Avant l’indépendance jusqu’au début des années 60, l’avenue des Martyrs était la piste d’atterrissage du 1er aéroport de Bangui. L’aérogare se situe dans l’immeuble qui abrite aujourd’hui le commissariat du 1er arrondissement, l’administration dans les locaux de l’actuel ministère des Transports, le hangar du centre de basket actuel servait d’abri pour les avions, le service hydrant se trouvait là où on passe le permis de conduire automobile.

Les  avions qui atterrissaient, rejoignaient le sleep-way et le tarmac au niveau de la tribune.

Puis l’aéroport actuel a été construit et est devenu opérationnel.

Le Président Bokassa a transformé la piste pour en faire un boulevard triomphal, l’équivalent des Champs Elysées français, et baptisé à l’origine avenue Bokassa.

Et comme on pouvait s’y attendre, en bon militaire français et en Président visionnaire, il avait fait réserver les deux rives de l’avenue pour des immeubles devant être construits selon un plan préétabli, sur le modèle du style haussmanien, un Général français nommé HAUSSMAN. Les maisons ne devaient pas avoir plus de trois étages, comme des soldats en rang et en uniforme pour le défilé.

L’architecture  était conçue d’avance et était la même pour tous les bâtiments qui étaient uniformes. J’ignore si une étude du sol a été faite pour fixer le nombre des étages, qui comme à Paris dans le 16ème, ne devait pas dépasser les 3 étages.

Bokassa est partie avec sa vision et son projet. Par la suite,  petit à petit, les gouvernements, qui se sont succédés ont commencé à vendre les terrains et l’avenue Bokassa, rebaptisée avenue de Martyrs après les évènements de 1979.

A cette époque il y avait aussi un collecteur dénommé « collecteur de l’aéroport » qui collectait les eaux de pluie descendant du bassin versant de la colline pour être déversées en bas dans le fleuve.

Malheureusement avec toutes les constructions récentes ce collecteur a été obturé et on peut craindre une fragilisation du terrain à cet endroit-là par la force de l’eau qui n’arrive plus à circuler, d’où nécessité de procéder à des études sérieuses avant toute construction et surtout de respecter les normes standards.

En 1975, au moment où j’arrivais en Europe pour mes études, éclataient dans tous les journaux du monde, ce qu’on appelait alors « l’anomalie de Bangui ».

Il semblerait qu’un magnétisme important se dégage au niveau de Bangui et perturbe les commandes de bord des satellites navigant à hauteur de Bangui. Cela veut dire qu’un gisement d’un minerai rare se trouverait dans le sous-sol.

Quelques mois plus tard, en 1976,  il y eut un tremblement de terre en Italie qui a eu des répercussions jusqu’à Bangui, surtout au niveau de l’université où les étudiants ont senti les secousses. Certains étudiants se sont même précipités pour sauter des étages. L’université est à quelques centaines de mètres de l’immeuble effondré.

En 1977, j’étais en vacances à Bangui quand il y a eu un affaissement de sol d’un diamètre de 10 mètres, à côté de la direction de la Main d’œuvre à quelques mètres justement de l’immeuble effondré. Le trou était rempli d’eau démontrant ainsi la présence d’une nappe phréatique souterraine.

Comme on peut le constater cette zone de construction est dangereuse. Le colon est arrivé en 1884 et a plus de recul que nous pour connaître la nature du sol. C’est pour cela que beaucoup de zones dans la ville sont réservés et non-bâtis.

Depuis quelques temps on observe une boulimie de constructions en ville. Economiquement parlant c’est un très bon signe car ne dit-on pas que « quand le bâtiment va tout va ».

Une banque de données des études de nos sous-sols et sols existaient à l’ORSTOM qui malheureusement a été détruites par nos propres turpitudes. Du coup nous n’avons aucuns repères sauf repartir vers la France à l’Institut Géographique Nationale (IGN) où toutes les données de base de l’Afrique sont stockées. Mais ceci est une autre démarche par les temps qui courent.

A partir du moment où les immeubles à plusieurs niveaux commencent à pousser comme des champignons à Bangui, la profession doit être sérieusement encadrée par des dispositions réglementaires, car il s’agit aussi ici d’un problème de sécurité publique. Les centrafricains doivent laisser de côté leur légèreté légendaire et devenir plus rigoureux et plus strict car il s’agit ici de lourds investissements !

Même si les études ont été faites même si on a un bon ingénieur, il faut en plus un bureau de contrôle contradictoire et indépendant pour contrôler si, les normes sont respectées.

Madame MARIE CLAIRE BITOUANGA,

ANCIENNE DG du Fonds d’entretien

 routier (FER).