La ville de Ndele, considérée comme un enfer retrouve sa quiétude. Cette zone a été sous la coupe des groupes dès les premières heures de la rébellion de la Seleka en 2013. A ce jour, l’autorité de l’Etat est restaurée. Des infrastructures sont réhabilitées mais les fonctionnaires affectés dans la ville, située à plus de 600 Km au nord de la République Centrafricaine, n’ont encore tous pris service. Jean Gilbert Gbagoudou, sous-préfet de Ndele et préfet intérimaire du Bamingui-Bangoran a soutenu que pour le moment, rien de bloque l’autorité de l’Etat dans sa zone de juridiction. Il était interviewé la semaine dernière, lors d’une mission de presse d’Oubangui Médias, facilitée par la Minusca.


Oubangui Médias : Bonjour monsieur le préfet intérimaire de Bamingui-Bangoran. Nous sommes actuellement à Ndele, comment se présente la situation sécuritaire ?


Jean Gilbert Gbagoudou: Merci, après la signature du pacte de non-agression et de bonne cohabitation entre les parties belligérantes de Bamingui-Bangoran, à cela s’ajoute la présence des forces de la Minusca, des Forces Armées Centrafricaines (FACA), des Forces de Sécurité Intérieure (FSI) ainsi que les forces alliées, la situation sécuritaire est relativement calme. Pour preuve, la population vague librement à ses occupations.
La Minusca nous a beaucoup soutenus après les multiples crises à Ndele. Elle a prêté la main forte aux autorités pour que ce pacte soit signé.
Si aujourd’hui nous sommes là, ce qu’après la dernière crise, les gens ont pris conscience pour se réconcilier. En conséquence, il y a la libre circulation.


Oubangui Médias : Il y a plusieurs forces ici, travaillent-elles en synergie pour contrôler la frontière là où des bandits armés passent pour semer des troubles dans le pays ?


Jean Gilbert Gbagoudou : La Minusca et nos forces travaillent en collaboration. Les forces de la Minusca, les FACA et les FSI font des patrouilles dans la ville. Nos alliés entrent un peu en profondeur dans les villages. Cela garanti la sécurité car au départ, nous vivions dans la peur mais à l’heure actuelle, il y a la quiétude.


Oubangui Médias : Le pacte est signé, la paix est revenue suite à la présence des forces conventionnelles mais est-ce que tous les fonctionnaires de l’Etat sont-ils là ?


Jean Gilbert Gbagoudou: La majorité des fonctionnaires est en place mais d’autres trainent encore les pas à Bangui. Ils pensent que Ndele c’est l’enfer, or, à l’heure actuelle, la préfecture est pacifiée, le calme est revenu. Malheureusement, ils sont à Bangui au vu et au su de tous. Leur place est ici dans la Bamingui-Bangoran.


Oubangui Médias : La Minusca soutient-elle la restauration de l’autorité de l’Etat ici à Ndele?


Jean Gilbert Gbagoudou: Effectivement. Dès notre arrivée à Ndele, c’est grâce à la Minusca que la résidence et le bureau administratif ont été réhabilités. A l’heure actuelle, la Minusca a réhabilité la préfecture, la sous-préfecture, même la gendarmerie est en train d’être construite y compris le palais de justice.
Rien ne bloque la restauration de l’autorité de l’Etat à Ndele.
Nous avons des infrastructures qu’il faut pour servir à tous les fonctionnaires. C’est vrai qu’il manque des équipements mais les infrastructures sont là.


Oubangui Médias : D’ici quelques semaines, le pays connaitra le dialogue Républicain. Comment Bamingui-Bangoran se prépare pour ce rendez-vous de recherche de pays ?


Jean Gilbert Gbagoudou: Ici, la population veut la paix. Elle apprécie le dialogue Républicain en cours de préparation. La population veut à ce que ce dialogue soit inclusif pour que la paix revienne définitivement dans le pays. Un dialogue inclusif mais pas avec ceux-qui doivent répondre de leurs actes devant la justice.
En effet, pour que la paix soit effective, la population doit aller vers le pardon. Elle doit se réconcilier et cultiver l’esprit du dialogue pour la résolution de tout conflit.


Oubangui Médias : Votre préfecture est éloignée de la capitale quelles sont vos plus grandes difficultés ?


Jean Gilbert Gbagoudou: Oui, sur le plan social, il y a une baisse de niveau de vie de la population faute des activités génératrices de revenu. Il n’y a pas assez des projets et des ONG humanitaires ici à Ndele pour occuper les jeunes.
Il y a aussi la mise en œuvre des activités des Unité Spéciales Mixte de Sécurité (USMS) qui tarde. Il y a des ex combattants qui avaient déposé des armes et qui attendent l’opérationnalisation des USMS. Nous attendons avec impatience pour regorger les jeunes. Nous souhaitons aussi l’organisation des CVR de la Minusca en faveur des jeunes.
Notre grand souci, c’est la dégradation avancée des routes et des pistes. Les habitants proches de Ndele éprouvent des difficultés à acheminer leurs produits sur les marchés.
Aussi, l’une des difficultés se trouve au niveau de l’administration. Nous avons des bâtiments non équipés. Même à la préfecture ici, il nous manque d’ordinateurs. Tout se passe en manuscrit et par intermédiaire si nous voulons acheminer des documents administratifs à Bangui.
Les multiples sensibilisations que nous faisons, nous les exécutons à pieds, sans moyens roulants. Nous devons beaucoup à la Minusca qui nous transporte pour visiter des secteurs reculés. La préfecture a besoin de ses propres moyens roulants notamment le véhicule de commandement.
Au niveau du lycée, il y a un manque d’infrastructure et des enseignants titulaires. Pendant la crise, le lycée a été vandalisé, une partie incendié. Nous attendons à ce que ce lycée soit réhabilité.
Plus loin au niveau de l’hôpital, il y a un manque de l’ambulance. Pour évacuer les patients des villages environnants, le référencement se fait par des motos. Il y a aussi un manque du personnel qualifié au niveau de l’hôpital. Si l’hôpital avait le personnel qualifié pour améliorer la qualité des soins de santé, cela pouvait améliorer la situation sanitaire.


Oubangui Médias : Vous avez évoqué plusieurs difficultés, qu’en est-t-il de la justice ? Est-elle présente dans la ville ?


Jean Gilbert Gbagoudou: Il y a effectivement la justice ici à Ndele. Le palais de la justice est d’ailleurs en construction à l’heure actuelle. Mais la chaine judiciaire qui était là récemment s’est retirée à Bangui à cause de la crise. Nous attendons leur redéploiement.


Oubangui Médias : Monsieur le préfet intérimaire, dites-nous comment se préparent déjà les élections locales de 2022 dans la Bamingui-Bangoran ?


Jean Gilbert Gbagoudou: Nous avons commencé à préparer ces élections par des séances de sensibilisation. A l’heure actuelle, il y a une mission de l’ANE qui séjourne dans la préfecture avec l’Organisation des Jeunes Leaders pour le Développement (OJLD). Elle organise des sensibilisations en faveur de la participation des femmes et des personnes vivant avec le handicap aux prochaines élections locales et municipales. Les dispositions se prennent déjà en attendant des choses précises.


Oubangui Médias : Monsieur Jean Gilbert Gbagoudou, vous êtes préfet intérimaire de Bamingui-Bangoran, nous vous remercions.


Jean Gilbert Gbagoudou : Le plaisir est pour moi de vous remercier pour avoir faits le déplacement de Ndele. Merci.

Interviews Réalisée à Ndele par Fridolin Ngoulou