Créée en 2020 dans le cadre du processus de justice transitionnelle en République centrafricaine, la Commission vérité, justice, réparation et réconciliation (CVJRR) a connu plusieurs difficultés ayant freiné son fonctionnement. Pour faire le point sur l’état d’avancement de ses activités, ses défis et les attentes des victimes, Oubangui-Médias s’est entretenu avec son porte-parole, le commissaire Ferdinand Marcel Ngbokoli. Il assure que la Commission est engagée dans une phase de relance et appelle les victimes à la patience et à la confiance.
Oubangui-Médias : Bonjour, Ferdinand Marcel Ngbokoli. Depuis la création de la CVJRR en avril 2020, où en est aujourd’hui la Commission ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Bonjour monsieur le journaliste ! Dans un premier temps, je voudrais humblement vous remercier de l’occasion que vous nous donnez pour échanger sur la situation de la CVJRR. À ce jour, la CVJRR se trouve dans une phase de relance institutionnelle et de consolidation. C’est vrai qu’après des difficultés majeures qui ont affecté son fonctionnement en 2024, les autorités de la République ont engagé un processus permettant de reprendre sa mission dans un cadre renouvelé et plus stabilisé. Et cette dynamique s’est traduite par la prestation de serment des 11 commissaires le 10 avril 2025 à Bangui. Et cela marque la volonté de redonner à la Commission vérité, justice, réparation et réconciliation les moyens institutionnels de poursuivre éventuellement son mandat, à savoir contribuer à la manifestation de la vérité, à la reconnaissance des souffrances endurées par les victimes, à la recherche de la justice.
Par ailleurs, la signature le 17 décembre 2025 d’un protocole de collaboration entre la CVJRR et la Cour pénale spéciale constitue également un signal institutionnel fort. Ce partenariat vise à mieux articuler les dimensions judiciaires et non judiciaires de la justice traditionnelle dans une perspective de mieux servir les victimes, de lutter contre les impunités, de consolider durablement la paix en République centrafricaine. En termes institutionnels, on peut donc dire que la CVJRR est en train de finir la phase préparatoire et amorcer la phase opérationnelle.
C’est pourquoi elle se trouve à son moment décisif de son parcours. Celui de rétablissement de sa crédibilité et du renforcement de son efficacité. Voilà de manière brève où en sommes-nous et d’ailleurs, la CVJRR a présenté déjà la feuille de route depuis la semaine passée, notamment les 24, 29 et 30 juin à des partenaires du gouvernement, à des partenaires institutionnels des PTF et également des organisations de la société civile centrafricaine et les médias qui en font partie.
Oubangui-Médias : Lors de sa récente visite en Centrafrique, l’expert des Nations unies sur les droits de l’homme, Aristide Nononsi, a évoqué les nombreux défis auxquels fait face la Commission. Quels sont-ils ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Avec la nouvelle équipe, nous avons identifié plusieurs défis. Il s’agit notamment de l’opérationnalisation de l’unité de protection des victimes et des témoins, des difficultés financières liées aux tensions de trésorerie de l’État, ainsi que des contraintes logistiques. Nous devons également mettre en place un centre de traitement et d’archivage des données. Ce sont les principaux défis auxquels nous faisons face depuis l’installation des nouveaux commissaires.
Oubangui-Médias : Avez-vous saisi le gouvernement sur ces difficultés ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Oui. La situation de la Commission a été portée à la connaissance des autorités compétentes. L’enjeu est désormais que cet appui se traduise concrètement par des moyens financiers, logistiques et un cadre de travail stable permettant à la Commission d’accomplir pleinement son mandat.
Oubangui-Médias : Certains estiment que la Commission est politisée, ce qui nuirait à son indépendance. Que leur répondez-vous ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : L’article 2 de la loi du 7 avril 2020 portant création, organisation et fonctionnement de la CVJRR lui garantit une autonomie administrative, financière, juridique et technique ainsi qu’une indépendance vis-à-vis des autres institutions de la République.
Toutefois, dans un contexte aussi sensible, l’indépendance ne se mesure pas uniquement à travers des textes ou des déclarations. Elle se démontre par la qualité de la gouvernance, la transparence, la représentativité de l’institution et sa capacité à répondre aux attentes des victimes. C’est à travers notre gestion que chacun pourra apprécier notre indépendance.
Oubangui-Médias : Beaucoup de victimes disent avoir perdu confiance en la Commission en raison de la lenteur du processus. La CVJRR n’est-elle pas en train de passer à côté de sa mission ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Cette question mérite d’être abordée avec responsabilité. Nous reconnaissons qu’il y a eu des lenteurs, notamment en raison des difficultés institutionnelles rencontrées. Cela a pu susciter de l’incompréhension, de la déception et parfois un sentiment d’abandon chez certaines victimes.
Mais la vocation de la CVJRR demeure inchangée : écouter les victimes, reconnaître leurs souffrances, établir la vérité, favoriser la justice et préparer les conditions d’une réparation ainsi que d’une réconciliation durable. Aujourd’hui, la relance institutionnelle engagée doit justement permettre d’accélérer ce processus.
Oubangui-Médias : Comment comptez-vous redonner espoir et confiance aux victimes ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : En allant vers elles, en garantissant leur sécurité, en leur donnant la parole et en les associant davantage au processus. Nous travaillons déjà en étroite collaboration avec les associations de victimes et les organisations de la société civile afin qu’elles soient informées et consultées à chaque étape.
Oubangui-Médias : Les victimes affirment pourtant qu’elles ne sont pas suffisamment associées aux prises de décision. Que leur répondez-vous ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Cette préoccupation est tout à fait légitime. Une commission vérité ne peut réussir sans une participation active des victimes. Elles sont au centre de toutes nos actions. Elles doivent être écoutées, consultées et considérées comme de véritables parties prenantes du processus. C’est dans cette logique que nous poursuivons notre travail avec les organisations de victimes, la société civile et nos partenaires.
Oubangui-Médias : Où en est la mobilisation des partenaires à la suite de la table ronde organisée récemment ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Cette table ronde a été un véritable succès. Elle a réuni le gouvernement, les partenaires techniques et financiers, la société civile ainsi que les médias. Nous avons constaté un engagement collectif autour de la feuille de route de la CVJRR. Les différentes parties prenantes ont exprimé leur volonté d’accompagner la Commission dans l’accomplissement de sa mission.
Oubangui-Médias : Pour conclure, quel message adressez-vous aux victimes ?
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Mon message est avant tout un message de paix. La paix véritable ne se construit ni dans l’oubli ni dans le déni. Elle repose sur la vérité, la justice, la réparation, la dignité des victimes et la volonté collective de ne plus replonger notre pays dans la violence. J’appelle toutes les victimes ainsi que l’ensemble de la population centrafricaine à garder espoir. C’est ensemble que nous construirons une paix durable.
Oubangui-Médias : Monsieur Ferdinand Marcel Ngbokoli, merci pour cet entretien.
Ferdinand Marcel Ngbokoli : Merci beaucoup.
Interview réalisée par Caleb Zimango Bango

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