L’artiste musicien, Tabanguet Eliezer alias R. Polivalente, de la Diaspora centrafricaine de Luxembourg, est en tournée dans son pays. Oubangui Médias a rencontré ce jeune homme talentueux, ambitieux mais peu connu du grand public centrafricain alors qu’il se fait remarquer à l’international à travers son tube mythique « Gozo ».

Qui est M. Tabanguet Eliezer alias R. Polivalente ?

C’est un jeune trentenaire à l’allure mannequin, cheveux en drealocks. Ce jour-là, il entre sobrement en tapette, tee-shirt en Jean bleu dans notre bureau respectueusement avec sourire. M. Tabanguet Eliezer alias R. Polivalente est père de deux enfants.

La musique à la croisée du chemin de tous, R. Polivalente, n’a jamais rêvé devenir artiste musicien mais la circonstance l’a fait sortir du cocon. «J’ai débuté en 2018 et comme j’ai l’habitude de dire, je n’ai jamais rêvé de chanter. C’est venu quand j’ai commencé à traverser une période sombre de ma vie en Europe. L’esprit de chanter m’est arrivé. J’ai écrit mon premier chant, c’était lorsque je rentrais d’un défilé de mode à la maison et que je n’avais rien à faire. Je suis allé sur Youtube faire des recherches c’est comme ça que j’ai écrit mon premier titre « démarche à la canard » et les gens ont kiffé. Moi, je dis souvent que c’est la musique qui a fait le premier pas vers moi et j’ai saisi l’opportunité », a-t-il témoigné.

Dans le domaine musical, ce jeune veut valoriser mais surtout révolutionner la musique centrafricaine à travers le monde entier. Il  a, à son actif déjà 4 titres, 5 singles, 3 clips. « Je suis plus connu à l’étranger où j’ai fait des concerts en France, à Luxembourg, en Belgique, voire le tournage de clips au Cameroun. J’ai une page Facebook Zaza na Zaza, tout cela me permet de promouvoir la culture centrafricaine dans le domaine musical mais aussi de sensibiliser les jeunes, les ambiancer et valoriser la culture centrafricaine à l’étranger. Par contre, c’est maintenant que la population centrafricaine me découvre avec mon tube « Gozo » qui fait le buzz pour le moment », a expliqué l’artiste R. Polivalente.

L’artiste a des multiples talents cachés. D’abord, c’est un mannequin. Il a participé à plusieurs défilés de mode : PLESURO haute couture Luxembourg, Final Next Model Évent Luxembourg, Final beauty N’Model Liège Belgique et plusieurs autres en France. Il est aussi acteur dans plusieurs séries WebTV en Europe et technicien en télécommunication dont ingénieur en réseau. Finalement, entrepreneur et mannequin, cela confirme son nom d’artiste R. Polivalente.

En effet, après avoir obtenu un BTS en électromécanique, une année après, il a décroché une licence professionnelle en télécommunication puis une bourse d’étude en Turquie pour faire un master 1 en génie électronique. « Puis je suis parti à Luxembourg où j’ai fait plusieurs formations qui sont sanctionnées par plusieurs certifications entre autres, dans le domaine de Cisco, réseau, Saversecurity et Microsoft. Donc pour l’instant je suis ingénieur en réseau système », a précisé R. Polivalente.

Discret, R. Polivalente dispose d’autres projets en coulisse et ne souhaite pas dévoiler pour le moment. Il n’en demeure pas moins qu’il a les perspectives d’avenir sur la musique, là où ce dernier est pleinement engagé en ce moment. Son rêve, c’est d’organiser une soirée et remplir le stade Omnisport de Bangui à la fin de l’année 2023. Et en 2025, il reviendrait combler le stade 20.000 places. « C’est un défi et c’est possible. Un artiste centrafricain aimé par ses compatriotes est capable de galvaniser le public dans ces deux cadres », a ajouté ce dernier.

R. Polivalente nous relève les difficultés dans l’adaptation de l’univers musical. « D’abord c’est la promotion et la communication. Elles sont difficiles. Il faut avoir des moyens pour faire la communication à un niveau élevé. Chez nous ici, les gens s’intéressent plus qu’à la musique étrangère entre autres, le rumba congolaise, le zouglou ivoirienne, l’afribeat nigériane…Ils ne valorisent pas assez la musique de chez nous, même ceux qui sont en Europe », regrette ce dernier.

« Au pays, ils disent qu’il n’y a pas de connexion Internet, c’est un faux problème. Si on prend les centrafricains qui sont en Europe, ils peuvent faire mieux avec la musique Centrafricaine. Dans un pays normal, lorsqu’un artiste sort un tube, c’est la communauté qui commence déjà à faire tourner sa musique. S’il est de la Diaspora, il sera invité dans des soirées… Mais chez nous, lorsque que tu sors un tube, on te regarde, tu ne sors pas un tube on te regarde. Comment pouvons-nous propulser la musique Centrafricaine avec cette passivité ? Même le tube que je viens de sortir « Gozo et Roma », les étrangers m’appellent pour me dire que c’est de la honte car je n’ai que 2000 vues. Mais cela ne va pas nous démotiver », a relevé R. Polivalente.

Avoir une vision, se donner les moyens et avoir un métier sont indispensables pour qu’un artiste puisse se déployer. R. Polivalente ajoute à cela la qualité des œuvres : « La qualité vient de la rigueur. La persévérance et le travail dans un univers compliqué pour offrir un spectacle digne à la population afin de sauver la musique Centrafricaine. Si on ne le fait pas, c’est le pays qui risque de disparaitre sur les scènes musicales », a-t-il prévenu.

R. Polivalente fait partie d’une génération d’artiste qui évolue parfois dans l’ombre sans soutien du public de leur pays. Cette génération s’évertue à porter haut le nom et les couleurs de la République Centrafricaine, ce pays où l’image négative des guerres domine encore sur les faits positifs et étouffe les activités artistiques et culturelles.

Zarambaud Mamadou