.Le 17ème Forum annuel sur la Gouvernance de l’Internet a été organisé du 29 novembre au 2 décembre 2022 dans la capitale éthiopienne Addis-Abeba. Plus de 2500 participants et délégués venus de tous les continents ont échangé sur les enjeux de l’Internet dans le monde.

Les enjeux de l’Internet sont de taille dans un monde qui se virtualise. Nous attendons souvent dire que l’avenir sera numérique, mais l’avenir du numérique doit être centré sur l’humain. C’est le cœur de cette rencontre, comme l’a souligné le Secrétaire Général des Nations-Unies, Antonio Guteress.

En effet, placé l’humain au centre du développement numérique inclut la connectivité universelle, la liberté d’expression sous toutes ses formes, le droit à la vie privée et les protections contre les abus en ligne, ainsi que l’utilisation sure et responsable des données.

C’est pourquoi, cette rencontre mondial des acteurs de l’Internet a eu un caractère rassembleur et un connecteur qui pourrait produire des résultats concrets qu’il s’agisse de façonner des normes et des standards mondiaux ou d’informer les règlementations nationales. La construction d’un Internet résilient et responsabilisant impliquera de s’attaquer au côté sombre de la réalité du numérique.

Gouverner les données et protéger la vie privée, lutter contre les fractures numériques, s’attaquer au cybercriminalité, donner accès à Internet aux élèves, connecter tous les peuples et sauvegarder les droits de l’homme, favoriser la sureté et la responsabilité ainsi que les questions relatives aux technologies avancées notamment l’intelligence artificielle ont été les thèmes clés de ce grand rendez-vous mondial des acteurs de l’Internet.

En effet, parmi les sujets clés abordés, il y a la question des protections des droits de l’homme, la propagation des logiciels de surveillance, le rôle de cryptomonnaie et le potentiel des normes non contraignantes pour traiter les questions de cyber sécurité parallèlement aux normes contraignants.

La connectivité reste un élément important, en particulier dans les régions où les coûts de déploiement des infrastructures sont élevés par rapport aux revenus potentiels. Mais, les obstacles à un accès effectif vont au-delà de la connectivité et incluent des questions d’accessibilité financière, d’alphabétisation numérique, de services et de contenus, ainsi que les ressources nécessaires pour les utiliser pleinement.

Il a été souligné par des participants les inégalités entre homme et femme ont été soulignées au sein de la « fracture numérique ». Il est question d’insister sur la nécessité de fonder les initiatives politiques sur les données fiables et de les accompagner d’objectifs et de cibles visant l’accès universel et l’utilisation productive. Le renforcement des capacités techniques à la construction d’infrastructures numériques et sur l’importance de l’accès aux données, en particulier pour les entreprises locales qui cherchent à créer des marchés pour les services numériques sur les marchés des communications en expansion.

Le pays hôte de ce Forum, à travers son Premier ministre Dr Abiy Ahmed a insisté sur le fait que les gens doivent « définir l’avenir de la technologie et non laissé la technologie définir leur avenir ». Dans ce pays qui est la 3ème puissance économique de l’Afrique subsaharienne, l’évolution de la connectivité est remarquable. De 3 millions de personnes connectées en 2017, les données passent à 13 millions en 2022. Plus de 2300 écoles ont accès à Internet. L’une des raisons qui ont motivé l’organisation de ce Forum mondial dans ce pays d’Afrique de l’Est.

Une table ronde parlementaire pour penser les lois

Une table ronde parlementaire a réuni les législateurs présents au Forum (5 de la RCA), et les représentants pour débattre de la manière dont les législatures nationales traitent la politique du numérique.

Le volet parlementaire est devenu un élément important du Forum car, il est question de chercher à faire comprendre l’Internet aux législateurs et de mieux comprendre les contextes politiques qui affectent l’Internet dans les différents pays.

Les participants ont abordé des défis qui se posent lorsqu’il s’agit de trouver un équilibre entre les objectifs des gouvernements et des organes législateurs nationaux et la structure technique de l’Internet, qui a un caractère mondial. Les questions telles que la protection des données exigent une compréhension commune des responsables du gouvernement et les structures de l’Internet.

Des leçons à tirer pour la Centrafrique ?

La République Centrafricaine, un pays de six millions d’habitants reste moins connecter à l’Internet. Au moins 14% de sa population, a accès à Internet. Le taux de couverture des opérateurs télécom est de 51% du territoire. Une fracture numérique très importante reste à combler afin de donner de chance à la population toute entière de jouir de son d’accès à l’Internet et aux informations.

La population active sur les réseaux sociaux est de 140.600 soit 2,9% de la population pour une superficie d’environ 623.000km2. L’Internet est entièrement fourni par des opérateurs de téléphonie mobile (Orange Centrafrique, Télétel, Moov…) dans la plupart des cas, ils ne respectent pas leur cahier de charge.

Malgré ce sombre tableau, le pays est en quête d’une souveraineté numérique, en toile de fond, les droits numériques. Le projet de déploiement de la fibre optique est en cours mais rencontre encore d’énormes défis en termes de financement pour achever ce projet tant attendu par la population centrafricaine.

Si ce Forum d’Addis-Abeba a été très utile pour soulever des débats sur des sujets d’actualité, la Centrafrique est loin d’amorcer des phases avancées des technologies notamment de l’intelligence artificielle.

Moins représentée à ce Forum avec l’absence du ministère de l’économie numérique, la Centrafrique doit encore du chemin pour rattraper ce retard en matière du numérique. Comme pour beaucoup de pays africains, la Centrafrique manque encore des infrastructures mais l’accélération vers ce monde numérique est à observer. Et ces pays doivent penser à l’Internet pour le monde rural.

Trois pays africains ont accueilli ce Forum Mondial sur la Gouvernance de l’Internet : La Tunisie en 2005, le Kenyan en 2022 et l’Ethiopie en 2022. Le prochain rendez-vous est pris au Japon en 2023. Le monde va vers une transformation numérique d’ici à 2025.

Fridolin Ngoulou