Le Président de la République Faustin Archange Touadera, dans son adresse à la Nation à l’occasion des 64 ans de la proclamation de la République Centrafricaine a rappelé sur la nécessité de protéger la République des menaces armées. Il n’a pas manqué de pointer le doigt accusateur aux groupes rebelles et oppositions politiques de planifier la déstabilisation des institutions de la République.

Ci-après l’intégralité de son discours.

MESSAGE A LA NATION

DE SON EXCELLENCE LE PROFESSEUR FAUSTIN ARCHANGE TOUADERA, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, CHEF DE L’ETAT,

A L’OCCASION DE LA CELEBRATION DU 64EME ANNIVERSAIRE DE LA PROCLAMATION DE LA REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

BANGUI, 1ER DECEMBRE 2022

– Centrafricaines ;

– Centrafricains ;

– Mes Chers Compatriotes;

Le 1er décembre que nous commémorons dans quelques heures, dans l’allégresse, la paix et la concorde nationale retrouvées, est un moment fort de symbole et riche de notre histoire commune.

La proclamation de la République Centrafricaine, le 1er décembre 1958, par le feu Président Fondateur Barthélemy BOGANDA, qui sera suivie, le 13 août 1960, de l’indépendance de notre pays, sont les fruits des combats, des révoltes, des résistances, des croyances aux valeurs humaines de nos ancêtres, sans jamais défaillir et sans que leur volonté ne s’émousse.

En commémorant ce jour anniversaire, nous voulons non seulement nous souvenir des milliers de martyrs de la colonisation, mais aussi et surtout inculquer aux générations actuelles et futures le courage, le patriotisme et l’attachement à son identité nationale, vertus qui peuvent nous prémunir des nouvelles formes de domination, dans ce monde en perpétuelle mutation.

Le 1er décembre est une date historique qui marque surtout un tournant décisif dans l’histoire politique de notre pays, car elle instaure, dès 1958, un Etat de droit, unitaire, démocratique et laïc.

Par cette commémoration, nous voulons également réaffirmer notre attachement indéfectible aux valeurs de l’Unité, de la Dignité et du Travail qui constituent le socle de notre souveraineté nationale.

Mes Chers Compatriotes ;

Ce jour glorieux, nous le devons à nos devanciers, à nous-mêmes et à la communauté internationale qui nous accompagne dans nos efforts de construction d’une République capable d’assurer à chaque citoyen les conditions favorables à son épanouissement.

En dépit de la conjoncture économique particulièrement difficile, j’ai décidé que cette fête nationale soit marquée, demain, par une prise d’armes et un défilé des forces de défense et de sécurité, en parfaite communion avec toutes les forces vives de la Nation.

C’est la meilleure expression du poignant hommage que nous devons rendre à tous nos ancêtres qui ont rendu possible la fin de l’asservissement et l’avènement de la République.

Je vous invite donc à y participer massivement.

Je voudrais vous féliciter, mes Chers Compatriotes, de l’intérieur comme de la diaspora, et vous témoigner toute mon admiration, pour les efforts consentis pour que règnent enfin dans notre pays l’unité nationale, le vivre ensemble et la réconciliation nationale.

Je salue et encourage nos vaillantes forces de défense et de sécurité, désormais républicaines et pluriethniques, pour leur bravoure et leur professionnalisme qui ont permis de restaurer progressivement l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire, en dépit des difficultés logistiques et des contraintes budgétaires.

J’adresse notre gratitude à la MINUSCA et aux forces alliées bilatérales russes et rwandaises, pour leurs contributions à la stabilisation de notre pays.

Permettez-moi d’exprimer mes profonds remerciements et ma reconnaissance à l’égard de tous les Etats, organisations internationales, Organisations Non Gouvernementales, qui ont toujours appuyé nos efforts de sortie de crise et de relèvement économique.

Je leur demande de continuer à nous soutenir durant cette période critique pour relever nos immenses défis, dans le respect de la Charte des Nations-Unies et des instruments juridiques internationaux pertinents.

Mes Chers Compatriotes;

Après avoir reconquis notre droit au respect à la vie, après avoir reconquis notre unité fatalement déchirée par la longue crise, après avoir reconquis notre dignité longtemps bafouée, nous devons franchir une étape nouvelle, celle du développement socio-économique de notre pays.

Il nous faut de l’engagement de chacun de nous, il nous faut mobiliser davantage de l’énergie pour surmonter les défis sécuritaires, alimentaires, sanitaires et environnementaux.

Grâce à l’éducation, à la formation, nous pouvons véhiculer de l’espoir, laisser libre cours à notre imagination, rêver et persévérer.

Pour ma part, je continue d’œuvrer pour la consolidation de la République, de la souveraineté nationale, le renforcement de l’Etat de droit par la promotion d’une justice réellement indépendante, équitable, la construction d’une armée républicaine, professionnelle, capable de protéger le peuple et défendre les institutions démocratiques, la consolidation de l’unité nationale, la cohésion sociale, le vivre ensemble et la réconciliation nationale.

Je continuerai à entretenir de meilleurs rapports avec nos pays voisins et tous les pays du monde, par la politique de bon voisinage et de la non-ingérence de la Charte de l’ONU, afin de garantir la paix et la sécurité à nos frontières.

Au regard des défis liés aux bouleversements de l’ordre mondial, aux changements climatiques et aux conséquences de la pandémie du COVID 19 sur notre économie, j’ai instruit le Gouvernement de poursuivre les réformes courageuses dans les secteurs clés de la vie nationale.

Le Dialogue républicain, organisé cette année, a identifié les principaux maux qui ont jusque-là compromis notre souveraineté nationale, maintenu notre pays dans la pauvreté et le sous-développement.

Les recommandations issues de ces assises nationales sont progressivement mises en œuvre, à la satisfaction de tous.

Le séminaire gouvernemental qui vient d’être organisé a également identifié les domaines dans les lesquels des réformes doivent être initiées.

Des solutions innovantes pour répondre aux besoins pressants de nos concitoyens ont fait l’objet de lettres de mission adressées par le Premier Ministre, à tous les Membres du Gouvernement.

Mes Chers Compatriotes;

La République que nous magnifions tous récuse la division, la trahison, la violence, l’incivisme, la paresse, la haine, l’intolérance, l’exclusion.

Elle se construit dans la paix, l’unité nationale, la diversité ethnique, culturelle, religieuse, le dialogue, la tolérance, la cohésion sociale.

Elle se construit surtout par un travail opiniâtre, une gestion rationnelle, rigoureuse et transparente de la chose publique.

Notre jeune République, fragilisée par plusieurs décennies de conflits internes, d’horreurs, a besoin d’hommes et de femmes honnêtes, intègres, patriotes, travailleurs qui pensent à servir et non à se servir.

La République, c’est aussi l’Etat de droit.

Et dans un Etat de droit, les institutions, les administrations, publiques ou privées, doivent agir conformément aux règles de droit préétablies, rechercher l’intérêt général, sans s’inféoder ou se laisser manipuler.

Je n’ai aucunement l’intention d’engager ici un débat politico-légal concernant la mise à la retraite de certains fonctionnaires et agents de l’Etat.

Je désire simplement insister sur le fait évident et incontesté que dans une République, tous les citoyens sont égaux devant la loi, devant l’emploi et devant les charges publiques.

J’ai souligné à maintes reprises que le principe d’égalité que prône notre République, proscrit les privilèges et le traitement différencié des individus qui se trouvent dans une situation identique.

Je condamne fermement l’exploitation opportuniste et pernicieuse d’une décision administrative.

Nous devons sortir de ces débats inutiles pour nous consacrer au développement de notre pays.

Mes Chers Compatriotes ;

Ne détournons pas nos yeux de nos défauts. Chacun de nous a contribué, à des degrés divers et à diverses époques, à entretenir le désordre et le chaos qui ont fait le lit de l’insécurité et de la pauvreté.

Le peuple souverain, notre juge suprême, sait établir les responsabilités des uns et des autres, et il le fait savoir de manière péremptoire, chaque fois que nous sollicitons son suffrage.

Nous devons, dès aujourd’hui, nous débarrasser de nos faiblesses politiques, responsables des crises cycliques, admettre nos défauts et nous résoudre à ne plus commettre d’autres.

Nous devons soigner les blessures causées par nos soifs irraisonnées de pouvoir dans le passé et empêcher d’autres de se reproduire.

Il est normal que dans une République, les citoyens aient des avis différents qui pourraient conduire à des choix opposés.

Toutefois, nous ne devrions pas oublier que nous avons un bien précieux commun à défendre, la République Centrafricaine.

Nous sommes tenus de léguer à la génération actuelle qui nous observe et juge nos actes et aux générations futures, un pays uni, stable, prospère et émergent où il fait bon vivre.

Mes Chers Compatriotes ;

Depuis plusieurs mois, nous assistons à des manœuvres, actes et propos susceptibles de compromettre la sécurité publique ou à occasionner des troubles graves, à provoquer la haine du Gouvernement et à enfreindre les lois de la République.

Ces propos, vous le savez, sont largement publiés par les principaux membres du Bloc Républicain pour la Défense de la Constitution (BRDC) et le Conseil de Résistance pour la Transition (CRT).

La seule évocation de ces associations de malfaiteurs crée la psychose dans l’opinion nationale, suscite le traumatisme, tant elle rappelle les anciennes organisations criminelles qui ont, dans un passé récent, préparé et soutenu l’avènement de la SELEKA, des Anti Balaka et plus récemment, de la Coalition des Patriotes pour le Changement, CPC.

Vous avez tous suivi, avec stupéfaction, les appels lancés par ces organisations criminelles à l’endroit des partenaires de notre pays leur demandant de suspendre toutes les aides destinées au peuple centrafricain.

Vous avez également suivi leurs appels incessants aux organisations terroristes aux fins de mettre le pays à feu et à sang, appuyés par des déclarations et manifestations organisées à Paris, en France.

Vous avez suivi les messages vidéos sur les réseaux sociaux publiés par un groupe de mercenaires étrangers et visant à porter atteinte à la sécurité intérieure et extérieure du pays ainsi qu’à l’intégrité physique des responsables des institutions de la République.

Je n’évoquerai pas les autres messages de haine et de violence diffusés tous les jours par certains individus payés par les ennemis de la République, facilement identifiables, pour délégitimer les dirigeants du pays et préparer l’opinion à des manœuvres de déstabilisation.

Mes Chers Compatriotes ;

Vous l’avez compris. En appelant à la suspension des aides budgétaires et humanitaires, le CRT et le BRDC désirent le maintien de notre pays dans la dépendance et la pauvreté, la suspension des travaux de réhabilitation des routes, la suspension des projets de construction des écoles et des hôpitaux, la suspension des appuis humanitaires aux personnes déplacées ou victimes des inondations, la suspension des paiements réguliers des salaires, pensions et bourses, bref, ils veulent compromettre l’existence de la Nation.

Depuis quelques jours, nous assistons au passage à l’acte, au commencement d’exécution des plans de déstabilisation du pays.

En effet, le 11 novembre 2022, alors qu’ils étaient en mission dans la Vakaga, en vue de sélectionner les pistes rurales à réhabiliter, dans le cadre du Projet d’Urgence de Rétablissement des Infrastructures et de Connectivité en Centrafrique (PURIC), le Chef de Cellule des pistes rurales du Ministère de l’Equipement et deux Experts de l’UNOPS ont été pris en otage par un groupe rebelle, proche du CRT et du BRDC.

Le 28 novembre 2022, le personnel de la société chinoise Li Jinnkxin, chargée de la réhabilitation de la route Bouar-Yéléwa a été attaqué par la CPC.

Cette attaque terroriste a occasionné la mort d’un soldat et la prise en otage d’un Chinois.

Dans la nuit du 27 au 28 novembre 2022, une attaque terroriste, lâche et ignoble, a été perpétrée contre la population civile à Bossangoa, Chef-lieu de la Préfecture de l’Ouham qui vit encore dans la psychose, suite à d’innommables atrocités subies pendant la grave crise militaro-politique qu’a connue le pays.

Elle visait aussi les intérêts économiques de notre pays, notamment par le bombardement de l’usine d’égrenage de coton et à priver le tiers de la population centrafricaine vivant des revenus générés par cette principale culture de rente, et même l’Etat d’importantes recettes domestiques.

Je tiens à vous assurer que les dispositions idoines sont prises pour empêcher la répétition de ces actes terroristes.

La justice a ouvert une enquête afin d’identifier l’aéronef, sa provenance, la nature des engins explosifs, les auteurs, coauteurs et complices ainsi que le mobile de cette attaque terroriste.

A ce stade de mon adresse, je voudrais vous inviter, mes Chers Compatriotes, à garder votre calme, à doubler de vigilance, à continuer à dénoncer à nos forces de défense et de sécurité tous les plans des ennemis de la République.

Nous devons protéger la République, c’est la priorité des priorités. Cette protection incombe à chaque fille et fils du pays.

Les campagnes de désinformations à des fins subversives menées de façon insensée par ceux qui se proclament démocrates ou républicains, mais qui sont, à la vérité, exclusivement préoccupés par la recherche de leur bien-être personnel, sont contraires à la démocratie et aux principes de la République.

Le devoir qui nous incombe, à nous, leaders politiques, est de transmettre aux générations nouvelles des valeurs de la République et de la démocratie et d’en faire une exigence de tous les instants.

Je condamne les discours incitant à la haine, à la violence, devenus viraux sur les réseaux sociaux et dans certains médias privés, qui visent à diminuer l’honneur et la dignité dont les citoyens sont en droit d’attendre de leurs dirigeants.

Mes Chers Compatriotes;

Notre pays a été longtemps soumis, longtemps brimé par tous ceux qui, pour des intérêts géopolitiques et géostratégiques, nous ont dénié notre souveraineté, notre liberté de concevoir notre politique nationale et de la conduire dans les seules limites établies par les instruments juridiques internationaux auxquels nous avons volontairement souscrits.

Le meilleur moyen de défendre la République est de poursuivre notre action avec encore plus d’énergie et d’espoir.

Lorsque j’effectue des déplacements dans l’intérieur de notre pays, je ne vois que de l’inspiration.

Je souhaite profiter de chaque instant de ma vie, comme si c’était le dernier, pour donner de l’espoir à mon peuple, à ce peuple qui m’a tout donné et que je continue de chérir.

Nous continuerons, ensemble, à démonter, à lever tous les obstacles qui nous empêchent de construire notre pays.

Il est déplorable de relever que 64 ans après la proclamation de la République, certains Compatriotes continuent de défendre des intérêts étrangers, de nuire aux intérêts nationaux, de recourir aux mercenaires pour la conquête brutale du pouvoir.

A ceux qui lancent des appels incessants à la déstabilisation des institutions démocratiques, à ceux qui recrutent des mercenaires pour replonger le pays dans le chaos, je leur rappelle que la force ne peut être une fin en soi ; elle ne peut ni ne doit être l’objectif final.

Si je dois comprendre leur amertume, leur déception, leur impatience, je ne pourrai jamais comprendre et accepter leur hantise à verser le sang du peuple centrafricain sur l’hôtel des intérêts égoïstes et de plonger le pays dans une crise interminable.

Le combat pour la paix et le développement de notre cher et beau pays en partage devait passer avant toute autre considération.

Nous devons rejeter et condamner la violence qui est l’ennemie de la paix.

J’exhorte chacun de nous à rompre avec notre passé et même le présent faits de trahison, de division, de haine, de méchanceté, de destruction, principalement motivées par la recherche ou la défense des intérêts égoïstes.

Il nous faut concrétiser le rêve de l’unité nationale, le rêve de la dignité, le rêve d’un travail bien fait, et j’ajouterai le rêve de la paix, de la sécurité et de la prospérité.

Et pour réaliser nos rêves, la jeunesse devrait recevoir un message d’exemplarité, une éducation à la citoyenneté, avoir un modèle à suivre afin de progresser, réussir et porter haut l’étendard de la Patrie.

Mandaté par le peuple et en tant que Président de la République, conscient de la dignité de ma charge, je ne renoncerai pas à ma noble mission de réformer profondément l’Etat, de construire une société centrafricaine plus démocratique, moderne, apaisée, pacifique, plus tolérante, capable de régler ses différends par le dialogue et la concertation, la tolérance et le respect mutuel.

Je veux continuer à travailler pour le bien de tous.

Mon message n’a jamais varié. C’est celui de nous retrouver ensemble dans la République, pour que chacun mette le meilleur de lui-même au service de la collectivité.

Je souhaite, à vous tous, de tout mon cœur, un joyeux anniversaire.

Vive la République !

Que Dieu bénisse et protège la République Centrafricaine et son Peuple!

Je vous remercie.