Depuis plusieurs décennies, la République Centrafricaine (RCA) accueille sur son sol plusieurs missions et opérations militaires qui laissent des taches indélébiles.

La RCA est devenue un terrain d’opérations extérieures de plusieurs forces depuis après les indépendances. Deux ans après avoir été couronné empereur de la Centrafrique, Jean-Bedel Bokassa a été évincé du pouvoir à la suite d’une opération orchestrée par la France pour rétablir David Dacko, qui a déjà présidé le pays entre 1960 et 1966.

De cette opération, plusieurs autres opérations militaires françaises ont été menées sur le sol centrafricain, depuis les mutineries de 1996 en passant par opérations purement pour la formation et l’opération Sangaris qui a laissé des traces négatives de soupçon de viols dont la justice française avait décidé tout simplement de classer l’affaire.

L’autre opération militaire est celle des mercenaires banyamulenge de Jean Pierre Bemba, venus en rescousse du pouvoir du défunt Président Ange Félix Patassé. Ces forces ont commis des crimes, détruit et brulé des maisons, pillé les biens, violé avant de partir suite à l’entrée de la rébellion de François Bozizé à Bangui. Leur chef Jean Pierre Bemba arrêté et jugé par la Cour Pénale Internationale s’est retrouvé libre. Aujourd’hui, il est nommé Ministre de la Défense de la RDC alors que ses victimes centrafricaines réclament toujours réparation.

Dans la foulée des interventions des forces de Bemba, les mercenaires tchadiens et les forces libyennes ont aussi opéré sur les théâtres des conflits en RCA. Tous les crimes commis sont restés impunis et sous silence.

François Bozizé a choisi de chasser les mercenaires par des mercenaires.

C’est lorsqu’il prenait le pouvoir le 13 mars 2003 que le nom des Zakawa circulait partout dans le pays. Il s’agit tout simplement des mercenaires tchadiens qui l’ont aidé à prendre le pouvoir. Mais, nombreux se sont installés aux frontières entre le Tchad et le Soudan et ont été mobilisés 10 ans après dans la Seleka pour venir prendre le pouvoir. Aussi pendant le règne de François Bozizé, il a fait face à des rebellions étrangères qui se sont installées sur le territoire centrafricain. Les rebelles du tchadien Baba Ladé qui a drainé derrière lui des mercenaires du sahel et ceux de l’ougandais Joseph Kony dont le déploiement des forces américaines n’a pas pu mettre fin à ses atrocités dans l’est de la RCA. Même si des rapports n’ont pas documenté la présence militaire américaine dans l’est de la RCA avant leur départ, cette présence n’a pas permis de capturé Joseph Kony de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA).

La Seleka une descente aux enfers

La coalition des rebelles dénommée Seleka a été la plus meurtrière de la Centrafrique. Pendant neuf mois au pouvoir et plusieurs années après, les centrafricains ont assisté à des atrocités qui ne disent pas leurs noms. Des tueries de masse, disparition forcée…ont été le quotidien du peuple centrafricain dans l’indifférence totale car, les principaux leaders jouissent aujourd’hui d’une impunité totale et certains utilisés comme des pions pour poursuivre l’œuvre du malheur des centrafricains. La justice pénale internationale ne s’est intéressée qu’aux petits poissons. Les gros calibres vocifèrent dans la nature.

En effet, en réaction aux multiples exactions de la Seleka, constituée à majorité par des mercenaires étrangers, les miliciens Anti-Balaka ont organisé une résistance avant de tomber eux-aussi dans les violations massives des droits l’homme.

Pendant ce temps et avant la présence de l’ONU, des forces africaines ont opéré en Centrafrique. La MISCA qui a remplacé la MICOPAX a été aussi accusée de violation massive des droits de l’homme, dont les tueries. Les forces tchadiennes avaient ouvert le feu sur les civils au PK12 à Bangui et ces tueries ont été considérées de « non-événement » par le commandement militaire de cette force africaine. Après une enquête, le défunt président tchadien décide de retirer ses troupes et de fermer jusqu’aujourd’hui les frontières avec la Centrafrique. Ces tueries sont une fois de plus restées lettre morte.

Et les 12.000 hommes l’ONU?

Les 12.000 hommes de l’ONU déployés en RCA pendant les pires moments de la crise entre 2014-2015 ne sont restés sans violations des droits de l’homme. Des dizaines de personnes ont été tués et enterrées dans une fosse commune à Boali par un contingent de ces forces. Des allégations des viols ont contraint juste au rapatriement des contingents.

Nombreux se sont livrés aux trafics illicites d’armes, de minutions, au commerce et ont brillé par des viols et abus sexuels, des faits condamnés. Mais que deviennent les enquêtes ? Que deviennent-t-ils après leur rapatriement ?

Les forces russes aussi accusées de grave violation

Des rapports extérieurs accusent les forces paramilitaires russes de la société Wagner de prédation, de tuerie et autres violations des droits de l’homme. L’année dernière, le gouvernement avait soutenu que ceux qui  étaient présumés auteurs des violations ont été rapatriés pour être jugés et se sont-là les mesures prises pour atténuer les violations.

Depuis le lancement de la nouvelle rébellion, la Coalition des Patriotes pour le Changement de l’ancien président François Bozizé, son attaque sur Bangui et la contre-offensive des forces armées centrafricains (FACA) appuyées par des instructeurs russes, le nom de Wagner ne cessent d’être cités dans les rapports internationaux.

Mais quels sont les mesures prises pour mettre un terme au cycle infernal d’impunité dans le pays?

Notons que le gouvernement n’a pas encore réagit suite au dernier rapport de  l’ONG américaine The Sentry ni les responsables des forces russes. Mais ce qui est attendu est beaucoup plus des mesures fortes en lieu et place des discours.

Mais ce qui est regrettable en RCA, on dénonce les exactions quand on n’aime pas un régime. Et c’est ce que nous enregistrons depuis dans le pays. Alors quid des autres exactions commises par des forces depuis plus de 40 ans en RCA? L’impunité ne doit être une règle ni pour le gouvernement, ni pour la communauté internationale. Nous devons dénoncer toutes les exactions et demander que justice soit faite pour protéger le peuple. Le gouvernement doit veiller sur les forces sous son contrôle afin de sanctionner les dérapages.

Fridolin Ngoulou