Selon le rapport annuel de performance économique, financière et des risques budgétaires des entreprises et établissements publics couvrant la période 2022-2024, remis au Premier ministre Félix Moloua ce mercredi 08 avril, plusieurs sociétés publiques n’ont versé aucun dividende à l’État. Pour le chef du gouvernement, ces performances sont loin d’être à la hauteur des attentes.

Il s’agit de la troisième édition de cette initiative, qui répond à une exigence de coopération entre le gouvernement et les partenaires techniques et financiers. Elle vise à évaluer la performance des entreprises et établissements publics.

Pour cette édition, treize (13) entreprises et établissements publics ont été retenus, notamment l’ENERCA, la SOCATEL, la SODECA, la SOCASP, la SCET-SA (Oubangui Hôtel) l’ONC, l’ONM, l’ONI, le FER, l’ANAC, l’AC, l’ACFPE et la CAPMEA.

Selon l’équipe d’audit, certaines de ces structures éprouvent d’énormes difficultés en matière de performance, ce qui nécessite un retraitement de leur gestion ainsi que des décisions au niveau des conseils d’administration.

Il ressort également que plusieurs conseils d’administration ont vu leur mandat expirer depuis plus de six ans, tout en continuant de fonctionner dans l’illégalité, ce qui constitue une violation de la loi. D’autres établissements, par ailleurs, n’ont pas actualisé leurs statuts ni leurs règlements intérieurs.

Pour remédier à cette situation, il est recommandé aux conseils d’administration d’adresser des lettres de mission aux directeurs généraux, assorties d’indicateurs d’évaluation précis. Ces mesures devraient permettre d’améliorer la performance des entreprises publiques. En cas de non-atteinte des objectifs fixés, le conseil d’administration pourrait demander la démission du directeur général, ont rappelé les participants.

Présidant la séance, le Premier ministre Félix Moloua n’a pas caché son mécontentement. Il a souligné que plusieurs entreprises publiques peinent à respecter les textes et enregistrent des performances insuffisantes.

« Nous avons examiné les performances des entreprises d’économie publique. Évidemment, ce sont des outils qui devraient permettre à notre pays de mobiliser des ressources domestiques et de renforcer la présence de l’État. Malheureusement, nos performances ne sont pas à la hauteur de nos attentes. Selon le rapport présenté, depuis plus de trois ans, aucune entreprise publique ne verse de dividendes à l’État. Ces entreprises n’apportent donc aucune contribution au renforcement des caisses publiques », a expliqué Félix Moloua.

Sur la question de la performance, le chef du gouvernement a également invité les directeurs généraux des entreprises concernées à s’exprimer, précisant que celles présentant de faibles résultats devraient clairement être identifiées dans le rapport.

Il a par ailleurs évoqué la nécessité de revoir certains textes, notamment la loi relative à la gestion des entreprises publiques, actuellement en cours de révision par le gouvernement. Cette réforme devrait permettre de renforcer les mécanismes d’évaluation des performances et de mieux encadrer le fonctionnement des conseils d’administration.

« Nous ne pouvons pas, au niveau de l’État, mobiliser des ressources pour des structures qui ne rapportent rien aux finances publiques », a insisté le Premier ministre.

Les participants ont également soulevé plusieurs difficultés entravant la mise en œuvre effective de cette initiative. Ils ont notamment dénoncé l’absence de mécanisme de suivi du portefeuille de l’État au sein du ministère des Finances et du Budget ainsi qu’un manque de volonté politique. La responsabilité de ce département ministériel a été pointée du doigt pour ne pas avoir pleinement joué son rôle.

Pour certains intervenants, ce dysfonctionnement traduit un problème plus large de gouvernance : un État qui adopte des lois mais peine à les appliquer.

Parmi les recommandations formulées figurent également la mise en place d’outils de mesure de performance et de méthodologies d’évaluation, y compris des audits menés par la Cour des comptes. Les participants ont aussi insisté sur la nécessité de promulguer la loi relative à cette institution afin que les ministres et les directeurs généraux puissent être évalués sur la base de leurs résultats.

Ils ont également plaidé pour la révision des textes existants afin de les adapter à la politique de développement du pays et pour un respect strict des lois.

Pour aller de l’avant, les participants estiment qu’une forte volonté politique, associée à une réforme des textes et à l’opérationnalisation de la Cour des comptes, demeure indispensable.

Le rapport présente et évalue les principaux indicateurs financiers ainsi que les risques budgétaires liés aux entreprises et établissements publics pour l’année 2024.

Déus Gracias Tchémanguéré