La République centrafricaine veut lutter contre les inégalités de genre dans l’éducation. Pour ce faire, le ministre d’État à l’Éducation nationale a lancé, le 19 mars 2025 à Berberati, dans la préfecture de Mambéré-Kadeï, le projet « l’Éducation pour Toutes et Tous » en présence de l’ambassadeur de France. L’objectif de ce projet est de garantir un accès équitable à l’éducation pour les filles et les garçons en s’attaquant aux obstacles qui freinent la scolarisation des jeunes filles.

Le lancement de ce projet intervient alors que le pays fait face à de nombreux défis dans le domaine éducatif : un manque criant d’enseignants qualifiés dans certains établissements publics des provinces, une pénurie de tables-bancs, un nombre insuffisant d’infrastructures scolaires, un surnombre d’élèves dans les salles de classe à Bangui, un faible budget alloué à l’éducation, un manque de ressources pédagogiques ainsi que des inégalités et discriminations dans l’accès à l’éducation.

Alors que le pays peine à relever ces défis, qui s’accentuent avec la crise sécuritaire, le ministre d’État à l’Éducation, Aurélien Simplice Zingas, a tenu à rappeler que « l’éducation a toujours occupé une place de choix dans les priorités de l’État centrafricain », bien que le budget alloué au secteur reste faible.

Dans son discours, le ministre a reconnu l’ampleur des difficultés : « la République centrafricaine fait face à de nombreux défis dans ce secteur, exacerbés par des inégalités de genre persistantes, des infrastructures insuffisantes et une qualité d’enseignement qui reste en deçà des standards internationaux. Ces défis, nous avons décidé de les relever ensemble, et ce projet « Éducation pour Toutes et Tous » en est une illustration parfaite. »

Un projet financé à hauteur de 13 millions d’euros

Financé par l’Agence Française de Développement à hauteur de 13 millions d’euros, le projet ambitionne de transformer les conditions d’éducation, en particulier pour les filles et les enfants à besoins spécifiques, afin qu’ils puissent accéder à un enseignement de qualité, sans discrimination, et dans un environnement propice à leur épanouissement personnel et académique.

En effet, selon un rapport des organisations internationales, « l’accès à l’éducation reste un défi majeur, en particulier pour les filles, qui sont souvent confrontées à des discriminations socio-culturelles, à des mariages précoces et à des conditions économiques précaires. »

Les données présentées par l’Ambassade de France montrent que « seulement 37 % des enfants inscrits à l’école fréquentent de manière régulière. Les filles sont les plus affectées par la déscolarisation et représentent moins de la moitié des effectifs scolaires à Mambéré-Kadeï (42 % en fondamental 1 et 30 % en fondamental 2 et secondaire). À peine la moitié des filles terminent l’école primaire ».

À travers ce projet, le gouvernement compte « réduire les inégalités de genre qui persistent dans l’accès à l’éducation, notamment dans les zones rurales et les régions touchées par les conflits. »

Le ministre Aurélien Simplice Zingas a souligné l’importance de l’éducation dans le développement du pays : « Il est de notre devoir de nous assurer que chaque fille, chaque enfant, ait non seulement accès à l’école, mais aussi à une éducation de qualité, qui les prépare à devenir des citoyens responsables, créateurs de richesse et bâtisseurs de paix. Nous le savons tous : l’éducation est un facteur de transformation sociale, un moteur de développement durable. »

Ce programme s’inscrit dans le Plan Sectoriel de l’Éducation 2020-2029 (PSE), qui vise à améliorer l’accès, la qualité et la gouvernance du secteur éducatif.

Au-delà des infrastructures scolaires et des équipements pédagogiques, l’accent sera mis sur la formation des enseignants, la sensibilisation des communautés et la protection des enfants.

Par ailleurs, ce projet, qui démarrera le 1er septembre 2025 pour une durée de 48 mois (4 ans), contribuera à améliorer l’accès à l’éducation pour les enfants et les adolescents, tout en renforçant la qualité de l’enseignement grâce à une pédagogie sensible au genre, la formation des enseignants et la redynamisation des comités locaux de protection dans les écoles.

Un appui de la France et des partenaires internationaux

Du côté de la France, son ambassadeur, Bruno Foucher, s’est réjoui du lancement de ce projet : « Soutenir les efforts de sortie de crise et de relèvement de la Centrafrique est une priorité de la coopération renouvelée entre nos deux pays, et je m’en félicite. La France s’est engagée et continuera à œuvrer dans ce sens dans les années à venir, dans le respect des priorités du plan national de développement (PND). »

Le projet est financé par l’Agence Française de Développement et accompagné par un consortium de partenaires, notamment l’OCFA, Mercy Corps, ALIMA et Finn Church Aid.

Une vigilance nécessaire sur la gestion des fonds

Malgré cette initiative, certains restent sceptiques sur la réelle volonté du gouvernement de faire de l’éducation une priorité, au regard du faible budget alloué au secteur.

L’amélioration du système éducatif en Centrafrique est pourtant cruciale pour le développement du pays et l’avenir des jeunes générations. Avec la mise en œuvre de ce programme, le gouvernement espère augmenter significativement le taux de scolarisation des filles et réduire les disparités de genre dans l’éducation.

Toutefois, une vigilance accrue sera nécessaire sur la gestion des fonds alloués, afin d’éviter les détournements et garantir l’efficacité du projet.

Déus Gracias Tchémanguéré/Belvia Espérance Refeïbona