les femmes entrepreneures étaient venues de toute l’étendue du territoire national et de la Diaspora pour participer au 1er salon national des femmes entrepreneures centrafricaines durant 5 jours, du 04 au 09 mars 2024, organisé par la Fédération des Associations des Femmes Entrepreneures de Centrafrique (FAFECA).  Ces jours ont été dédiés pour exposition de leurs produits à l’Omnisport, une première fois en Centrafrique. Oubangui Médias avait rencontré certaines qui parlent librement de leurs entreprises et des activités qu’elles mènent avec détermination et cohérence afin de promouvoir l’autonomisation de la femme centrafricaine.

Il est important de souligner que, l’entrepreneuriat féminin est un élément crucial du développement économique et social. Encourager les femmes à faire preuve d’abnégation de prendre toutes leurs responsabilités à tous les niveaux était la bienvenue car, les femmes sont aussi une matrice pour relancer l’économie et le développement du pays.

Mme Ouikon Marthe, une femme entrepreneure dans l’agrobusiness

Cette dame a commencé ses activités, depuis sa jeunesse. Elle aime cultiver le champ et vivre des produits de la terre nourricière et faire du commerce. Autrefois à son lieu de service, elle vend déjà des galettes, yaourts et des petits gâteaux à ses collaborateurs. Elle tient une boutique exotique à la sortie nord à Begoua.

A base des produits locaux, Ouikon Marthe transforme tout en cosmétique, alimentation : « Je fais beaucoup de choses avec des plantes médicinales locales, de la savonnerie, de l’huile essentiel et des confitures. Je ne peux pas rester sans rien faire. J’ai commencé à faire mon champ de Moringá de 1 hectare au village « Batayanga » à 37 km sur la route de Boali », relève-t-elle.

Mme Ouikon a appris la saponification, la fabrication de savon composé à l’huile de palme communément appelé en langue Sango Mokpakpa. « Et c’est ainsi que, j’ai commencé à étudier, à faire des recherches sur des feuilles qui ont des vertus médicinales pour fabriquer des savons à base des autres plantes locales entre autres, Ndolet, Moringá, Barabokassa, Nim, et hartier avec la plante hartier, c’est uniquement pour soigner la teigne qui attaque les chevelures chez les enfants. Des savons qui procurent plus de bien dans le domaine de la dermatologie chez nos citoyens », témoigne cette dame.

Hormis la saponification, Marthe Ouikon fait des confitures, toujours à base des fruits locaux tels que, le sirop de gingembre, les confitures de papaye, d’orange, de goyave, du jus de citron et de gingembre ainsi que toute sorte de fruits qu’on peut trouver localement. Concernant les huiles essentielles, de carotte, de karité etc. et ce sont bien de produits cosmétiques.

Pour cette femme entrepreneure, son autonomisation provient de toutes ces activités entreprises, qui sont très bénéfiques pour elle et sa famille : « Je suis contente de ce que je fais. Je ne dépends de personne, et je dépends seulement de Dieu. Car ma force ne vient de nulle part » souligne-t-elle en ajoutant sa force réside dans tout ce qu’elle fait. Elle ne se lamente pas. Si aujourd’hui elle a envie de préparer un mets spécial pour la famille, elle est capable de faire sortir l’argent, même si elle tombe malade, elle peut se prendre en charge médicalement. Et enfin répondre aussi aux problèmes des parents.

Les problèmes auxquels les femmes entrepreneures sont confrontées en Centrafrique sont les emballages. Dis-t-elle en ces termes : « Nous n’avons pas de partenaires commerciaux qui interviennent dans ce secteur pour nous donner accès aux différentes qualités d’emballages. J’ai beaucoup des produits mais, je n’ai pas d’emballages. Il faut recycler les bouteilles en verre ou en plastique, les stériliser, et pour en trouver c’est difficile. Il faut faire des commandes, soit aller acheter au Cameroun. Cela fait plus de dépenses supplémentaires ».

En effet, il faut une solution durable pour ces femmes entrepreneures et entreprenantes centrafricaines qui font des produits manufacturés à la main. L’un des problèmes est que ces femmes ne sont pas accompagnées par les banques de développements, car il en n’existe pas dans le pays. Mme Marthe Ouikon déplore : « Avec un petit capital, ce n’est pas facile de répondre aux normes standards régionaux ou internationaux. Comme l’on constate ailleurs, au Cameroun et en Afrique de l’ouest et australe les femmes reçoivent des subventions, elles sont appuyées et accompagnées et produisent plus de quantités et de qualités. Et c’est ce qui marque la différence entre nous et les autres femmes. Heureusement que la FAFECA vient porter haut nos soucis majeurs ».

La lutte actuelle de cette dame, c’est la labellisation de ses produits. «  J’ai déjà eu mon NIF, je me suis déjà inscrite au registre de commerce, je vais mener les démarches auprès de l’Organisation Africaine pour la Propriété Intellectuelle (OAPI) pour obtenir mes brevets afin de protéger mes marques », projette Marthe Ouikon.

Mme Yavala DekpaliJoanna, présidente de l’association pour la promotion du genre et le développement (ASPROGED) de Pk13

Mme Yavala, l’une des femmes entrepreneures membres de la FAFECA, parle de l’utilité de la journée de 8 mars ainsi que les activités que mène son organisation.

« Nous préparons la journée de 8 mars 2024 qui, concerne les femmes en générale et particulièrement les centrafricaines. Ce jour ne doit pas être confondu par les femmes, pour se focaliser sur la coiffure et la beauté, de s’habiller, des boire et manger. Ce qui est important, c’est la réflexion sur la situation de l’autonomisation de la femme centrafricaine. Qu’est-ce que peut faire la femme pour être émancipée parmi ses paires ? C’est ce qui nous a réunies du 4 au 9 mars 2024 ».

Son association se trouve à pk 13. Mme Yavala apprécie les femmes qui ont fait beaucoup de choses à la main. Son association a aussi exposé des produits tels que, les variétés de savons, la crème de massage à base des noix de palme, la graisse de serpent boa, l’huile de karité. ASPROGED fabrique aussi le savon liquide de lave main, le baume à lèvre avec du miel que les gens utilisent en période de saison sèche.

Cette association regroupe les femmes pour leurs apprendre des métiers comme la couture, la saponification, comment renforcer leurs connaissances dans des différents domaines pour qu’elles soient capables et véritablement autonomes. « Si nous obtenons des financements, nous allons lancer l’alphabétisation afin que les femmes sachent écrire, lire et compter. Nous avons constaté qu’il y a une fossé entre les femmes et les hommes sur le fait juste de présenter les produits et d’attirer la clientèle »

Selon la présidente de l’ASPROGED, les femmes ont envie d’apprendre de nouvelles connaissances sur la transformation mais, les moyens de la mise œuvre des projets n’existent pas. Après le Salon national des femmes entrepreneures de Centrafrique, il faut que la FAFECA plaide auprès des partenaires pour poursuivre la formation en production et transformation des produits agroalimentaires, un vaste chantier qui va contribuer au développement rapide du pays.

Alexandra Boma, présidente de l’association des femmes de Kaga-Bandoro

Cette dame, lauréate du concours de startup organisé pendant le Salon National sur l’Entrepreneuriat Féminin (SANEF) par la FAFECA veut révolutionner le secteur de la production des poulets paysans. Elle fonde sa vision sur un constat.  « Je vois qu’en Centrafrique, la population consomme plus de poulets congelés, dosés avec beaucoup d’hormones, importés de l’Europe et de l’Amérique latine et parfois ces produits sont périmés. C’est ainsi que, au sein de notre entreprise « Boarding on Business » « embarquons dans le business », nous proposons cette alternative de produire des poulets sauvages et les vendre rien que pour la consommation locale à un prix abordable selon la grosseur du poulet entre 1500 F FCA a 3000 F CFA »

En tout, Alexandra Boma dispose de 400 poulets sauvages. Elle a amené 135 poulets à Bangui pour l’exposition et vente. Il y a des poules qui pondent de 8 à 12 œufs. « Mon objectif est d’atteindre 1.000 poulets sauvages », projette-t-elle.

Selon elle, les clients hors de Kaga-Bandoro, qui passent une commande de plus de dix poulets, l’entreprise leur livre en prenant en charge le transport. « Ce dont, j’ai besoin des machines pour concasser et décortiquer, au vu du nombre élevé de volaille, cela engendre systématiquement plus de dépenses. Nous projetons d’installer au Cameroun, et en Afrique de l’ouest pour valoriser la production des poulets sauvages », ajoute Alexandra Boma.

La production du poulet paysan en grande quantité, en moindre coût peut contribuer à réduire la consommation des produits parfois avariés sur les marchés, aux conséquences incalculables sur la santé de la population.

Cette dame attend de la FAFECA et des partenaires l’appui conséquent pour se doter des machines qui serviront à décortiquer des aliments que vous consommer les poulets. Tout est naturel pour garantir la santé et faire tourner localement l’économie.

Ndagbia Patricia Nadège, présidente de l’organisation nationale des femmes rurale de Baoro

Le Salon National sur l’Entrepreneuriat Féminin  (SANEF) en Centrafrique est une rencontre de grande réflexion qui est focalisée sur les femmes centrafricaines. Mme Ndagbia Patricia Nadège affirme découvrir de bonnes choses. « Nous avons découvert des choses très intéressantes. Cela nous a plus aidés à renforcer nos capacités et de tester certaines femmes qui, sont capables de monter leurs projets et les présenter lors d’un concours, comme celui de Startup organisé par la Fédération des Associations des Femmes Entrepreneures en Centrafrique (FAFECA) », apprécie cette dame.

« J’ai l’honneur au nom des femmes de Baoro, de présenter notre projet sur la culture de haricot rouge, cela fait deux fois de suite que j’ai été médaillée par les autorités pour les travaux de champêtres. Ce projet est bénéfique pour toutes les communautés ou certaines qui n’ont pas l’occasion de produire de haricot rouge dans leurs zones, nous pouvons aller partout dans le pays pour leur monter les techniques de production de haricot rouge », a projeté la présidente des femmes de Baoro.

Pour elle, le sérieux problème c’est la pratique de l’agriculture rudimentaire. « Les gens n’ont pas assez de force pour cultiver des hectares de terre et nous ne faisons pas de bonne récolte parfois. Nous demandons au gouvernement de fournir des machines et des intrants de semences de qualité. Ces deux besoins vont beaucoup nous aider à réduire la pauvreté et l’insécurité alimentaire », justifie Mme Patricia Nadège Ndagbia.

L’un des soucis majeurs pour ces femmes, c’est la route qui freine les activités agricoles. C’est extrêmement difficile de sortir les produits en grande quantité dans les champs qui se trouvent à 10 ou 15 km à l’intérieur des villes. Pendant la saison des pluies, la situation catastrophique pour les cultivateurs à cause de la dégradation très avancée des routes.

Voungou Sylvie Glawdys, PDG de l’entreprise agrobusiness « Grace Divine »

Cette entreprise agrobusiness est constituée à majorité des femmes. Elles sont au nombre 10 et travaillent depuis 5 ans dans la transformation des produits céréaliers locaux et autres en République centrafricaine, notamment, le tubercule de manioc et le sésame.

En ce qui concerne le sésame, l’entreprise extrait de l’huile, fait de caramel, du chocolat et du biscuit et fait aussi de la pâte de sésame pour faire la sauce et une autre qualité de beurre de la pâte, mélangée avec du miel pour le petit déjeuner.

« On produit la chips de sésame que nous conseillons plus aux gens parce qu’il n y a pas de cholestérol dans le sésame, à la différence de l’arachide. Non seulement, le sésame est un aliment mais aussi, il soigne des maladies (Diabète, Tension artérielle, et autres) car, il a plus de vertus pour la santé », a présenté Mme Sylvie Glawdis Voungou.

Pour le tubercule de manioc, « nous le transformons au gari, atiekée, tapioca, chicouang, et la farine panifiable. Nous faisons la poudre de Nguiriki, préparons le Dadawan et séchons les feuilles de manioc, donc nous fournissons de produits naturels à nos clients surplace à Bangui et ceux de la diaspora », a-t-elle ajouté.

Elle lance un appel au gouvernement et aux partenaires : « Nous voudrions avoir l’appui des partenaires afin de produire une grande quantité d’huile et de donner l’accès à toute la population de consommer avec un prix abordable sur le marché. Notre attente est faire des productions de qualité, la transformation à la hauteur de la demande et la commercialisation aux normes internationales », lance-elle. Zarambaud Mamadou