Le président de la République Faustin Archange Touadera, a célébré le mercredi 30 mars le premier anniversaire de son second quinquennat à l’hémicycle de l’assemblée nationale à Bangui en présence des autorités nationales et du corps diplomatique. Présentant son bilan, le président a relevé plusieurs défis qui freinent l’élan de la mise en œuvre de sa politique. 

Le président Touadera avait été réélu pour un second mandant dans un contexte de violences électorales, orchestrées par la Coalition des Patriotes pour le Changement (CPC) de l’ancien président de la République François Bozizé. Il avait entamé son mandat par la lutte pour la reconquête du territoire, autrefois occupé à 80% par les groupes armés, pourtant signataires de l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation Nationale (APPR) du 6 février 2019 entre le gouvernement et les 14 groupes armés.

« L’armée centrafricaine qui à un certain moment de l’histoire du pays était tribalisée et divisée est aujourd’hui restructurée et unifiée », a déclaré le président Touadera ajoutant que ces forces de défense et de sécurité montent en puissance grâce à sa vision de construire une armée de garnison. « En si peu de temps, des milliers des jeunes ont été recrutés dans les quatre coins du pays dans les Forces Armées Centrafricaines, la Police et la Gendarmerie », a-t-il ajouté.

Avec l’appui des alliés russes et rwandais mais aussi des forces de la Minusca, l’armée nationale a pu récupérer plus de 80% du territoire national. Elle a détruit plusieurs bases des rebelles, contraignant ainsi les leaders des groupes armés en exil, même si les groupes armés restent nuisibles par endroit car se retrouvant pour la plus part dans la brousse avec leurs armes, ils tendent des embuscades aux populations civiles et aux forces loyalistes.

Un an après sa réélection, le président Faustin Archange Touadera fait face à une bataille diplomatique au sujet des paramilitaires russes, déployés pour former les FACA et es accompagner sur le terrain. Ces paramilitaires accusés pour violation des droits de l’homme, plusieurs pays et partenaires ont restreint leurs aides à la Centrafrique, plongeant ainsi le pays dans une précarité économique et financière. Malgré ce défi majeur pour son économie, le pays fait face toujours à ses besoins régaliens et continu des négociations pour que les partenaires lèvent ces mesures.

Dans son discours de circonstance, le président a énuméré plusieurs autres défis dont l’un inscrit dans sa profession de foi et qu’il tient à relever est la santé. C’est ainsi qu’au début de son second quinquennat, marqué par la pandémie du COVID-19, il a mis le cap sur ce secteur par la réhabilitation et la construction des infrastructures sanitaires tant à Bangui que dans l’arrière-pays : « L’objectif poursuivi est de réduire la mortalité maternel et infanto juvénile qui montent en puissance dans notre pays. C’est dans cette perspective qu’un plan national de développement sanitaire de troisième génération a été élaboré et orientera nos actions durant les cinq années à venir. En dépit de contraintes causés par le COVID-19 ayant limitées l’accès des populations au service de santé, nous avons maintenu notre statut de pays libre de virus sauvage de la poliomyélite. Je suis heureuse de vous annoncer que l’Allianz- Gaz a renouvelé mon titre de champion de la vaccination », a expliqué le Président Touadera.

Aussi, le président a souligné avoir accordé une importance particulière à l’éducation. Alors que le budget de l’éducation devrait passer de 8 à 15%, ce secteur connait toujours des difficultés. C’est ainsi que des avancées significatives sont enregistrées ces derniers temps aussi bien au niveau des ressources humaines qu’au niveau des infrastructures de l’éducation pour répondre à ces difficultés.

Un autre défi qui est en train d’être progressivement relevé, est la route. Le problème de route en Centrafrique devient de plus en plus préoccupant. Le président Touadera dit qu’il va consacrer son second mandat au relèvement des routes qui sont en train d’être construites, tant dans la capitale que dans les arrière-pays: « le tableau non exhaustif  mis en œuvre se présente comme suit : étude de réhabilitation de la section de route Ndele -Birao, la second voie menant à l’aéroport de carrefour ASECNA avenue de France carrefour relais SICA , étude de pont du M’Poko au pk9 route de Mbaïki,  la construction d’un pont sur Oubangui reliant Bangui à Zongo …» a-t-il énuméré.

Quid de la lutte contre l’impunité ?

Le président Touadera avait annoncé dans son discours d’investiture le 30 mars 2021 que la lutte contre l’impunité, la corruption et la justice sont comme une « colonne vertébrale » de son second mandat. Il avait annoncé des reformes pour accélérer la machine judiciaire encore très lourde.

Cette promesse phare reste encore mitigée en dépit des efforts fournis pour sanctionner les militaires à travers le tribunal militaire permanent qui a repris les audiences.

La question de lourdeur de la machine judiciaire reste un défi à relever par le président Touadera qui avait, lui-même lors de la rentrée judiciaire 2022 reconnu que 75% des détenus dans les maisons d’arrêts sont en détention préventive.

Le dialogue républicain, l’un des promesses de Touadera

La tenue du dialogue républicain pour décrisper les tensions politiques, sécuritaires, diplomatiques et économiques avait fait partie des annonces du président Touadera au lendemain des élections.

Ce dialogue qui s’est finalement tenu avant l’an un de son second mandat est une force pour Bangui qui veut renouer avec la concorde nationale avant d’amorcer un véritable développement du pays.

Même si une partie de l’opposition démocratique a boycotté cette rencontre, elle est une réussite pour les participants et le gouvernement qui veut s’atteler à mettre en application les recommandations dudit dialogue.

En effet, à travers ce dialogue, le gouvernement veut rassurer en même temps les partenaires techniques et financiers pour poursuivre leurs appuis au peuple centrafricain en ce moment difficile où l’économie de guerre a fragilisé les investissements dans divers domaines.

Un bilan entaché

 Nombreux sont ceux qui croient au bilan du président Touadera mais certains observateurs estiment que ce bilan reste mitigé.

Mitigé en entaché par le fait que la sécurité n’est pas encore restaurée sur l’ensemble du pays et que les tensions politiques et diplomatiques persistent encore en dépit du dialogue qui vient de s’achever.

La gestion de la sécurité reste au cœur de toute préoccupation des centrafricains qui aspirent vivre en paix et contribuer au développement de leur pays avec des partenaires soucieux de voir ce pays sortir de l’ornière, sans ingérence aucune.

Enfin, un bilan aussi entaché par le fait que les crimes économiques ne sont pas encore farouchement combattus en RCA. Ceux qui détournent les biens publics jouissent encore de liberté alors que le pays fait face à une crise financière.

 Le chef de l’Etat doit mettre les bouchées doubles pour traduire devant la justice les auteurs de détournement et de la dilapidation des biens de l’Etat.

Le cap est mis sur l’an 2 du second mandat où plusieurs défis attendent le président Touadera et le gouvernement.

Dorcas Bangui Yabanga  et Fridolin Ngoulou