Certains sont surpris, d’autres non. La fuite de l’opposant Abdou Karim Méckassoua révèle une fois de plus la fragilité des services de sécurité et du régime de Bangui.

L’opposant Abdou Karim Méckassoua a quitté discrètement le pays dimanche 15 aout 2021 via les deux Congo pour se retrouver finalement en France. Une fuite coordonnée ? Un laisser-aller du régime pour se débarrage d’un casse-tête ? Aucune communication officielle n’a situé la population sur ce fait qui inquiète plus d’un.

Après avoir été destitué de son poste de député par la Cour Constitutionnelle, l’homme politique et président du Parti Chemin de l’Espérance, n’a pas trouvé autres alternatives que de quitter le pays discrètement, craignant sa sécurité qui serait menacée.

Des questions se sont posées par des Centrafricains au sujet de cette sortie clandestine de Méckassoua. Le régime de Bangui contrôle-t-il vraiment le pays ? Les services de renseignement du pays sont-ils efficaces ou bien sont-ils complices de cette fuite ? Autant de question qui laissent croire que le pays reste très fragile et la porosité des frontières n’est plus à démontrer malgré le couvre-feu encore en vigueur de 22h à 5h du matin.

Déjà, en fin 2019, François Bozizé en exil en Ouganda depuis 2013, sous la sanction onusienne d’interdiction de voyager, est rentré clandestinement à Bangui sans que les services compétents ne puissent l’identifier. Ce qui est surprenant, son arrivée a été annoncée à plusieurs reprises par son parti, le KNK. Cela fut un avertissement qui est resté sans suite. Il est rentré, c’est son pays, il est reçu à la présidence qui l’a mis dans des conditions de sécurité avec un véhicule blindé, le versement des frais de pension des anciens chefs d’Etat pour qu’il finisse chef rebelle par les moyens de l’Etat, menaçant ainsi la sécurité de la Nation.

Si réellement le régime dispose des services de renseignement efficaces, des pareils cas ne devraient pas se reproduire, à moins que cela soit un arrangement ou une complicité à un niveau élevé de l’exécutif.

Nombreux pensent que Brazzaville n’est pas loin de l’exfiltration de Méckassoua voire même du retour de François Bozizé. Alors là, il s’agirait d’un réseau bien coordonné pour protéger les amis du même club au détriment de la population qui est livrée à la merci des bandes armées dans le pays. «On peut sauver un ami, même s’il est opposant et rebelle et laisser mourir les autres », a lâché une source dans un échange avec Oubangui Médias au sujet de Méckassoua et Bozizé.

Les conséquences de ces actes retombent toujours sur la population. Et, le gouvernement qui n’a que ses yeux pour pleurer doit doubler des vigilances et veiller à la sureté intérieure de l’Etat. Tous ceux qui aujourd’hui ont créé des tensions dans le pays se retrouvent quasiment à l’étranger, abandonnant la population dans une situation sécuritaire et humanitaire chaotique.

Le régime de Bangui reste fragile, l’autorité de l’Etat qui est partiellement rétablie dans le pays souffre encore d’un manque du renforcement des services de surveillance, de la police, de la gendarmerie voire même des services judiciaires. L’armée a repris les grandes villes alors que les communes sont sous la coupe des bandes armées qui dictent leur loi. Cette armée est dépourvue de ses moyens d’actions et est appuyée par les forces bilatérales rwandaises et russes.

L’entrée et la sortie des rebelles,  de chefs rebelles et des mafieux restent fréquents au niveau de nos frontières. Dans un pays où les services de surveillance du territoire sont faibles, l’Etat est livré à des bandes de criminelles et des mafieux de tout genre.

Les cas Bozizé et Méckassoua sont révélateurs d’une impuissance des forces de surveillance qui ont aujourd’hui besoin des moyens conséquents pour travailler. Nous savons qu’au-delà de minuit, les contrôles du territoire sont moribonds. C’est à une heure du matin, selon les informations Jeune Afrique que Méckassoua trouve une grande porte de sortie du territoire, par le fleuve Oubangui.

La liberté de circulation est garantie par la Constitution. Mais ceux qui ont des soucis avec la justice doivent être surveillés sinon, c’est le pays qui regrettera.

Jean Ngbandi