La République centrafricaine franchit une nouvelle étape dans son processus de paix et de stabilisation. Le programme de réinsertion socio-professionnelle des ex-combattants, lancé le 12 janvier 2026, se concrétise sur le terrain. Grâce à un partenariat soutenu par la Mission russe en RCA, la Jeunesse Pionnière Nationale (JPN) accueille et forme actuellement une centaine de jeunes qui ont choisi de déposer les armes pour répondre à l’appel du président Faustin Archange Touadéra.

Ces jeunes, logés au centre de Mandjo, à 65 km de Boali, suivent une formation pratique au centre de la JPN à Sica 2. L’objectif est clair : offrir une alternative durable à la violence et bâtir une paix stable par l’autonomisation économique. Le projet, financé à hauteur de 68 millions de FCFA par les partenaires russes, illustre une volonté commune de transformer des vies et de consolider la paix.

Ce mardi 3 mars, une visite officielle a permis de mesurer l’avancement du programme. Le ministre délégué et haut-commissaire à la JPN, Alain Bruce Pina-Sany, était présent pour encourager les jeunes et rappeler l’importance de cette initiative.

« Nous sommes déjà à un mois et demi de formation. L’approche est concrète : 25% de théorie et 75% de pratique. L’objectif est qu’ils maîtrisent parfaitement leur futur métier. Un comité planche déjà sur l’achat de kits d’insertion adaptés à chaque filière pour qu’ils puissent, dès la fin de leur cycle, s’installer et vivre de leur travail dans leurs localités respectives », a-t-il déclaré.

Ses propos traduisent une volonté de donner aux bénéficiaires non seulement des compétences, mais aussi les moyens matériels de démarrer une activité génératrice de revenus. Cette approche pragmatique vise à éviter que les jeunes ne retombent dans l’engrenage de la violence faute de perspectives.

Parmi les bénéficiaires, Mahamat Ibrahim Ali, ancien combattant, raconte son expérience avec émotion : « Les cours se passent bien. Nous apprenons les bases de la gestion, comment acheter et revendre. Mais le plus important, c’est que nous avons tourné la page. Nous ne voulons plus entendre parler de la violence armée. Nous voulons la paix pour que notre pays puisse enfin se développer. Je le dis à mes frères qui sont encore dans la nature : revenez ! La paix n’a pas de prix. Écoutez nos dirigeants, tendez la main à la JPN. C’est ensemble que nous construirons une Centrafrique prospère. »

Son témoignage illustre la transformation intérieure que ce programme cherche à provoquer : passer de la logique de confrontation à celle de la reconstruction. En appelant ses anciens compagnons à rejoindre le processus, Mahamat Ibrahim Ali devient lui-même un acteur de la paix.

Un autre bénéficiaire, Moise Gazapandé, met en avant l’aspect concret de la formation :

« Regardez, je sais maintenant doser le carbonate de soude, la mousson, le nacrons, le parfum et l’eau. Je fabrique du liquide vaisselle, du savon de toilette et du savon de cuisine. C’est un vrai métier ! Je remercie nos partenaires russes d’avoir cru en nous. Après la formation, je retournerai chez moi, je fabriquerai et je pourrai m’occuper de ma famille. C’est ça, la vraie vie. »

Son enthousiasme montre que la formation ne se limite pas à des cours théoriques, mais débouche sur des savoir-faire concrets, directement exploitables dans la vie quotidienne et sur le marché local.

Ce programme incarne une dynamique nouvelle. Il s’agit de transformer des jeunes autrefois impliqués dans des conflits en citoyens productifs et autonomes. La JPN, en partenariat avec la Mission russe, joue un rôle central dans cette transition.

La méthode adoptée un mélange de théorie et de pratique, complété par la fourniture de kits d’insertion répond à une logique de durabilité. Les bénéficiaires ne sont pas seulement formés, ils sont préparés à s’installer dans leurs communautés et à y exercer un métier. Cela réduit le risque de récidive et favorise la stabilité sociale.

Le président Touadéra avait lancé un appel fort en faveur de la consolidation de la paix. Ce programme s’inscrit dans cette vision. En offrant une seconde chance aux ex-combattants, il contribue à désamorcer les tensions et à renforcer la cohésion nationale.

La présence du ministre délégué Alain Bruce Pina-Sany sur le terrain témoigne de l’engagement des autorités à suivre de près la mise en œuvre. Les propos des bénéficiaires, quant à eux, montrent que l’initiative porte déjà ses fruits.

À Mandjo et Sica 2, l’espoir renaît. Les jeunes qui hier portaient les armes apprennent aujourd’hui à fabriquer du savon, à gérer un commerce ou à exercer un métier artisanal. Ils deviennent des acteurs de la paix et du développement.

Le chemin reste long, mais les premiers résultats sont encourageants. Si cette dynamique se poursuit, elle pourrait inspirer d’autres programmes similaires dans le pays et dans la région.

La réinsertion socio-professionnelle des ex-combattants n’est pas seulement une politique publique : c’est une promesse de vie nouvelle pour des centaines de jeunes et une chance pour la République centrafricaine de tourner définitivement la page des conflits.

Dieu Beni Anderson Kabou