La République centrafricaine a déjà trop pleuré. Trop de vies ont été fauchées, trop de familles ont été brisées, trop de villages ont été réduits au silence par les armes. Pourtant, malgré les leçons tragiques de notre histoire récente, certains continuent de croire que le chemin vers le pouvoir passe encore par la violence et les groupes armés.
Les événements de 2013 restent gravés dans la mémoire collective comme l’une des périodes les plus sombres de notre nation. Ils rappellent jusqu’où peuvent conduire les ambitions politiques lorsqu’elles s’affranchissent des principes républicains et de la protection des populations civiles. Des groupes armés, dont certains comprenaient des combattants venus de pays voisins, ont participé à une spirale de violences dont les premières victimes furent les civils centrafricains.
L’histoire nous enseigne une réalité implacable : lorsqu’on ouvre la porte à la violence armée, personne ne maîtrise véritablement les conséquences. Les alliances conclues pour conquérir le pouvoir finissent souvent par échapper à leurs initiateurs, laissant derrière elles des populations abandonnées à l’insécurité, aux pillages et aux exactions.
Pendant que les ambitions politiques s’affrontent, qui paie réellement le prix de ces aventures ? Certainement pas les instigateurs, ni, bien souvent, leurs proches, qui vivent parfois loin des zones de conflit. Ce sont les cultivateurs qui désertent leurs champs, les commerçants ruinés, les enfants privés d’école, les femmes contraintes de fuir avec leurs familles et tous ces citoyens qui ne demandent qu’à vivre en paix.
Le paradoxe est saisissant. Ceux qui affirment vouloir gouverner le peuple prennent parfois des décisions dont les premières victimes sont précisément ce même peuple. Gouverner ne consiste pas à conquérir un territoire par les armes ; gouverner, c’est protéger la vie, préserver la paix et garantir la sécurité des citoyens.
La République centrafricaine n’a plus besoin de sauveurs autoproclamés ni d’aventuriers politiques prêts à sacrifier l’intérêt national au profit d’ambitions personnelles. Elle a besoin de dirigeants capables de convaincre par leurs idées, leur intégrité, leur vision et leur respect des règles démocratiques.
Les Centrafricains ont changé. Ils aspirent aujourd’hui à une paix durable, à la stabilité institutionnelle et au développement. Ils refusent que leurs enfants grandissent dans la peur et que leur avenir soit une fois de plus hypothéqué par des conflits dont ils ne sont pas les auteurs.
Il est temps que tous les acteurs politiques comprennent que la conquête du pouvoir ne saurait justifier le recours aux armes ni l’instrumentalisation de groupes armés. La démocratie offre des voies légitimes d’expression et d’alternance. C’est sur ce terrain que doivent désormais se jouer les compétitions politiques.
Les heures sombres de 2013 ne doivent jamais redevenir notre avenir. La mémoire des victimes nous impose une responsabilité collective : défendre la paix avec la même détermination que d’autres ont voulu imposer la guerre.
Le peuple centrafricain mérite mieux que les calculs politiques fondés sur la violence. Il mérite des dirigeants qui considèrent chaque vie humaine comme sacrée et chaque citoyen comme une richesse à protéger.
Parce qu’aucun fauteuil présidentiel, aucune ambition personnelle et aucun projet politique ne valent le sang d’un seul Centrafricain.
Rocka Rollin LANDOUNG
Journaliste et spécialiste en communication stratégique et institutionnelle

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