Alors que le gouvernement a opté pour la gratuité des soins liés au paludisme, première cause des consultations et de mortalité dans le pays, dans certaines formations sanitaires de la capitale, l’Observatoire TAW-RCA, un dispositif de veille communautaire de l’ONG Seni na Maïngo, déplore encore le non-respect de cette mesure.  Pour contraindre au respect de cette mesure, Seni Na Maïngo se lance dans une campagne d’information et de la sensibilisation de la population afin que celle-ci connaisse des droits avant de mieux les revendiquer. Lancée samedi 18 septembre dans le 7ème arrondissement, cette campagne pourra atteindre d’autres secteurs, comme a souligné le Coordonnateur de cette ONG Cyriaque Ngombé dans un entretien avec Oubangui Médias. 

Oubangui Médias : Cyriaque Ngombé, coordonnateur de l’ONG Seni Na Maïngo, vous avez entamé une série de sensibilisation des ménages sur la prise en charge médicale du paludisme. Quel est l’intérêt de cette activité ?

Cyriaque Ngombé : Merci beaucoup, c’est une activité qui s’inscrit dans le cadre de l’Observatoire de santé, TAW-RCA que Seni Na Maïngo anime.  Cet Observatoire est un dispositif de veille communautaire qui permet de faire un suivi de l’accès aux soins et aux traitements du VIH-Sida, de la Tuberculose et du Paludisme ainsi que de la Covid-19 et d’autres pathologies si possible. Dans une des approches de l’Observatoire, il est question d’informer et de sensibiliser la population sur leurs droits à la santé. Nous disposons des animatrices qui ont été formées sur les droits à la santé des patients et elles organisent des séances de causeries éducatives dans les formations sanitaires. C’est vrai, nous informons des usagers des services de santé dans les formations sanitaires mais il est aussi important qu’on puisse toucher  la population dans la communauté. C’est la raison pour laquelle nous avons mobilisé toutes nos animatrices communautaires et elles vont réaliser des séances de sensibilisation porte à porte d’abord dans la communauté du 7ème arrondissement de Bangui.

Oubangui Médias : Aujourd’hui vous mobilisé vos animatrices autours du traitement du paludisme, est-ce que le personnel soignant respecte-t-il la gratuité des soins liés au paludisme dans les formations sanitaires ?

Cyriaque Ngombé : C’est effectivement des raisons qui nous ont amené à choisir le thème de sensibilisation sur le paludisme, la gratuité des soins de cette pathologie. A travers les observations que nous réalisons dans les formations sanitaires, nous avons remarqué qu’il y a une faible fréquentation des formations sanitaires pour les soins et traitements du paludisme.

Cette faible fréquentation est due au fait que dans les formations sanitaires, la prise en charge du paludisme est parfois payante. Par exemple, le Test de Dépistage Rapide du paludisme un examen gratuit mais c’est la goutte épaisse qui est payante. Malheureusement, le plus souvent, on offre la  goutte épaisse parce qu’il y a l’argent derrière et on laisse le Test de Dépistage Rapide.

En ce qui concerne le traitement, nous avons remarqué que le Croatem qui est un traitement gratuit n’est pas prescrit aux patients mais le personnel soignant préfère prescrire l’Artemeter comprimé ou injectable que le patient doit, soit payer sur place, soit payer dans une pharmacie en dehors de la formation sanitaire.

C’est tout ça qui fait que quand quelqu’un arrive dans une formation sanitaire pour le traitement du paludisme, il trouve que c’est couteux et cela l’oblige à se faire soigner à la maison en se servant des produits des pharmacies parfois non conventionnelles. C’est la raison pour laquelle, nous pensons que c’est important pour informer, sensibiliser la population sur leurs droits à la prise en charge gratuite du paludisme dans les formations sanitaires,  de manière à ce que lorsque les patients arrivent dans ces centres et que leurs droits ne sont pas respectés, qu’ils soient à mesure de les revendiquer ou d’interpeller l’Observatoire TAW-RCA.

Oubangui Médias : Dites-nous, quelle est la catégorie des personnes qui doivent bénéficier de cette prise en charge gratuite du paludisme ?

Cyriaque Ngombé : La prise en charge du paludisme dans les formations sanitaires est gratuite pour tout le monde, notamment les femmes enceintes, les enfants et les adultes.  Cette gratuité est prévue en ces qui concerne le traitement par le Croatem  et le Test de Dépistage Rapide.  Les autorités ont décroché un gros financement du Fonds Mondial de lutte contre le Sida, la Tuberculose et le Paludisme et les kits ainsi que les médicaments sont disponibles.

Oubangui Médias : Mais en tant qu’Observatoire, faites-vous aussi un travail auprès du personnel de santé pour les pousser à respecter le principe de gratuité des soins liés au traitement du paludisme pour toute la population sans exception ?

Cyriaque Ngombé : A notre niveau, chaque mois, nous publions des rapports sur l’accès aux traitements dans son ensemble et nous regardons aussi l’aspect de la gratuité.  Lorsqu’on observe qu’il y a non-respect de ce principe, nous relevons dans nos rapports et nous informons la hiérarchie qui s’occupe par exemple de la lutte contre le paludisme. Malheureusement, pour certains centres, il n’y a pas d’amélioration, dans certaines formations sanitaires, la situation persiste et perdure. Nous informons tout le monde, même au niveau du ministère de la santé publique et de la population.

Oubangui Médias : Mais les gens ne prennent pas des mesures pour sanctionner ceux qui ne respectent et qui utiliseraient ces médicaments aux fins de commerce, quelles sont les autres actions que vous pouvez prendre au niveau de l’Observatoire ?

Cyriaque Ngombé : L’une des mesures que nous prenons, je pense que c’est cette activité de sensibilisation et d’information de la population. Nous pensons que c’est le moyen pour permettre à la population de réclamer ses droits à la gratuité des soins liés au paludisme. Plus la population est informée sur  ses droits en matière de la prise en charge gratuite du paludisme, plus elle saura les revendiquer une fois dans les formations sanitaires et qu’on leur demande de payer ce qui ne doit pas être payé. Avec cette stratégie, petit à petit, la situation pourra s’améliorer et les prestataires de santé pourront changer de comportement pour que la gratuité des soins du paludisme soit respectée.

Oubangui Médias : Pourquoi avez-vous d’abord ciblé le 7ème arrondissement pour commencer cette sensibilisation, ça ne marche pas ici ?

Cyriaque Ngombé : Justement, dans le rapport d’Observatoire, il y’a dans les formations sanitaires où nous avons une récurrence en terme de la facturation du traitement du paludisme. Nous avons aussi des centres de santé dans cet arrondissement où se pose ce problème. Autre raison, nous sommes basés dans le 7ème arrondissement et nous avons préféré commencer ici avant d’atteindre les autres arrondissements, notamment le 8ème et le 4ème arrondissement vont suivre le 7ème arrondissement.  Là, nous visons au moins 2000 personnes soit ……ménages.

 Oubangui Médias : Votre message à l’endroit de la population et des autorités ?

Cyriaque Ngombé : A la population, le meilleur endroit pour faire le traitement du paludisme c’est dans une formation sanitaire. Le paludisme présente encore un risque très élevé pour la santé publique et il doit être traité par le personnel bien qualifié, selon le protocole sanitaire qui existe. Les dispositions sont prises pour une prise en charge gratuite dans les formations sanitaires, même si cela pose encore problème.

Pour les autorités notamment le ministère de la santé, nous leur demandons de faire des supervisions régulières afin de s’assurer de la qualité de la prise en charge dans son ensemble et de s’assurer du respect des directives en termes de la prise en charge gratuite du paludisme. C’est cela qui va aider la population à avoir confiance  et de venir fréquenter les formations sanitaires pour limiter les nombreux cas de mortalité due au paludisme dans le pays.

Oubangui Médias : Cyriaque Ngombé, coordonnateur de Seni Na Maïngo, nous vous remercions.

Cyriaque Ngombé : C’est à moi de vous remercier pour l’intérêt que vous portez à nos activités

Interview réalisée par Fridolin Ngoulou