Hamidou Talibi Moussa,  rapporteur général et porte-parole de la Commission Nationale des Droits de l’Homme au Niger et expert consultant auprès de la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de la Liberté Fondamentale en Centrafrique(CNDHLF) invite le gouvernement et ses partenaires à appuyer cette Commission et aux Centrafricains d’observer cette période électorale dans l’apaisement et le respect des droits de l’Homme.

Pendant que le pays s’apprête à élire ses représentants à l’Assemblée Nationale et le président de la République, la CNDHLF s’apprête à observer les cas des violations des droits humains. Même si cette commission éprouve des difficultés en termes de moyens, son rôle reste capital dans un pays comme la Centrafrique qui traverse une situation sécuritaire à risque.

(Sur la photo Hamidou Talibi Moussa à droite et Komengue Rock Joachim, président de la CNDHLF de Centrafrique à gauche)

RJDH : Monsieur Hamidou Talibi Moussa Bonjour.

Hamidou Talibi Moussa : Bonjour monsieur le journaliste

RJDH : Dites-nous dans quel contexte êtes-vous ici en Centrafrique.

Hamidou Talibi Moussa :  Je suis là comme expert de l’Association Francophone des Commissions Nationales des Droits Humains (AFCNDH) qui a donc décidé de soutenir la Commission Nationale des Droits de l’Homme et de la Liberté Fondamentale de la Centrafrique dans le cadre du monitoring des élections 2020-2021. Donc, je suis venu pour un partage d’expérience dans le cadre justement de monitoring des élections.  Nous avons fait une formation de 4 jours et nous sommes en train de travailler en comité restreint pour permettre à cette institution de faire face à sa mission de promotion et de protection des droits humains.

RJDH : Quel est le rôle d’une Commission Nationale des Droits l’Homme dans un pays ?

Hamidou Talibi Moussa : Une Commission Nationale des Droits Humaines est donc la vitrine de la démocratie dans un pays. Son rôle va au-delà du pays parce que,  au niveau des Nations-Unies, après avoir écouté l’Etat sur la situation des droits humains, c’est à la Commission qu’on donne la parole en premier. Voilà pourquoi dans sa constitution, cette Commission doit répondre au Principe de Paris.

RJDH : C’est quoi le principe de Paris ?

Hamidou Talibi Moussa : Certains pensent que ce sont des principes qui viennent de Paris non, ce sont des principes des Nations-Unies élaborés dans  le cadre d’une Assemblée Générale qui a été organisée par les Nations-Unies à Paris en 1993 où des théoriciens et des praticiens  des droits humains se sont retrouvés pour dire quels sont les principes qui doivent régir une institution nationale des droits humains. Je peux citer entre autres l’indépendance, le pluralisme dans sa composition, qu’elle soit aussi démocratique dans son fonctionnement et qu’elle ait une autonomie financière dans le cadre de l’exécution de ses activités.

RJDH : Mais en ce qui concerne la commission centrafricaine, est-ce le cas ?

Hamidou Talibi Moussa : En ce qui concerne la République Centrafricaine, sa Loi obéit à la quasi-totalité des principes que je viens de citer à l’exception du fait qu’elle ne relève pas de la Constitution, ce qu’elle n’est pas encore considérée comme une Institution de la République. Je pense qu’il faudra aller dans ce sens.

RJDH : Que dites-vous de sa mission sur le monitoring des élections ?

Hamidou Talibi Moussa : Dans le cadre de sa mission sur le monitoring des élections, elle doit veiller avant, pendant et après les élections dans la paix et le respect des droits humains en ce qui concerne les droits des électeurs et les droits des candidats. Donc, son rôle est de veiller à ce qu’il ait des élections participatives, inclusives, transparentes et qu’elles se déroulent dans la paix.

RJDH : Pour dire que vous avez déjà un partenariat avec l’Autorité Nationale des Elections (ANE) pour effectivement recenser les cas des violations des droits humains  pendant les prochaines élections?

Hamidou Talibi Moussa : Je dois dire que dans un pays, la Commission Nationale des Droits de l’Homme doit être au centre de toutes les institutions car elle est une institution transversale. Son rôle est de conseiller, de veiller à l’effectivité des droits et libertés. Dans le cas des élections, son premier partenaire est l’ANE et de ce point de vue, elle peut conseiller l’ANE  d’organiser les élections dans le respect des droits humains.

La Commission doit être accréditée pour faire l’observation avant, pendant et après les élections. Par exemple, elle peut développer une stratégie consistant déjà avant les élections à livrer un message de sensibilisation pour la paix, pour les élections transplantes et pour que les électeurs aillent voter dans le calme, dans le respect des droits des uns et des autres. Elle peut également lancer un appel à l’endroit des candidats eux-mêmes pour que dans les propos qu’ils vont tenir, dans leurs discours de campagne, qu’ils aillent dans le sens de la paix, de la cohésion, de l’unité nationale sans oublier que le contexte centrafricain est difficile. Nous organisons les élections dans un contexte où le pays fait face aussi à une situation sécuritaire préoccupante. Donc, il faut attirer l’attention des uns et des autres.

RJDH : Mais sur cette question, la Commission a-t-elle déjà commencé à lancer ces messages ?

 Hamidou Talibi Moussa : La Commission va commencer ce travail-là après cette formation que nous venons d’organiser. Elle a été outillée par deux experts, moi votre serviteur et un expert de la Minusca pour effectivement faire ce travail. Elle a déjà élaboré son programme d’activité allant dans le sens de préparer les élections sur l’ensemble du territoire. Au moins 200 observateurs vont remonter les informations sur le déroulement des élections. Cela va être un monitoring actif parce qu’il s’agit pour la Commission de voir où est-ce qu’il y a des problèmes et en temps réel de les remonter au niveau de l’ANE pour qu’il ait des améliorations.

RJDH : En tant qu’expert, vous avez observé la Commission depuis votre arrivée. Quel est l’apport de l’Etat pour donner un coup de main à cette Commission ?

Hamidou Talibi Moussa : Alors, du fait que la Commission Nationale des Droits de l’Homme ne soit pas inscrite dans la Constitution, cela fait que beaucoup d’autorités nationales pensent que ce n’est pas une institution importante alors qu’elle devrait être même la première institution du pays à être inscrite dans la Constitution. Vous savez quand nous prenons le préambule de la Constitution de la République Centrafricaine, le pays a ratifié les mécanismes plus importants, en commençant par la déclaration universelle des droits de l’Homme, les deux Pactes internationaux relatifs aux droits civils, politiques, économiques, socioculturels, la Charte Africaine des Droits de l’Homme et les autres mécanismes catégoriels. Donc, tout cela montre que la RCA a opté pour le respect des droits humains. Or, la Constitution qui doit veiller à ce respect n’a pas inscrit la Commission comme institution.

Mais, il ne suffit pas de l’inscrire mais de donner des moyens adéquats à cette Commission pour faire son travail.

RJDH : Pour dire que la Commission n’a pas les moyens de sa politique ?

Hamidou Talibi Moussa : Au vu des constatations et de l’état des lieux que nous venons d’effectuer, la Commission n’est pas dans les conditions de faire normalement son travail. Elle manque d’abord le local. C’est pourquoi je fais cette deuxième recommandation dans ce sens. La troisième recommandation est qu’elle doit bénéficier de l’appui de l’ensemble des institutions de la République et de l’appui de la communauté internationale  notamment les partenaires latéraux et multilatéraux. 

RJDH : Avez-vous  un appel à lancer aux centrafricains qui vont voter ?

Hamidou Talibi Moussa : En tant qu’expert dans le domaine des droits humains et frère africain, mon appel est que l’ensemble des centrafricains envisagent ces élections non pas comme une occasion qui doit les opposer mais comme un moment qui participe à la vitalité même de la démocratie. Il s’agit donc de renouveler les institutions et cela doit pouvoir se faire dans  le calme, le respect des droits humains. Il ne faudra pas que cette période électorale soit une source des tensions mais plutôt une occasion de se retrouver entre centrafricains et de pouvoir regarder dans la même direction.

RJDH : Monsieur Hamidou Talibi Moussa, vous êtes rapporteur général et porte-parole de la commission nationale des Droits de l’Homme au Niger et expert consultant auprès de la commission nationale des droits de l’homme et de la liberté fondamentale de Centrafrique. Je vous remercie.

Monsieur Hamidou Talibi Moussa : C’est à moi de vous remercier pour cette occasion que vous m’avez offerte.

Interview réalisée par Fridolin Ngoulou