1- Depuis le 23 octobre, l’information de suspension par l’Ambassade de France à Bangui du financement du projet Ciné Bangui est partagée dans plusieurs groupes WhatsApp.

2- Une nouvelle que beaucoup de personnes lient avec la tension diplomatique entre Bangui et Paris.

3- Après vérification par la cellule #StopATènè, il apparait au terme de notre investigation que le projet était menacé depuis plusieurs mois déjà.

4- Donc, il est actuellement impossible d’affirmer qu’il existe un lien direct entre ces deux situations.

Le 23 octobre dernier, ce message s’est répandu assez largement dans des groupes WhatsApp, très influents à Bangui. Il s’agit de la suspension du financement du projet Ciné Bangui (projet de formation de jeunes cinéastes centrafricains) par la coopération française. La rumeur que nos enquêteurs ont voulu vérifier c’est de savoir : est-ce une décision prise à la suite de la réaction centrafricaine aux récents propos du ministre français des affaires étrangères Jean Yves Le Drian. Il ressort au terme de notre investigation que le projet était menacé depuis plus d’un an déjà. Eclairage sur la rupture de cette coopération culturelle.


Captures d’écran dans les groupes whatsapp

Pour faire la lumière sur cette rumeur devenue virale, la cellule #StopATènè qui lutte contre la désinformation en Centrafrique, s’est entretenue avec tous les acteurs de ce projet et a voulu répondre à cette question : la tension entre la Centrafrique et France a-t-elle tué la dynamique de Ciné Bangui ?

Selon le communiqué de presse de l’ambassade de France à Bangui publié le 26 octobre 2021, la raison de la suspension est liée aux sérieuses difficultés rencontrées dans la gestion des fonds alloués et dans le suivi budgétaire et financier. « Un audit externe a été lancé en juillet dernier », rappelle la communication de l’ambassade.

« J’imagine que tout le monde politise mais pour le cas, cela n’a rien à y voir ! » précise le conseiller en communication de l’ambassade de France dans un message écrit adressé à #StopATènè. Toujours dans son dernier communiqué, l’ambassade réitère sa volonté de maintenir son soutien à l’industrie audiovisuelle centrafricaine et aux jeunes réalisateurs centrafricains.


Capture d’écran communiqué ambassade de France

Joint au téléphone par la cellule #StopATènè, le directeur de l’Alliance française de Bangui, François Wittersheim, gestionnaire du projet Ciné Bangui, dit ne pas connaître le motif de cette suspension soudaine et indique que la deuxième tranche de fonds n’a pas été versée par l’ambassade de France à Bangui.

Une de nos sources, proche de cette coopération, affirme qu’au début du mois de septembre dernier, une réunion s’est tenue à la direction de l’audiovisuelle du ministère des affaires étrangères français. Durant cette rencontre, le conseiller pour la coopération et l’action culturelle de l’ambassade de France à Bangui s’est engagé à ce que le projet Ciné Bangui puisse se poursuivre.

Un mois plus tard, alors que deux formateurs s’apprêtaient à prendre l’avion pour Bangui, il leur soudainement a été signifié l’arrêt des ateliers.

Pourquoi cette suspension brutale ? Comme indiqué par François Wittersheim, la 2ème tranche de financement, censée arriver en décembre 2020, n’a pas été versée.

Nommé en septembre 2020, à la même période que le directeur de l’Alliance française de Bangui, le nouveau conseiller pour la coopération et l’action culturelle, Louis Estienne n’a pas souhaité nous donner les raisons précises qui ont poussé Paris à ne pas s’engager sur la 2ème partie du financement.

S’il ressort, au terme de notre enquête, que le projet était déjà menacé depuis plus d’une dizaine de mois, l’annonce de sa suspension intervient au cœur d’une pesante crise diplomatique entre la République centrafricaine et la France. Il est actuellement impossible d’affirmer qu’il existe un lien direct entre ces deux situations.

#StopATènè, l’équipe qui lutte contre la désinformation et les discours de haine en Centrafrique.

Sources :

– Communiqué ambassade de France en Centrafrique

– Directeur de l’Alliance Française et gestionnaire des fonds du projet

– Chargé de communication de l’ambassade de France