À l’occasion de la Journée internationale Nelson Mandela, la Maison d’arrêt pour femmes de Bimbo, en partenariat avec la MINUSCA, EUAM-RCA et la Fédération des Femmes Entrepreneurs de Centrafrique (FAFECA), a organisé une journée d’échanges consacrée aux défis de la réinsertion des personnes détenues. Entre surpopulation carcérale, insuffisance de moyens et accompagnement socio-professionnel, les discussions ont mis en lumière les obstacles à une réintégration durable des femmes privées de liberté.

Placée sous le thème « Les inégalités sociales et la réinsertion des personnes détenues : quels défis et quelles solutions ? », cette rencontre a réuni des responsables pénitentiaires, des partenaires techniques et des représentants de la société civile autour des enjeux liés aux conditions de détention et au retour des personnes privées de liberté dans la société.

Dans son discours de circonstance, la régisseuse de la Maison d’arrêt et de correction pour femmes de Bimbo, Clotilde Djadde née Ngozo-Ndordama, a rappelé que cette journée rend hommage à Nelson Mandela, figure mondiale de la liberté, de la justice et de la réconciliation. Elle a souligné que l’administration pénitentiaire ne se limite pas à assurer la garde des détenues, mais a également pour mission de les préparer à leur réinsertion afin de prévenir la récidive.

La régisseuse a dressé un état des lieux de l’établissement. Construite en 1980 pour accueillir 60 détenues, la prison compte aujourd’hui 68 femmes, dont trois mères vivant avec leurs enfants, deux femmes allaitantes et une mineure. Selon elle, cette situation de surpopulation complique les conditions de prise en charge et réduit les possibilités d’accompagnement des pensionnaires.

Malgré ces contraintes, plusieurs activités de formation sont proposées aux détenues, notamment la couture, le perlage, l’alphabétisation et la fabrication de savon. Toutefois, le manque de matériels limite le développement de ces programmes, pourtant essentiels pour favoriser leur autonomie après leur libération.

« Notre mission ne se limite pas à la garde et à la sécurité. Elle consiste également à accompagner les personnes privées de liberté vers leur réinsertion afin d’éviter la récidive et l’oisiveté », a déclaré Clotilde Djadde, avant d’encourager les détenues à s’investir dans les formations mises à leur disposition.

Elle a également remercié les partenaires, notamment la MINUSCA, EUAM-RCA et la FAFECA, pour leur soutien à l’amélioration des conditions de détention et à la mise en œuvre des activités de réinsertion.

Prenant la parole, Rakotoarisao Mbaohangy Fanambinana, conseillère pénitentiaire à la MINUSCA, a rappelé que la célébration de la Journée Nelson Mandela est l’occasion de réaffirmer que toute personne privée de liberté conserve sa dignité et ses droits fondamentaux.

Selon elle, une prison efficace n’est pas celle qui maintient les détenus le plus longtemps derrière les barreaux, mais celle qui les prépare à retrouver leur place dans la société. Elle a insisté sur le fait que la réinsertion constitue un investissement en faveur de la sécurité, de la cohésion sociale et d’une paix durable en République centrafricaine.

La responsable a expliqué que la préparation à la réinsertion débute dès l’entrée en détention à travers un projet d’exécution de peine, se poursuit pendant l’incarcération et continue après la libération. Elle a toutefois souligné que cette mission ne peut être assurée uniquement par l’administration pénitentiaire et nécessite l’implication de tous les acteurs concernés.

Depuis 2014, a-t-elle rappelé, la MINUSCA accompagne les services pénitentiaires centrafricains dans la mise en œuvre de programmes de réinsertion sociale. Cet appui comprend des formations socioprofessionnelles, des cours d’alphabétisation, un accompagnement psychosocial ainsi qu’un soutien aux réformes visant à améliorer les conditions de détention et la préparation des personnes détenues à leur retour dans la communauté.

La célébration a également été marquée par des prestations culturelles réalisées par les détenues, notamment des poèmes, des sketches et des danses traditionnelles, mettant en valeur les compétences développées au sein de l’établissement.

À travers cette journée, les différents intervenants ont rappelé que l’amélioration des conditions de détention et le renforcement des programmes de réinsertion demeurent des leviers essentiels pour réduire la récidive et favoriser une réintégration durable des personnes privées de liberté dans la société centrafricaine.                          Milca Bissidi