En République centrafricaine, plus précisément à Bangui, le nombre d’enfants vivant dans la rue, communément appelés « Godobé », ne cesse d’augmenter de jour comme de nuit. Cette situation s’explique souvent par l’abandon ou les mauvais traitements dont ces enfants sont victimes au sein de leurs familles respectives. Contraints de quitter leur foyer, ils se réfugient dans la rue où ils sont confrontés à des conditions de vie particulièrement difficiles.
On les croise presque partout dans la capitale, notamment dans les marchés et les places publiques les plus fréquentées. De jeunes enfants, garçons comme filles, circulent entre les véhicules pour quémander de l’argent ou de la nourriture auprès des passants. Leurs conditions de vie restent très précaires, souligne avec insistance Ozaguin OZ, chef du clan des enfants de la rue du centre-ville :
« Nous vivons très péniblement. Tous les jours, nous demandons de l’argent et de la nourriture aux gens que nous croisons. Notre vie est vraiment lamentable. »
Malgré ces conditions difficiles, ce groupe accueille presque chaque jour de nouveaux enfants. Avant d’être acceptés, ces derniers doivent expliquer les raisons de leur présence dans la rue. Après cette étape, ils peuvent être intégrés et soumis aux règles de la rue, explique Ozaguin OZ : « Nous recevons souvent de nouveaux enfants ici. Par exemple, celui que vous voyez là-bas vient d’arriver aujourd’hui. Nous l’avons interrogé pour connaître les raisons de sa venue dans la rue. Si sa raison n’est pas fondée, nous lui demandons de rentrer chez lui. Mais si sa situation est réelle, nous le gardons avec nous. »
Les raisons qui poussent ces enfants à vivre dans la rue sont multiples. Certains ont perdu leurs parents, tandis que d’autres fuient les mauvais traitements ou les lourdes tâches qui leur sont imposées dans les familles d’accueil. C’est le cas de John, qui a perdu ses parents au village pendant la crise de 2013. Recueilli ensuite par sa tante paternelle à Bangui, il affirme ne plus supporter les conditions de vie chez elle :
« J’ai perdu mon père et ma mère pendant la crise de 2013. Ma tante m’a accueilli chez elle, mais ce n’était pas par affection. Elle voulait que je devienne son domestique et son coursier. Elle a quatre enfants qui vont à l’école, alors que moi non. Elle ne s’occupait pas bien de moi. C’est pourquoi j’ai décidé de quitter la maison pour vivre dans la rue. Maintenant que je suis ici, j’ai l’impression d’être plus libre. »
Pour survivre, ces enfants dorment souvent sur des morceaux de carton, parfois même à même le sol, devant des boutiques. Exaucé, l’un des plus jeunes du groupe, âgé d’environ 8 ans, raconte avec émotion : « Nous dormons parfois sur des cartons ou sur les tables des commerçants. Nous n’avons ni nattes ni couvertures. Pour trouver de quoi manger, nous nettoyons les devantures des boutiques afin de gagner un peu d’argent. »
Cette situation illustre l’ampleur du phénomène des enfants de la rue en Centrafrique. Leur âge varie généralement entre 8 et 19 ans. Malgré leurs conditions de vie très difficiles, ils reçoivent parfois une aide ponctuelle de certaines personnes ou organisations, mais celle-ci reste insuffisante face à l’ampleur du problème.
BVIII Pappus Héritier

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