Pour la première fois de son histoire, la BEAC sera gouvernée par un ressortissant centrafricain. Pendant plusieurs années, les Gouverneurs de la BEAC ont été des personnalités venant de l’extérieur de l’Institution. Cette fois-ci, un cadre de la maison prend les rênes de la Banque Centrale. C’est ainsi que l’installation du Gouverneur Yvon SANA BANGUI a été marquée par la présence des personnalités et délégations des six (06) pays de la CEMAC, du personnel de la BEAC et de plusieurs invités.
Le Gouverneur Yvon SANA BANGUI revient sur les nombreux défis qui attendent le Gouvernement de la BEAC lors d’une interview accordée à la délégation de la presse centrafricaine en marge de la cérémonie d’installation officielle des membres du Gouvernement de la BEAC qui s’est déroulée le 1er mars 2024 au Palais des Congrès de Yaoundé.
Bonjour Monsieur le Gouverneur. Vous prenez les commandes de la Banque Centrale dans un contexte économique mondial difficile. Dites-nous, quels sont les défis qui vous attendent ?
Yvon SANA BANGUI : Bonjour. Je suis très ému ce soir à l’issue de cette cérémonie d’installation. Je voudrais tout d’abord exprimer ma gratitude aux Chefs d’Etats de la CEMAC qui ont bien voulu placer en moi leurs confiances. Je suis particulièrement touché par la confiance de son Excellence, le Professeur Faustin Archange TOUADERA, Président de la République Centrafricaine, Président en exercice de la Conférence des Chefs d’Etat de la CEMAC.
Je suis très conscient des défis à surmonter et je mesure pleinement les enjeux. C’est pour cela que je m’engage à travailler en toute intégrité, transparence et professionnalisme.
La BEAC est aujourd’hui confrontée à de nombreux défis qu’elle ne pourra relever qu’avec la conjugaison des efforts ainsi le concours de son personnel de par son professionnalisme et surtout son engagement.
Au plan international, les économies de la CEMAC sont vulnérables aux chocs externes. Nous avons aujourd’hui besoin de mettre en place des réformes qui s’inscrivent dans la continuité de celles menées par la BEAC pour faire face aux crises successives rencontrées depuis la pandémie de Covid-19. Ma vision s’inscrit véritablement dans cette continuité.
C’est pour cela que nous devons travailler en vue de consolider la stabilité monétaire et financière. La BEAC a des missions statutaires et dans ce cadre, l’un des défis concerne notamment la mise en circulation des monnaies de basse gamme, notamment les petites coupures et les pièces. Nous allons travailler dans ce sens pour que les pièces de monnaie ainsi que les petites coupures soient suffisamment mises en circulation.
L’Afrique Centrale enregistre un taux de bancarisation très faible comparativement à d’autres régions de l’Afrique Subsaharienne. Qu’envisagez-vous faire pour accélérer l’inclusion financière ?
Yvon SANA BANGUI : L’inclusion financière constitue un enjeu majeur pour le développement économique des pays de la CEMAC. Nous allons moderniser nos systèmes et moyens de paiement en y intégrant toutes les innovations en faveur de l’accès aux services financiers. Pour y parvenir, nous ferons appel à tous les partenaires du secteur financier, renforcer la coopération et la collaboration avec les opérateurs de téléphonie mobile et les FinTechs pour contribuer aux efforts destinés à concrétiser cet objectif. Nous allons nous inscrire dans une démarche de concertation avec les agents économiques pour les écouter, comprendre leurs difficultés, prendre en compte leurs préoccupations et les traduire en actions.
Et sur la question de la digitalisation ?
Yvon SANA BANGUI : La digitalisation aujourd’hui est un levier important pour les économies de la Sous-région et fera l’objet d’un axe stratégique du Plan visant à moderniser nos outils opérationnels et accompagner les Etats, les Trésors nationaux, les établissements de crédit et de microfinance et les FinTechs à se moderniser pour créer plus de valeur ajoutée.
Par ailleurs, nous allons poursuivre le chantier de la réglementation des changes qui a été implémentée et qui a permis aujourd’hui à la BEAC de consolider ses réserves de change.
Mais comment parvenir à relever ces défis qui s’imposent à vous aujourd’hui ?
Yvon SANA BANGUI : Les défis sont certes nombreux mais pour les relever, nous devons articuler les visions et les projets avec les besoins des agents économiques, des pouvoirs publics, du personnel pour concevoir un Plan opérationnel qui sera inclusif et permettra à toutes les parties prenantes d’apporter leurs contributions en vue de sa réalisation. Je suis disposé à poursuivre les concertations dans tous les pays de la CEMAC en vue de l’élaboration d’une feuille de route qui sera exécutée durant les sept (07) années de mon mandat.
Une conjugaison d’efforts sera indispensable pour mobiliser toutes les parties prenantes à la réalisation des objectifs ambitieux que nous nous sommes fixés. Je pense qu’il est temps d’adresser les difficultés et problèmes de notre Sous-région afin de trouver des solutions.
Monsieur le Gouverneur Yvon SANA BANGUI, nous vous remercions.
Yvon SANA BANGUI : C’est à moi de vous remercier !
Fridolin Ngoulou

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