avant la rentrée scolaire, la Minusca a organisé une grande sensibilisation pour encourager la scolarisation des filles à l’occasion de la journée internationale de la fille. Nous espérons bien que cela portera des fruits cette année», a indiqué l’Inspecteur d’Académie du nord-est, Victor Soumai.

Selon l’inspecteur, l’éducation a bien fonctionné dans sa zone, car les forces de la Minusca  aux côtés des forces nationales sont là pour protéger la population. « Il n’y a pas d’école sans la sécurité. Si nous avons réussi à passer tous les examens, c’est grâce à la sécurité instaurée par les Forces de Défense et de Sécurité avec l’appui de la Minusca. Rien ne bloque le système éducatif », a-t-il témoigné.

Dans le cadre de la construction des infrastructures scolaires, l’Inspection d’académie doit beaucoup à la Minusca mais elle lui doit aussi beaucoup dans le redéploiement des enseignants affectés dans la région, même s’il reste encore un reliquat d’enseignant qui ne sont pas encore déployés.

« Dans la préfecture de Bamingui-Bangoran, aucune école n’est occupée par les groupes et les forces armés. Notre principale difficulté, c’est l’insuffisance des enseignants qualifiés. Beaucoup d’enseignants ont été affectés ici mais ils traînent encore les pas à Bangui. Le rythme du déploiement par la Minusca est jugé trop lent », a constaté l’autorité de l’éducation nationale dans la région.

La place de l’enfant est à l’école, la place des jeunes filles se trouvent aussi à l’école. Un appel que les autorités éducatives de la Bamingui-Bangoran lancent aux parents, tout en invitant le gouvernement et ses partenaires à appuyer fortement la scolarisation des filles dans leur région.

Depuis plusieurs années, l’école en Centrafrique a fonctionné en dent de Cie, à cause de l’insécurité, sans oublier aussi la pandémie de la COVID-19 qui ralenti le secteur de l’éducation.

      Fridolin Ngoulou