Chaque année, le 20 juin, le monde célèbre la journée mondiale des Réfugiés. En Centrafrique, ils sont environ 9000 réfugiés. Beaucoup d’entre eux ont reçu l’appui du HCR pour les activités génératrices de revenu. En plus des réfugiés, le déplacement massif de la population continue en raison des violences. Ousmane Diallo, un refugié ivoirien et sculpteur, vit à Bangui grâce à cette activité qui malheureusement est confrontée aux difficultés liées à la pandémie de la Covid-19.

Assis sur une chaise longue artisanale chez lui à Lakouanga dans la concession de la Socatel dans le 2e arrondissement de Bangui, Ousmane Diallo, portant une chemise carrelet et une culotte, tout souriant, nous a accueilli ce 21 juin 2021, dans son petit salon, entouré de nombreux objets sculptés en bois. Ceci, juste un jour après la journée mondiale des réfugiés instaurée par les Nations-Unies et célébrée le 20 juin de chaque année. Une occasion pour l’équipe de l’Oubangui Médias de découvrir ce refugié en Centrafrique.

Cet homme âgé de 58 ans a déposé ses valises à Bangui en Centrafrique en 2002 comme réfugié politique ivoirien. Ousmane Diallo, détient une doigtée magique qui lui permet de faire de la sculpture sur les bois et les os. Un moyen sans doute qu’il utilise pour gagner son pain quotidien. Il compte agrandir son entreprise grâce au partenaire UNHCR.

Dès son arrivée à Bangui, il a été accueilli par la Commission Nationale pour les Réfugiés (CNR) avant que son dossier ne puisse être transféré au UNHCR. Pour ce dernier, le Centrafrique est un pays qui lui tient à cœur car, il l’avait visité bien avant à travers ses multiples voyages à la recherche des matériaux pour la fabrication des objets d’art. Ce dernier a expliqué à Oubangui Médias qu’il est devenu sculpteur grâce à un proche parent qu’il considère comme son oncle.

Même s’il a beau tenu en ce qui concerne les études, Ousmane Diallo a un niveau baccalauréat mais il a choisi de se lancer véritablement dans le métier de la sculpture.

Ce maître en transformation des bois en objet artistique n’a jamais manqué de faire usage de ses connaissances pratiques pour combattre la pauvreté. Il se cache souvent dans la forêt vers Mboko derrière le quartier Ouango, près du fleuve Oubangui, là où il achète les bois, pour fabriquer ses objets d’art.

« Certes, le marché est toujours concurrentiel mais je m’en tire pas mal car je fabrique toujours des objets originaux qui me font démarquer des autres », a-t-il confié à Oubangui Médias. Ousmane Diallo a précisé que chaque objet qu’il arrive à sculpter à une signification profonde surtout liée à la tradition. C’est l’exemple de la sculpture du “Masque africain” qui a pour signification “Une apparition”. 

Dans toute chose qu’Ousmane Diallo fait, il fait toujours face à un certain nombre de difficultés. Ousmane a regretté l’avènement de la Covid-19. « L’avènement de la Covid-19 a beaucoup impacté négativement sur ma profession en ce qui concerne la vente des objets d’art. Les étrangers ne viennent plus régulièrement car, les voyages à l’extérieur sont conditionnés par les règles de la lutte contre cette pandémie mondiale. Les touristes sont rares. Certes sur le plan national, certaines personnes achètent parfois les objets sculptés mais nos potentiels clients sont des étrangers, des touristes ou la diaspora qui veut se replonger dans sa tradition. Vraiment, la maladie à Corona virus est un obstacle à mon métier », a-t-il raconté avec amertume.

Dans sa vision, Ousmane Diallo compte ouvrir un kiosque au centre-ville pour vendre ses objets. Mais les démarches trainent encore au niveau de la municipalité.  « J’ai tenté de rentrer en contact avec la mairie de Bangui afin d’avoir une place au niveau du marché central de Bangui, mais, mes demandes sont restées lettre morte. Je ne me décourage pas, peut-être qu’un jour, je vais rencontrer le président de la délégation spéciale de la ville de Bangui, Émile Gros-Raymond Nakombo pour échanger avec lui directement à ce sujet », a-t-il expliqué.

Pour fabriquer ses objets d’art, Ousmane Diallo dispose d’un petit atelier dans sa pièce. Il travaille seul même si de temps en temps, certains jeunes désœuvrés manifestent la volonté d’apprendre ce métier. Ce dernier possède aussi un kiosque de vente au centre artisanal, situé en face de la Cathédrale Notre Dame de l’Immaculée conception de Bangui. Souvent, il se pointe dans son kiosque les weekends car, selon lui, il est difficile de faire confiance à quelqu’un. « J’ai tenté plusieurs fois mais c’est une déception », regrette-t-il.

Ousmane Diallo a une femme et 11 enfants dont 10 sont répartis sur Abidjan. Ils s’échangent grâce aux réseaux sociaux notamment Whatsapp et Messenger. Il a avoué que sa famille lui manque énormément et il espère la retrouver un jour.

Fort de ses 21 ans passés au pays de Barthélémy Boganda, Ousmane Diallo arrive à parler le sângö, la langue nationale en Centrafrique. Pour ce dernier, cette langue est une richesse qui brise les frontières entre la population car, nombreux sont les pays au monde qui ne disposent pas d’une langue unique. 

Son souhait le plus ardent pour ce pays est le retour de la paix et de la cohésion. « Je demande aux centrafricains de prôner le dialogue et le vivre ensemble pour favoriser ainsi le retour de la paix. La violence n’est pas la solution pour résoudre un problème  et la guerre a toujours été la source du sous-développement. J’interpelle mes frères centrafricains à faire la paix et à travailler la main dans la main pour le développement socioéconomique du pays », a lancé Ousmane Diallo.

Ousmane Diallo ne cache pas son émotion en témoignant sa gratitude à la CNR, au UNHCR et ses partenaires, qui ne cessent de le soutenir ainsi que des Centrafricains qui ont accepté de l’accueillir dans leurs communautés.

La Centrafrique, un pays encore instable en raison de multiples violences armées depuis plusieurs années, est aussi la destination pour de nombreux réfugiés. Aujourd’hui, le HCR et ses partenaires doivent faire face à des nombreux défis pour prendre en charge ces réfugiés et les déplacés, dans un contexte de tarissement des ressources financières à cause de la pandémie de la Covid-19.

Brice Ledoux Saramalet