Les jours passent, le projet de modification de la Constitution du 30 mars 2016 se précise. Chaque tendance affute ses armes. Ce projet passera-t-il ?

Une partie de la majorité au pouvoir a initié la loi portant modification de la Constitution du 30 mars 2016, laquelle Constitution est issue d’une période trouble de la transition. Modifier la Constitution, relire la Constitution, retoucher la Constitution, le dénominateur commun pour nous non constitutionnalistes et juristes chevronnés est que le compteur sera remis à zéro dès lors qu’on touche un seul article de la loi mère. Et ceci permettra au président en poste de se représenter pour la troisième fois.

C’est là où les nerfs commencent à être tendus. Même au sein de la majorité présidentielle et pire encore au sein du parti au pouvoir, le Mouvement Cœurs Unis (MCU), les divergences d’idée se font sentir. Ce projet passe, le MCU casse. Ce projet passe, le pays entre à nouveau dans une ère d’instabilité politique. C’est là où on donnera plus de raison au Pasteur Josué Binoua dans son ouvrage « Centrafrique, instabilité permanente », paru en 2005. 

L’instabilité est le trait marquant de l’histoire du Centrafrique depuis son indépendance le 13 août 1960. Plus de 20 coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat y ont été commis, huit constitutions et de multiples actes constitutionnels y ont été promulgués. 

Tout porte à croire que le pouvoir n’aime pas les centrafricains et que les centrafricains ne sont pas habitués au pouvoir.

Déjà, alors que le projet est déposé sur la table du parlement pour avis, le parlement semble divisé. En entendant, la vacance parlementaire doit encore durer presque quatre mois avant remettre le sujet sur les rails. 

Des tensions s’observent entre les caciques du pouvoir, surtout sans nommer des gens, ceux qui espéraient remplacer le président Touadera aux termes de son deuxième mandat. Ils sont nombreux au sein de ce parti qui est assis sur le sable, un parti fragile qui a besoin d’un base solide pour porter la vision du Président de la République.

La tension est d’abord interne et pourra fragiliser cette lutte. A moins que pendant ce temps d’observation, le président de la République ne puisse trancher rapidement sur les différents qui opposent les leaders de son parti. D’ailleurs au sein de ce parti, les finances se font rares et les haut-cadres doivent cotiser mensuellement pour son fonctionnement, dans un environnement économique national précaire, soutenir les actions de grandes envergures pour faire passer cette loi sera un défi énorme, surtout qu’en face, le pouvoir est appeler à gérer les multiples positions dont certaines risqueraient d’être violentes.

Dans la foulé de ce combat qui rentrera dans une phase décisive prochainement, la présidence de la République travaille en silence pour calmer les esprits qui se sont chauffés aux premières heures de l’annonce officielle de ce projet par le député Kevin Brice Kakpayen, président de la Commission textes et lois à l’Assemblée Nationale et membre de la majorité parlementaire.

Là, selon nos informations, la Présidence de la République consulterait les experts constitutionalistes d’ici et d’ailleurs, serait en train d’organiser des rapprochements et tenterait de convaincre certains médias à s’adhérer au projet. Le combat doit être mené sur le terrain de la communication. Ceux qui ont plus d’argument devraient remporter. Mais, prédire des violences pour faire passer ou faire échec à ce projet n’est pas responsable.

Mais bien avant, le chef d’orchestre, le président Touadera doit convaincre son propre camp à s’aligner derrière cette vision. Même s’il ne s’est jamais prononcé sur ce projet, tout porte à croire que celui-ci n’est pas loin de son cercle restreint et que les gens ne peuvent pas agir sans son aval.

L’idée de référendum en discussion, le peuple observe gentiment

Des sources proches du pouvoir confirment déjà à Oubangui Médias que la voie légale pour ce genre de projet sera de passer par un référendum, pour que « le peuple souverain qui a voté la Constitution du 30 mars 2016 puisse trancher par un Oui à la modification ou par un Non. Et les autorités ne feront que la volonté du peuple ».

« Ceux qui ne sont pas d’accord se préparent à battre campagne pour un NON. Ils ne doivent pas seulement se contenter de prédire et d’organiser le chaos. Ils sont habitués à organiser des violences dans le pays par manque d’argument pour convaincre le peuple », a ajouté cette même source.

En effet, les proches du pouvoir semblent être bien avancés dans leur projet. Le message semble mieux circuler déjà au sein des communautés. Dans les taxis et bus, les lieux publics, même si certains trouvent dangereux ce projet, d’autres soutiennent en donnant des justifications soulevés par les initiateurs de ce projet. A Bangui comme dans plusieurs villes de provinces, la population, déjà informée par plusieurs canaux observent jusqu’à l’annonce officielle par la Présidence de la République ou l’Assemblée Nationale.

Comment le peuple sera consulté ? Dans quel contexte sécuritaire ? Par quel moyen financier organiser le référendum ?  Avec quels bailleurs ? Ces questions sont minutieusement traitées par les hautes autorités favorables à la modification de la Constitution du 30 mars 2016.  Organiser une passage en force est synonyme de créer des nouvelles tensions politiques et sécuritaires dans ce pays qui peine à sortir de la crise.

Jean Ngbandi