En Centrafrique, circuler est devenu une épreuve quotidienne dans certains secteurs de la ville de Bangui. De Bimbo à PK0, en passant par l’avenue Conjugo et certains axes secondaires comme Petevo ou le KM5, les routes dégradées dessinent le visage d’une capitale en souffrance. Bien que certains axes aient été fraîchement réhabilités, des nids-de-poule profonds, des chaussées fissurées et des tronçons transformés en pistes boueuses à la moindre pluie : le constat est alarmant.

Chaque jour, des centaines de conducteurs slaloment entre les crevasses pour éviter d’endommager leurs véhicules. Les mototaxis, principaux moyens de transport pour de nombreux habitants, sont particulièrement exposés. Les accidents se multiplient, souvent dans l’indifférence générale. Et derrière chaque chute, il y a une famille touchée, un revenu suspendu, parfois une vie brisée.

Certains conducteurs de voitures et de taxis-motos que nous avons rencontrés témoignent. « Les pannes fréquentes, causées par les chocs répétés sur des chaussées endommagées, augmentent les charges d’entretien de nos motos et réduisent les revenus des transporteurs », a déclaré John Peter, chauffeur de taxi-moto.

Pour Julio, habitant de la localité et étudiant à l’Université de Bangui, « plusieurs facteurs expliquent ces dégradations accélérées : l’insuffisance d’entretien régulier, la surcharge des camions, la mauvaise qualité de certains travaux publics réalisés par les entreprises, ainsi que les effets des intempéries ».

Mais au-delà de ces désagréments visibles sur les axes routiers, se pose une question plus profonde : celle de la gouvernance et de la gestion des infrastructures publiques. Comment expliquer qu’une capitale nationale puisse voir ses principaux axes se détériorer sans intervention durable ? Où passent les budgets alloués à l’entretien routier ? Pourquoi les travaux entrepris ne résistent-ils ni aux premières pluies ni au passage des poids lourds ?

Certes, des efforts ponctuels sont parfois visibles : quelques travaux de réhabilitation ici et là, des annonces officielles promettant des améliorations prochaines. Mais ces initiatives restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. Ce dont Bangui a besoin, ce ne sont pas des réparations provisoires, mais d’une véritable politique d’entretien régulier et transparent.

Une capitale reflète l’image d’un pays. L’état des routes de Bangui envoie aujourd’hui un message inquiétant : celui d’infrastructures fragiles et d’un développement entravé. Investir dans les routes n’est pas un luxe, c’est une nécessité, une question de sécurité, de dignité et d’avenir pour toute une communauté.

La population attend des actions concrètes, car le temps des promesses semble révolu.

Freddy Ulrich Tanga