Après des années d’attente, de réflexion et de sacrifices, l’Association Centrafricaine des Technobiologistes Médicaux (ACTM) a tenu sa toute première Assemblée générale ordinaire le samedi, 15 août 2026. Cet événement, organisé dans la capitale, marque une étape historique pour une profession longtemps restée dans l’ombre mais désormais décidée à s’affirmer comme un acteur incontournable du système de santé centrafricain.

Réunis comme un seul corps, une seule voix et une seule ambition, les technobiologistes médicaux ont voulu donner à cette rencontre une portée symbolique et pratique. Symbolique, car elle traduit la volonté d’unir les professionnels du laboratoire autour d’une identité commune ; pratique, car elle a permis de définir une feuille de route claire pour les trois prochaines années.

Les objectifs fixés sont ambitieux : renforcer la formation, mener un plaidoyer auprès des autorités et des partenaires, promouvoir l’éthique et garantir la qualité des résultats au laboratoire. Les participants ont également insisté sur la nécessité de parler d’une seule voix auprès du ministère de la Santé, du gouvernement et du public, afin de mieux faire connaître leur rôle et leur expertise.

Dans son intervention, le président de l’association, Pr Ernest Lango‑Yaya, a rappelé l’importance de cette première Assemblée générale : « Aujourd’hui, nous sommes en train de faire notre première assemblée générale ordinaire. Nous nous sommes réunis pour vérifier notre feuille de route, pour voir ce que nous avons déjà réalisé et ce que nous n’avons pas encore réalisé. Nous allons parler de l’éthique dans l’exercice de nos fonctions, qui ne peuvent qu’être celles du technobiologiste au laboratoire. »

Le président a également insisté sur l’évolution de la profession : « On nous prenait comme de simples techniciens. Aujourd’hui, il y a des masters, des doctorats, des professeurs. Nous allons galvaniser les jeunes qui arrivent pour qu’ils prennent conscience de ce métier noble. Hier, les technobiologistes travaillaient dans l’ombre, on ne les connaissait pas. Aujourd’hui, ils veulent se faire connaître de la population centrafricaine, du ministère de la Santé publique, du gouvernement, des partenaires et du monde entier. »

Présent à la rencontre, Pr Wilfried Sylvain Nambé, ministre coordonnateur du comité national de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, a salué l’initiative :

« Mes impressions sont bonnes pour la simple raison que tout le monde connaît le rôle combien important que jouent les laboratoires dans le système de santé. Les examens de laboratoire permettent de poser des diagnostics avec certitude, ce qui entraîne une meilleure prise en charge thérapeutique et la guérison des patients. Je suis stupéfait de voir tous les acteurs du laboratoire réunis pour s’édifier ensemble, s’autoévaluer, partager leurs expériences et discuter de l’évolution des pratiques au bénéfice de la population centrafricaine. »

Le ministre a également souligné l’évolution du métier : « Au début, on pensait qu’il fallait seulement des techniciens pour lire les microscopes. Aujourd’hui, ces techniciens ont évolué, obtenu des masters et des doctorats, et deviennent des acteurs de la politique stratégique du développement des laboratoires. Ils ne doivent plus être appelés techniciens, mais technobiologistes, car ils participent désormais à la définition des politiques et des stratégies en matière de santé publique. »

Cette Assemblée générale illustre la mutation profonde de la profession. Longtemps considérés comme des exécutants, les technobiologistes médicaux revendiquent désormais un rôle décisionnel. Leur expertise ne se limite plus à la lecture des résultats : elle s’étend à la conception des politiques de santé, à la définition des normes de qualité et à la formation des nouvelles générations.

La création de l’ACTM et la tenue de cette première Assemblée générale traduisent une volonté de structurer la profession, de lui donner une visibilité et de l’inscrire dans une dynamique nationale et internationale.

Les trois prochaines années seront décisives. La feuille de route adoptée prévoit

Renforcement de la formation : offrir aux technobiologistes des opportunités d’apprentissage continu, de spécialisation et de recherche.

Plaidoyer institutionnel : sensibiliser les autorités et les partenaires sur le rôle stratégique des laboratoires.

Promotion de l’éthique : garantir des pratiques conformes aux standards internationaux.

Qualité des résultats : instaurer des mécanismes de contrôle et d’évaluation pour renforcer la fiabilité des diagnostics.

En s’unissant et en affirmant leur identité, les technobiologistes médicaux veulent désormais peser dans le débat sur la santé publique. Leur ambition est claire : devenir des acteurs incontournables du système de santé centrafricain, capables de contribuer à l’amélioration des diagnostics, à la qualité des soins et à la définition des politiques sanitaires.

Cette première Assemblée générale ordinaire restera comme un jalon fondateur. Elle marque le passage d’une profession longtemps marginalisée à une profession reconnue, structurée et ambitieuse. Les technobiologistes médicaux ont choisi de sortir de l’ombre pour prendre la lumière : celle de la reconnaissance, de la responsabilité et de l’engagement au service de la santé des Centrafricains.

Dieu Béni Anderson Kabou