Le 17 mars 2023 marque la désignation du Président centrafricain, Faustin Archange Touadéra comme président en Exercice de la Conférence des Chefs d’Etats de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC). 17 janvier 2024, exactement 10 mois après, qu’avons-nous fait de cette présidence tournante de la CEMAC ?

Le Président Faustin Archange Touadéra avait été désigné à base d’un mandat: Le retour de la Commission de la CEMAC à son siège statutaire à Bangui, le retour de l’école inter état des douanes et l’avancement du projet la carte rose. Mais 10 mois après, tout semble être statut quo.

La Commission de la CEMAC

Plusieurs conditions avaient été posées pour le retour de la Commission de la CEMAC à Bangui. Délocalisée à Malabo en 2013 pendant les pires moments de la crise, le siège de la Commission peine à être réinstallé à Bangui, son siège statutaire. L’amélioration de la situation sécuritaire était posée comme première condition. Ensuite la réhabilitation des logements des Commissaires et du Président de la Commission. Ces bâtiments ont été remis à la Commission en début d’année 2023. Aussi, la réhabilitation du siège de la CEMAC tombé dans un état de délabrement, chose qui tarde encore.

Selon les informations de l’Oubangui Médias, l’ancien siège de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale (BEAC) devrait être rétrocédé au gouvernement qui à son tour remettra provisoirement à la Commission de la CEMAC, en attendant la réhabilitation du siège dont la mobilisation des fonds pose encore problème.

Mais, tout porte à croire que la machine est lourde du côté centrafricain soit une stratégie d’alourdir la machine du côté de la Commission.

Des informations Oubangui Médias indiquent que des travaux de cloisonnement des bureaux à l’ancien siège de la BEAC sont à faire.

Ecole Inter Etats des Douanes, véritable utopie ?

Toujours réinstallée en Guinée Equatoriale, l’Ecole Inter Etats des Douanes peine à revenir en RCA son siège statutaire. Après la décision du retour, les occupants de cette école à Bangui ont été délogés. Mais la réhabilitation tarde. Il y a eu même un incendie en décembre 2023. Selon nos informations, un budget d’environ 222 millions de FCFA est à mobiliser par la communauté pour ces travaux. Et, la Guinée Equatoriale qui abrite cette école depuis 2013 se positionne pour venir réhabiliter l’école de Bangui. Là, on voit clairement une stratégie de rallongement des choses afin d’arriver à l’expiration du mandat du Chef de l’Etat comme président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etats de la CEMAC.

Il faut noter que la présidence du Conseil d’Administration de cette école revient depuis juin 2023 au Centrafricain Theodore Fréderic Inamo, Inspecteur des Douanes et Directeur général actuel de la Douane Centrafricaine. Ce dernier avait présidé à Bangui, le 10 octobre 2023, le 68e  Conseil d’Administration de cette école, une première fois pour lui. Cependant, avec la proposition de la Guinée Equatoriale, cela laisse penser à un projet utopique car, en Guinée, cette école profite à plusieurs personnalités et fait tourner l’économie dans la province de Djibloho, l’une des huit provinces, créée en 2017. Le Gouvernement centrafricain ne devrait pas accepter cette proposition.

Et la carte rose ?

La Carte Rose Cemac est une carte d’assurance mise en place par acte des Chefs d’État de la Communauté. Son but est de favoriser la libre circulation des citoyens à l’intérieur des frontières de la Cemac. Ce, tout en leur garantissant la prise en charge des accidents qu’ils causeraient ou dont ils seraient victimes. Mais, elle n’est pas à l’ordre du jour.

Dix mois, que doit faire le Président Touadéra

Statutairement, le mandat du président en exercice est d’une année. En une année, les chefs d’Etats de la Communauté lui confient une mission précise. Voilà pourquoi le président Centrafricain devrait mettre en place un cabinet spécial pour gérer les affaires de la CEMAC. Le pays ayant en lui-même plusieurs défis, la constitution de ce cabinet pourrait pousser le Chef de l’Etat à faire avancer les projets au lieu que cela soit géré par les ministères concernés comme les Affaires Etrangères et les Finances. Ce cabinet devrait être constitué des diplomates maitrisant les rouages de la Communauté.

Même si le président a pris part à plusieurs activités en tant que président de la Conférence des Chefs d’Etats, rien n’a bougé en ce qui concerne l’exécution de son mandat. Un fait, important, le pays devrait depuis le 1er janvier 2024 prendre la commande du gouvernorat de la BEAC pour un mandat de 7 ans mais deux semaines après, la réunion des chefs d’Etats de la Communauté n’a pas été convoquée pour examiner les trois dossiers que le président Touadéra devrait soumettre afin de prendre un qui deviendra Gouverneur de la BEAC.

Le président Touadéra doit être vigilent à cette stratégie de rallongement des choses pour permettre aux uns de continuer à tirer les avantages qui devraient revenir aux centrafricains.

Un salon sur la libre circulation dans la zone CEMAC pour meubler le mandat de la RCA

Dans le but de meubler le mandat de la RCA à la présidence tournante de la CEMAC, un groupe d’organisations privées centrafricaines a jeté les bases d’organisation du 1er Salon International sur la Libre circulation dans la zone CEMAC, en lien aussi avec la Zone de Libre Echange Continentale (ZELECAF). Ce Salon, une initiative centrafricaine, est prévu entre mars et avril 2024 pour marquer à la fois le 30e anniversaire de la CEMAC (16 mars) mais aussi la coupe CEMAC version football si la phase finale devrait être organisée en RCA. Mais là encore, l’autorisation administrative tarde à être délivrée.

Pour dire que 10 mois après, la RCA n’a rien fait à la tête de la CEMAC, conformément au mandat qui a été donné au président Touadéra. Nous reviendrons prochainement sur des nombreux postes vacants que la RCA doit pouvoir dans les institutions internationales.

Fridolin Ngoulou