Les États généraux de l’enseignement catholique associé de Centrafrique (ECAC) se sont ouverts officiellement ce lundi, 16 février 2026 à Bangui, sous le thème « Éduquer : un appel à innover, servir et transformer ». La cérémonie de lancement, présidée par le Ministre d’État à l’Éducation nationale, Aurélien Simplice Zingas Kongbelet, tout juste revenu d’Addis-Abeba, s’est tenue en présence de Son Éminence Dieudonné Cardinal Nzapalainga, ainsi que de nombreux évêques, prêtres, religieuses et acteurs du monde éducatif.

Prévue jusqu’au 21 février, cette rencontre s’inscrit dans la dynamique du Pacte éducatif africain et vise à évaluer l’enseignement catholique, renforcer son rôle dans la formation intégrale de la jeunesse et consolider le partenariat entre l’État et l’Église pour une société inclusive et pacifique.

Dans son allocution, le Ministre d’État Aurélien Simplice Zingas Kongbelet a tenu à exprimer ses remerciements aux organisateurs de ces assises, au nom du Gouvernement. Il a également adressé ses vœux de nouvel an à Son Éminence le Cardinal Nzapalainga, aux évêques, prêtres et religieuses présents.

Le ministre a rappelé que ces États généraux constituent « un moment de vérité, d’évaluation et de projection », permettant de mesurer le chemin parcouru et de tracer ensemble les perspectives d’avenir pour l’éducation de la jeunesse centrafricaine.

Le rôle historique de l’Église catholique dans l’éducation

Le ministre a replacé ces assises dans le contexte des crises militaro-politiques qui ont fragilisé le système éducatif national. Face aux insuffisances de l’État, les États généraux de l’éducation de 1994 avaient recommandé la libéralisation du secteur et la reconnaissance du rôle des partenaires éducatifs, notamment les confessions religieuses.

Depuis lors, plusieurs conventions ont été signées entre le Gouvernement et l’ECAC : en 1997, 2001, 2008 et 2020. Ces textes traduisent une volonté constante de bâtir un partenariat fondé sur la complémentarité et la confiance. L’ECAC s’est ainsi donné pour mission d’instruire, d’éduquer et de former les jeunes centrafricains, en promouvant des valeurs telles que le respect et la solidarité.

Le ministre a salué la discipline et la rigueur qui caractérisent les établissements catholiques, ainsi que leurs taux de réussite souvent supérieurs à la moyenne nationale. Il a encouragé l’introduction du Sango comme langue d’enseignement, à condition qu’elle s’aligne sur le curriculum national, et a insisté sur la nécessité d’intégrer la digitalisation dans le cadre du « Projet Espoir » déjà lancé dans 52 écoles pilotes.

Des félicitations mais aussi des critiques

Tout en félicitant l’ECAC pour ses efforts, le ministre a pointé plusieurs manquements observés dans certains établissements catholiques. Parmi les problèmes relevés :

la non-observation du calendrier scolaire et des programmes officiels ; les difficultés rencontrées par les inspecteurs, parfois interdits d’accès dans les classes ; le refus de se soumettre aux inspections de l’Inspection générale de l’Éducation nationale ; le recrutement massif d’enseignants formés par l’État, au détriment du secteur public ; la formation initiale d’enseignants sans autorisation préalable ; la contestation de l’uniformisation de la tenue scolaire ; la mise en place parallèle d’un bureau national des parents d’élèves sans concertation avec le ministère ; la construction de bâtiments scolaires sans respect des normes officielles ; le refus de se soumettre au contrôle de la Direction de l’Enseignement privé et du Partenariat éducatif.

Le ministre a dénoncé également la création d’écoles privées par certains abbés et sœurs sous couvert de la convention de partenariat, ainsi que la hausse constante des frais de scolarité dans les établissements catholiques, les plus élevés du pays. Selon lui, cette évolution risque d’exclure les familles modestes et d’éloigner l’institution de sa vocation sociale première.

Dans son discours, Aurélien Simplice Zingas Kongbelet a insisté sur la nécessité de maintenir la vocation caritative et inclusive de l’enseignement catholique. Il a rappelé que l’éducation est un bien commun et que son succès repose sur la rigueur, la transparence et le sens des responsabilités de chacun.

Il a exhorté l’ECAC à aligner ses pratiques sur les orientations du ministère, à respecter les normes nationales et à collaborer pleinement avec les organes de contrôle. Le ministre a souligné que le partenariat entre l’État et l’Église doit rester fondé sur la confiance et la complémentarité, et non sur des pratiques divergentes.

Les États généraux de l’enseignement catholique, qui se poursuivront jusqu’au 21 février, doivent permettre d’identifier les forces et les faiblesses du système, de proposer des réformes adaptées et de renforcer la coopération entre l’État et l’Église.

Le ministre a réaffirmé la reconnaissance du Gouvernement pour le travail accompli par l’ECAC et son engagement à soutenir les initiatives visant à améliorer la qualité de l’éducation. Il a insisté sur l’importance d’intégrer les innovations pédagogiques, de promouvoir la langue nationale et de développer la digitalisation, afin de préparer la jeunesse centrafricaine aux défis du XXIe siècle.

Le lancement des États généraux de l’enseignement catholique à Bangui marque une étape importante dans la réflexion sur l’avenir de l’éducation en Centrafrique. Entre reconnaissance des acquis et dénonciation des dérives, le discours du ministre Aurélien Simplice Zingas Kongbelet trace une ligne claire : l’enseignement catholique doit rester fidèle à sa vocation sociale et spirituelle, tout en s’inscrivant dans le cadre des politiques nationales.

Ces assises, placées sous le signe de l’innovation, du service et de la transformation, offrent une opportunité unique de renforcer le partenariat entre l’État et l’Église, dans l’intérêt supérieur de la jeunesse et de la nation.

Dieu Beni Anderson Kabou