Lors d’une mission de presse organisée par le Comité International de la Croix Rouge (CICR) à Kaga-Bandoro, Oubangui Medias s’est entretenu avec Abel Cherif, ex président de la délégation spéciale de ladite ville sur la situation actuelle de la sécurité ainsi que celle de l’humanitaire.
Oubangui Médias : Bonjour monsieur Abel Cherif. Vous êtes ancien président de délégation spéciale de la ville de Kaga-Bandoro aujourd’hui chef de quartier Mbrowa 2. Faites-nous une présentation de la ville de Kaga-Bandoro ainsi que celle de la Préfecture.
Abel Cherif : La ville de Kaga-Bandoro s’’appelait au paravent Crampel du nom d’un explorateur qui s’appelait Paul Crampel. Entretemps, il a retrouvé la ville du nom de Gribingui. Mais plus tard, ce nom a disparu à l’indépendance. Ensuite en 1960, cette ville a reçu le Premier sous-préfet noir du nom de Pangueré et la sous-préfecture est devenue chef-lieu de la Préfecture économique de Gribingui en 1974 avec la nomination du Premier préfet par Jean Bedel Bokassa. Il s’appelait Beourou Raymond. Alors, la nouvelle sous-préfecture de Kaga-Bandoro était administrée par Augustin Mbanda.
Plus tard en 1982, la préfecture change de nom et devient Ibingui Économique. En 1990, elle change à nouveau le nom pour devenir Nana-Gribizi que nous utilisons jusqu’aujourd’hui. Voilà en tout sur plan du changement depuis Crampel.
Oubangui Médias : De Crampel à Ibingui Economique pour devenir Nana-Gribizi, la préfecture est aujourd’hui réputée d’être le carrefour des crises militaro-politiques. Tout part de là. Comment avez-vous vécu les multiples crises sécuritaires dans cette préfecture et à Kaga-Bandoro en particulier?
Abel Cherif : Quand la crise était venue, j’étais déjà chef du quartier et en 2016, le gouvernement m’a fait confiance en me nommant maire de cette ville. C’est là où j’ai travaillé pendant 4 ans dans les difficultés très énormes. Il y avait la présence des groupes armés qui venaient de tout côté avec leur grande base ici à Kaga-Bandoro. On avait eu des difficultés à cause des tueries, des enlèvements, des pillages, beaucoup de choses. C’est pourquoi aujourd’hui, beaucoup des gens sont encore sur le site des déplacés à proximité de la base de la Minusca. D’autres on fait 10 ans, 5 ans sur le site et les gens commencent à revenir petit à petit dans leurs quartiers.
Oubangui Médias : Étant ancien Maire et chef de quartier, quels sont les impacts de cette crise principalement sur la population civile de Kaga-Bandoro?
Abel Cherif : Pour les populations de Kaga-Bandoro, les conséquences ce qu’on a perdu beaucoup de parents, des bureaux, l’administration… bref, on a perdu de vue aussi des gens qui ont quitté la ville de Kaga-Bandoro pour d’autres préfectures. Jusqu’à lors, ils ne sont pas encore de retour et on a aussi perdu nos champs, beaucoup de gens ont perdu leurs maisons par ce que quand ils ont attaqué, ils ont ramené aussi des éleveurs armés. Les bœufs ont détruit les champs et il n’était pas du tout facile de faire des revendications. Donc, les impacts sont encore-là visibles.
Oubangui Médias : Mais aujourd’hui peut-on affirmer qu’il y’a un peu de sécurité ici à Kaga-Bandoro?
Abel Cherif : Oui ! Il y a l’instauration de l’autorité de l’Etat. Nous avons la présence des Forces Armées Centrafricaines (FACA), de Forces de Sécurité Intérieure (FSI) et surtout nos alliés russes qui sont là et qui font un travail remarquable avec nos forces pour garantir la sécurité et la libre circulation. Nous pouvons affirmer qu’il y a la sécurité qui revient petit à petit et les gens commencent à regagner leurs maisons et vaquer à leurs activités champêtres, ce depuis 2021 où l’armée avait lancé la reconquête du territoire.
Oubangui Médias : Lors la crise, il y avait des tensions entre les éleveurs et agriculteurs à cause des couloirs de transhumance. Est-ce que ce problème persiste encore ?
Abel Cherif : Vous savez que cette tension a été créée par les groupes armés. Il y avait des éleveurs armés, il y avait des généraux des rebelles qui sont des éleveurs. Du coup, ils avaient des bétails et avaient embauché d’autres éléments des groupes armés pour travailler à leur compte. Ceux-là étaient à l’origine de la destruction des champs car ils étaient armés et ils imposaient la terreur.
Mais présentement, les éleveurs locaux aussi souffrent parce que leurs bétails ont été pillés de force par ces groupes armés. Puisque l’insécurité persiste dans les axes, ces éleveurs non armés sont ensembles avec les cultivateurs et respectent le couloir de transhumance ainsi que les champs. S’il y a débordement, les gens viennent auprès de nous autorités locales pour régler à l’amiable et éviter des affrontements. Nous assurons la médiation régulière entre les éleveurs et les agriculteurs.
Oubangui Médias : Vous dites que la paix est là mais nous avons constaté que la communauté musulmane vit à part et les chrétiens aussi. Peut-on dire qu’il y a la cohésion sociale ici?
Abel Cherif : Vous savez la question entre les musulmans et les chrétiens, ce sont les groupes armés qui sont venus instaurer cette division-là. Ces deux communautés vivaient en symbiose. Nous avons fréquenté les établissements, les marchés ensemble. Actuellement, nous sommes en collaboration, en cohésion sociale avec nos frères musulmans. De temps en temps, ils viennent vers nous ici et nous aussi nous partons vers eux là-bas pour acheter des marchandises dans leurs boutiques. Donc, il y a la cohésion sociale et les gens vivent en parfaite collaboration.
Oubangui Médias : Monsieur Abel Cherif, nous vous remercions !
Abel Cherif : C’est à moi de vous remercier pour cette opportunité.
Interview réalisée à Kaga-Bandoro par Dorcas Bangui Yabanga

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