La commune de Maloum est située à environ 70 kilomètres entre  Bambari et Ippy. Elle est l’une des grandes communes d’élevage de la République centrafricaine. Cependant, avec la crise sécuritaire qui a secoué la commune, les activités économiques fonctionnent au ralenti. Toutefois, la commune qui compte plus de 25 milles habitant n’a pas un centre de santé. En mission de reportage dans la localité, Brice Ledoux Saramalet a rencontré  Aboubacar Maloum premier vice-président de la délégation spéciale de cette commune qui a accepté de répondre aux questions de Oubangui Médias. 

Oubangui Médias : Bonjour monsieur  Aboubacar Maloum

Aboubacar Maloum : Bonjour monsieur le journaliste

Oubangui Médias : Vous êtes le premier vice-président de la délégation spéciale de la commune de Maloum, alors parler-nous du contexte   sécuritaire dans votre localité

Aboubacar Maloum : Je tiens d’abord à vous remercier de m’avoir donné l’opportunité de m’exprimer sur les différentes situations quotidiennes de la commune de Maloum. En effet, je saisi cette occasion pour témoigner ma reconnaissance au Chef de l’État Faustin Archange Touadera pour l’effort qu’il a fait en nous envoyant des Forces Armées Centrafricaines et les soldats russes au moment où l’insécurité était au top dans notre commune. Grace à ces forces, nous pouvons alors respirer un peu aujourd’hui. Si tel n’est pas le cas, la commune de Maloum allait disparaitre avec les multiples attaques des groupes armés de l’UPC et Anti- Balaka. Cependant, je peux aussi dire que la véritable paix et la sécurité ne sont pas encore de retour dans la localité car les groupes armés continuent de braquer les éleveurs lors de pâturage.

Oubangui Médias : Est-ce-que il y a des forces de l’ordre aujourd’hui  dans la commune de Maloum ?

Aboubacar Maloum : Ma réponse est non. Présentement les forces de l’ordre sont à Bambari et Ippy. Et comme nous sommes entre ces deux villes, de temps en temps, s’il y a des menaces des groupes armés ou de braquage, on peut dépêcher un émissaire pour alerter ces forces. Cela prend souvent du temps et parfois les forces peuvent arriver en retard car nous n’avons pas de réseau téléphonique à Maloum pour les contacter aussitôt possible. Cependant, ce sont les groupes armés démobilisés qui sont cantonnés ici et ce sont eux qui tentent parfois de sécuriser la commune avec les moyens de bord.

Oubangui Médias : Alors dites-nous quelle est la base de l’économie de votre commune ?

Aboubacar Maloum : Nous avons deux activités principales à Maloum que sont l’élevage et l’agriculture. Dommage que ces deux activités ont dû subir des coups avec l’insécurité. Toutefois, il arrive de fois que les agricultures et les éleveurs ne s’entendent pas mais en tant que autorités locales, nous faisons de notre mieux pour résoudre les différends. Nous délimitons souvent des zones pour les agriculteurs et aussi pour le pâturage. Mais vous savez que la transhumance partout dans le monde est difficile à gérer mais nous allons continuer avec des sensibilisations pour maintenir la paix entre les deux acteurs.

Oubangui Médias : Cependant, expliquez-nous comment les éleveurs font pour maintenir cette activité malgré les crises sécuritaires qui ont secoué la commune  de Maloum ?

Aboubacar Maloum : Comme je l’avais dit ci-haut, la commune de Maloum est réputée pour ses activités d’élevage qui est la base même de notre économie. Cependant, les éleveurs ont perdu beaucoup de bétails. Un éleveur qui disposait d’au moins 200 à 300 têtes de bœufs, se retrouve avec 15 ou 20 têtes après cette crise. Les groupes armés ont plusieurs fois mené des attaques contre les campements et les communes d’élevages. Ceci a semé la panique et la peur chez les éleveurs qui n’arrivent pas à se promener librement à la recherche des verts pâturages qui font nourrir les bœufs et facilitent leur reproduction et le lait que nous pouvons utiliser dans plusieurs domaines.

Oubangui Médias : Vous avez-dit tout à l’heure que l’agriculture fait partie de vos principales activités à Maloum, mais est ce qu’elle est réellement rentable ? 

Aboubacar Maloum : Je dirai non car à Maloum, nous avons plus d’éleveurs qu’agriculteurs. De surcroît, ces éleveurs ne savent pas aussi cultiver. Du coup, le pourcentage dominant des éleveurs a aussi joué sur les activités agricoles. Aussi, les quelques agriculteurs travaillent encore qu’avec le daba alors que nous sommes dans une commune d’élevage. Il est important de passer du daba à la charrue ? Cela aura un impact positif. Le gouvernement à travers le ministère de l’agriculture peut encourager cela à travers la formation des agriculteurs et l’assistance avec des semences de bonne qualité et le traitement des produits agricoles.

Oubangui Médias : Sinon avez-vous une structure sanitaire adéquate et un personnel soignant à Maloum ?

Aboubacar Maloum : Les mots me manquent quand vous me posez cette question. En effet, nous sommes plus de 25 milles habitants à Maloum. Malheureusement, nous n’avons ni un centre de santé qui fonctionne ni un seul personnel soignant à Maloum. Certes, on avait un centre de santé qui est aujourd’hui que l’ombre de lui-même après les multiples affrontements qui ont eu lieu ici. Ce manque de structure sanitaire a une conséquence néfaste sur la commune car nous avons perdu beaucoup que l’on peut sauver s’il y avait un centre de santé surplace. Quand un citoyen est malade, nous sommes obligés de l’emmener à Bambari ou Ippy à l’aide d’une moto puisque n’y a pas d’ambulance. La distance et la dégradation de route ont fait que nous arrivons souvent en retard et la personne peut mourir en cour de route. 

Oubangui Médias : Sachant combien de fois l’éducation reste un vecteur pour un meilleur capital humain qui est l’un des principes du développement durable, alors est-ce que les enfants de Maloum vont-ils à l’école comme les autres enfants de Centrafrique ?

Aboubacar Maloum : Oui Nous avons une école primaire à Maloum et les enfants se donnent bien aux études. Sauf que nous n’avons pas des maitres titulaires à part le directeur de l’école. Alors, nous sommes obligés de nous débrouiller avec l’appui des maitres parents. Toutefois, vous savez que Maloum est une grande commune d’élevage. Le manque du sérieux à l’école fait que les enfants se donnent comme éleveurs au lieu de continuer le plus loin possible dans les études. Nous ne cessons pas de les encourager car l’école reste la clé de la réussite de nos jours.

Oubangui Médias : Maloum est une localité où les musulmans sont nombreux que les chrétiens,  qu’en-t-il de la cohésion sociale et du vivre ensemble entre les deux communautés ? 

Aboubacar Maloum : Evidemment, nous sommes dans une localité où les adeptes de l’islam sont plus nombreux que les chrétiens. Cependant, malgré le vent qui a soufflé avec ces multiples conflits, à Maloum, les deux communautés arrivent à se mettre toujours ensemble. C’est l’un des atouts de notre commune. Je vous rappelle que nous avons un marché hebdomadaire ici chaque mercredi. C’est l’occasion où l’ambiance entre les deux communautés atteste que la cohésion sociale et le vivre ensemble sont notre partage à Maloum.

Oubangui Médias : Devant ces différents problèmes que la commune de Maloum traverse, quels sont vos appels à l’endroit des autorités nationales et les organisations non-gouvernementales ?

Aboubacar Maloum : Les problèmes sont tellement légions que nous ne pouvions pas tout énumérer ici. D’abord nous appelons le gouvernement à détacher les forces de défenses et de sécurité dans notre localité. Ceci pour garantir la libre circulation des biens et des personnes. Ce qui favorisera le développement socioéconomique de notre commune.

Ensuite, nous souhaitons vivement qu’on nous construit un centre de santé avec du personnel qualifié pour sauver des vies à Maloum. Que le ministère de la santé publique et de la population et les ONG telles que le Comité International de la Croix-Rouge (CICR)  Médecin Sans Frontière, Médecin du Monde, Médecin et Afrique et les autres qui exercent dans le domaine de la santé ne nous abandonnent pas.

Enfin, j’appelle à l’aide du côté de l’éducation. Nous voulons des enseignats qualifiés qui peuvent donner le goût des études à nos enfants.

En dépit de tout, notre prière est que le gouvernement soutienne les différentes activités économiques dans notre commune à savoir l’élevage et l’agriculture. Si les autorités peuvent mettre en place une stratégie pour soutenir les éleveurs en leur octroyant quelques têtes de bœufs par commune d’élevage cela permettra de relancer rapidement l’élevage dans notre pays. L’idée est de leur apporter de l’aide car ils ont beaucoup perdu lors de ces crises. Et le ministère de l’élevage doit penser à la vaccination des bétails.

Toutefois, si le gouvernement ou les ONG pourront accompagner nos agriculteurs en les formant avec la technique des charrues et les semences de qualité et surtout avec l’achat des produits agricoles, nous savons que cela va booster ce secteur.

Oubangui Médias : Monsieur  Aboubacar Maloum, je vous remercie

Aboubacar Maloum : C’est à moi de vous remercier car à travers votre micro et plume, j’ai eu l’opportunité d’envoyer une sorte de lettre au Président Faustin Archange Touadera, à son gouvernement et aux ONG. Nous espérons qu’ils vont voler à notre secours car nous sommes aussi des centrafricains. 

Interview réalisée par Brice Ledoux Saramalet en mission de reportage dans la commune de Maloum